REVUE INCISE

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REVUE INCISE a été créée en 2014 à l’initiative du Studio-Théâtre de Vitry et sous l’égide de Diane Scott. Elle se définit par une question – « Qu’est-ce qu’un lieu ? » – et un mouvement – celui du désir de redonner vigueur à la critique, dramatique mais pas seulement. Le N° 1, sorti en septembre 2014, est un mélange de théâtre et de non-théâtre, de textes théoriques et de choses pratiques, d’écritures hétérogènes, de littérature et de critique sociale.
Le N°2 est sorti en septembre dernier et poursuit ce geste de décloisonnement et d’élaboration. Il y est question de la Bretagne nationaliste et de la division du travail dans le théâtre, de rêves terrifiants et des marais de la Caroline du Nord, de ce qui se cherche sur nos scènes, de jardin d’enfants, de la manière dont on pense l’art aujourd’hui et de ce qu’a été le lieu « ramdam » près de Lyon.
Car travailler à penser les théâtres et les lieux publics, c’est poser à plat la question du dedans et du dehors, c’est-à-dire la question de nos identifications, c’est depuis nos lieux et résolument, œuvrer au travail politique.


L’un des paradoxes étonnants de la vie théâtrale actuelle réside dans l’absence de débat (esthétique, politique, sensible) qui accompagne la création, à un moment où les termes de résistance, d’engagement, de radicalité ou d’exigence circulent beaucoup. Tout le monde se plaint mais on se parle peu. Et toute parole critique semble bannie, ravalée par la peur de déplaire. Ce constat qui n’est pas vraiment nouveau était déjà à l’origine de notre candidature à la direction du Studio-Théâtre, que nous entendions comme une façon d’ouvrir un dialogue manquant. De fait l’accueil et la rencontre d’équipes portant d’autres visions du théâtre que la nôtre nous a donné de l’air, et je ne pense pas exagérer en disant que cette pratique de la rencontre a sensiblement déplacé notre travail de création. Il nous a paru aujourd’hui nécessaire de pousser un peu plus loin cette exigence en créant une revue, non de théâtre, mais depuis le théâtre. Que le Studio-Théâtre ouvre un lieu de pensée et d’échange, indépendant, avec l’idée d’une contribution active au débat critique général, concernant aussi bien la pratique théâtrale que des questions plus larges, dans le domaine de la pensée, de la littérature ou des arts.

C’est ainsi que REVUE INCISE est née, menée par Diane Scott dont la réflexion critique, stimulante et libre, donne le ton et l’esprit.

Daniel Jeanneteau


Actualités 

— pour suivre l’actualité de REVUE INCISE sur Facebook, une page vient d’être créée, c’est ici.

REVUE INCISE sera présente au Festival de la Revue organisé par Livraisons à Lyon du jeudi 12 au dimanche 15 mai 2016. Diane Scott qui participera à la soirée Tenons et Mortaises du vendredi 13 mai.
Tenons et Mortaises est un groupement militant de revues, d’associations et de membres de la société civile, assortie d’une parution du même nom. Présentes lors de cette soirée les revues MultitudeChimère et Vacarme débattront sur « ce qui se décide en notre nom et qui nous fait honte : politique migratoire et démocratie en déroute ».
Un article d’Anne Pitteloud, journaliste au Courrier de Genève, daté du vendredi 6 mai parlant de ce festival, ici…


