studio-théâtre
vitry


Hugues de la Salle, metteur en scène et comédien

Qu’est-ce qui peut expliquer le trouble causé par la représentation de la fiction par elle-même ?

  • SEPTEMBRE 2017
    Le vertige qui vient lorsqu’il n’y a pas de frontière nette entre le vrai et le faux, lorsque le fil est invisible, qui sépare le réel de sa représentation. Lorsque, au final, le « vrai » et le « faux » se révèlent être de faux concepts. C’est- une question de base, une interrogation primaire du théâtre, qui nous renvoie au baroque et à l’immortel débat sur l’illusion.
    Mais lorsqu’un studio nous ouvre ses portes, lorsqu’on nous y invite à venir « chercher », alors il est tentant de remonter, de questionnement en questionnement, jusqu’aux fondamentaux. Et de se demander ce que c’est, déjà, de mettre un pied sur un plateau, et de raconter, de jouer.

Je crois que si je suis troublé par telle réplique de Pirandello, par tel plan de La Nuit Américaine de Truffaut, par Holy Motors de Carax, par le cinéma de Renoir, ce n’est pas uniquement parce que je me sens concerné par l’art dont ils parlent. Leur propos n’est pas théorique, il ne s’agit pas uniquement de cinéastes qui parlent de cinéma, ou d’auteurs qui parlent de théâtre. Il y a, à chaque fois, un moment, repérable ou non, qui ouvre des abîmes, qui abolit des cloisons, qui remet en question la réalité profonde de ce que l’on s’était assuré de comprendre. Et ce vertige devient humain, intime. Il concerne notre essence et ce qui nous relie.

Voilà, très largement, ce que j’ai envie d’interroger. Et pour cela, je souhaite travailler sur plusieurs textes, théâtraux ou non, espaces ouverts pour interroger le théâtre (corpus non exhaustif et susceptible de toutes les modifications possibles et imaginables) : Le Songe de Strindberg, des nouvelles de Julio Cortazar, peut-être, des fragments de Kafka (pour les états intermédiaires de semi-inconscience, la multiplicité des identités, le motif obsédant du double) et en toile de fond, sans doute, le récit de Marina Tsvetaeva Histoire de Sonetchka. Ce dernier n’a à priori rien à voir avec ce questionnement métaphysique sur l’identité ou la réalité tangible de ce que l’on vit. Sauf que.

Dans ce récit, Tsvetaeva fait revivre des fantômes, mélange le passé, l’amour, la mort, le théâtre, la Révolution, invite la poésie dans le récit, crée des personnages en parlant de personnes réelles, qui non seulement sont vues par son regard transfigurateur car amoureux, mais en plus ont cessé d’exister vraiment il y a 20 ans, quand Marina les a quittés, et, par-dessus tout cela, étaient élèves-acteurs dans les Studios d’art de Moscou. Mélanger le souvenir (forcément trompeur), le théâtre (également), l’intransigeance amoureuse de Marina (idem), questionner ça au théâtre parce que quelque chose nous dit que la forme théâtrale trouve peut-être là sa fonction essentielle, dire le vrai et le faux dans un même geste, l’impossibilité de fixer des vertiges, la profondeur qui fait que l’artifice et le mensonge sont ce qu’il y a de plus juste pour dire le vrai… ?


Une recherche qui se mènera avec 4 comédiens : Suzanne Aubert, Jeanne Vimal, Clément Barthelet,
Adrien Serre et 1 scénographe : Camille Vallat, scénographe.
Une semaine d’esquisses, de gestes au plateau, de croquis, mêler tout ça le temps de quelques jours. Partir d’un espace vide, voir s’il est décor, si la réalité du lieu supporte la transformation fictionnelle… Et se charger de toutes les virtualités qui pointeront dans ce théâtre à l’état naissant.

"Ecoute Alphonse. Viens. Tu vas rentrer dans ta chambre, hein. Tu vas relire le scénario, tu vas travailler un petit peu et tu vas essayer de dormir, hein. Demain c’est le travail, et le travail est plus important. Ne fais pas l’idiot Alphonse. Tu es un très bon acteur, le travail marche bien. Je sais il y a la vie privée mais la vie privée elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie Alphonse, il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort. Les films avancent comme des trains, tu comprends, comme des trains dans la nuit. Des gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma. Salut Alphonse, je compte sur toi."
La nuit américaine(François Truffaut)
"Je tourne toujours autour de la question qui me tourmente depuis trente ans : le cinéma est-il plus important que la vie ?"
(François Truffaut)

Après un cursus en lettres modernes et en études théâtrales à l’ENS de Lyon, il se forme
au conservatoire de théâtre du 6ème arrondissement de Paris, puis il est reçu en 2008 à l’École du Théâtre National de Strasbourg en section mise en scène. Il y travaille avec Jean-Pierre
Vincent, Laurence Mayor, Claude Régy, Krystian Lupa, Bruno Meyssat, Françoise
Rondeleux,… En tant qu’assistant, il travaille avec Yves Beaunesne (Partage de midi, Claudel, Comédie-Française), Krzysztof Warlikowski (Un Tramway d’après T. Williams, Théâtre de l’Odéon), Julie Brochen (La Cerisaie, Tchekhov, TNS), Richard Brunel (Le Silence du Walhalla, d’Olivier Balazuc).
Il est assistant à la mise en scène et comédien sur le cycle du Graal théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud, mis en scène par Julie Brochen et Christian Schiaretti (4 pièces créées au TNS et au TNP entre 2012 et 2014).
En tant qu’acteur, il travaille avec Julie Brochen (Dom Juan, TNS), Suzanne Aubert (La Princesse Maleine, de M.Maeterlinck, JTN), Charlotte Lagrange (L’Âge des poissons, en 2013 à Mulhouse, Aux Suivants, création en novembre 2015 à la Comédie de l’Est), le collectif Notre Cairn (Sur la Grand-route, de Tchekhov, La Noce de Brecht, tournées en Alsace-Lorraine).
Il a mis en scène Yvonne, Princesse de Bourgogne de Gombrowicz (2008), Faust de Goethe (2010), et La Poule d’eau de Witkiewicz (2011). Il met en scène Yaacobi et Leidental de Hanokh Levin, avec la compagnie l’Aurtiste, lors d’une résidence à Mayotte en mai 2015.