 REVUE INCISE 2

ÉDITO
Voici le numéro 2 de Revue Incise. Notre parti pris d’être une revue de théâtre tout en ne l’étant pas partait d’un constat sévère : il était devenu difficile de travailler dans le théâtre et notamment, pour y réfléchir librement, il fallait faire un pas hors de lui. Cette manière d’ouvrir des chemins de côté a d’abord été un acte de survie, qui a déterminé le second parti pris : n’avoir ni rubricage ni thèmes par numéro, mais plutôt des thématiques locales en filigrane et une question générique circulant d’un texte à l’autre, d’un numéro à l’autre, métaphorique de la politique : « qu’est-ce qu’un lieu ? » Ce dessin général donne aux sommaires de la revue des formes de porosité et un petit défi de composition qui nous plaît et qui satisfait une envie de mise à plat et une certaine idée de la lecture. La troisième caractéristique de Revue Incise est son mode de travail, fondé sur la commande de textes et sur une attention à leur élaboration. Moyennant quoi notre rythme est lent : Revue Incise est un peu comme une série qui n’aurait qu’un épisode par saison. C’est une manière d’être ajustées à notre « quatrième » : nous tenons (à) la gageure de proposer des textes écrits hors de toute autorisation sociale à le faire. Ce petit volume est une revue critique, savante dans certains cas, non universitaire, animée du désir d’un lien fort entre pratique et théorie, dans une relative indifférence au principe de l’expertise, a fortiori aux arguments d’autorité, et dans le goût du travail intellectuel et littéraire. Cela définit, en fait, une zone assez serrée, voire un point limite. Mais c’est un promontoire qui porte une utopie : il en va d’un désir politique – que chacun puisse avoir le temps, à tout âge et quel que soit son emploi, de ce travail de l’esprit, écriture et lecture.
Au moment où les frontières européennes continuent d’assassiner, au moment où des politiques dites publiques continuent d’affamer, notre question programmatique, « qu’est-ce qu’un lieu ? », semble ne plus pouvoir résonner que de manière sarcastique. Le tout dans un contexte général où la notion historiquement récente de nation et son signifiant actuel obsédant d’identité poursuivent leurs ravages, même dans les lieux qui en pâtissent le plus – pensons aux défenses et fixations essentialistes de certains mouvements de femmes et de « racisés ». Sans nier les vertus stratégiques de l’affirmation des identités dans les luttes – nous sommes gays, noirs et arabes –, le seul horizon viable ne saurait être que la rupture du lien pathogène qui nous attache collectivement à « l’identité ». Contre ses dérives et ce que nous tenons pour de fausses issues, nous nous orientons à la notion souveraine de « conscience paria » pensée par Hannah Arendt, qui situe du côté d’un hors-champ et d’un en-dessous de la norme la possibilité non seulement d’une authentique pensée critique mais d’une véritable boussole politique. L’historien allemand Ernst Kantorowicz, patriote pendant la Première Guerre mondiale, fervent nationaliste puis soutien au régime hitlérien, récusa plus tard la politique de répression maccarthyste contre les communistes américains et démissionna de l’Université de Berkeley, quand il fut lui-même, réfugié aux États-Unis, un juif exilé fuyant le nazisme. Cette figure politique salutaire du « paria », incarnée par les intellectuels juifs de la Mitteleuropa, eut ses atroces conditions historiques, mais elle peut être aussi une position subjective délibérée. Elle porte, en somme, l’idéal de notre lieu : «sensibilité extraordinaire aux injustices, grande absence de préjugés, respect pour ce qui relève de l’esprit ».

Diane Scott

SOMMAIRE
ENFERMEMENT IDENTITAIRE ET SOUMISSION DE LA CULTURE / L’EXEMPLE DE LA BRETAGNE
Françoise Morvan
+
DANS LE BRAS D’EAU
Joseph Mitchell, traduit par François Tizon
+
MITCHELL S’INTERROMPANT
François Tizon
+
RAMDAM (1997-2014)
*RETOUR SUR UN LIEU Mary Chebbah
*CHOISIR UNE DEMEURE(S) Renaud Golo
+
DE L’HYGIÈNE DES BACS À SABLE
Catherine Rannou
+
HYPÉRION, LETTRE À MARIE-JOSÉ MALIS
Diane Scott
+
LA MULTIPLICITÉ ÉPARPILLÉE QUI S’APPELLE « BRECHT»
Florent Lahache
+
MONADES CHRONOLOGIQUES
Fredric Jameson, 2e chapitre de BRECHT AND METHOD,
traduit par Florent Lahache
+
PAR LES PASSÉS
Joseph Mitchell, traduit par François Tizon
+
QUAND LE THÉÂTRE SE MET AUX SÉRIES
Caroline Châtelet
+
« LES CHOSES, IL FAUT LES FAIRE »
Élise Garraud
+
ART ET NON-ART
Diedrich Diederichsen, traduit par Julia Christ

EXTRAITS REVUE INCISE 2 


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