Studio Théâtre de Vitry

Théâtre

de Vitry

ÉDITO JANVIER - JUIN 2025

Il s’est passé quelque chose au Studio-Théâtre le di­manche 13 octobre 2024 vers 16h. Une fric­tion autour d’une ques­tion, de celles qui font chauf­fer les esprits.

Comment se parler d’un spec­tacle ?

Nous étions une qua­ran­taine autour de la ques­tion. Il s’agis­sait, selon un pro­to­cole bien établi, de nous exercer en­semble à la cri­tique d’un spec­tacle vu dix jours plus tôt. Ça com­men­çait par une con­ver­sa­tion entre trois per­sonnes s’étant pré­pa­rées à l’exer­cice, puis l’échange devait s’ouvrir au reste du groupe. Nous ne cher­chions pas sim­ple­ment à par­ta­ger nos avis sur le spec­tacle ou à élu­ci­der l’in­ten­tion des ar­tistes ; nous vou­lions saisir l’œuvre par dif­fé­rents biais et tenter d’ob­ser­ver ce qu’elle dit, vo­lon­tai­re­ment ou malgré elle, du temps dans lequel nous vivons.

Mais ça ne s’est pas passé comme prévu car assez vite, c’est l’exer­cice cri­tique lui-même qui a été mis en crise : son dé­rou­le­ment mais aussi sa raison d’être.

Comment se parler d’un spec­tacle ?

La ques­tion semble inof­fen­sive et pour­tant c’est avec in­ten­sité et ru­go­sité qu’elle a été dé­bat­tue, comme s’il en allait de chacun·e.

La veille, dans un autre atelier qui portait sur ce qui guide nos ma­nières d’être spec­ta­teur·ices, j’avais été frappé d’en­tendre à quel point, face à une œuvre, la pré­sence des autres in­fluence notre regard. C’est bien avec nos yeux que nous re­gar­dons, mais aussi avec le regard que nous prêtons à l’enfant, à l’ami·e ou à l’inconnu·e assis·e à côté de soi. L’œuvre nous met déjà en dis­cus­sion avec d’autres, alors que nous sommes encore si­len­cieux·ses.
Ce drôle de phé­no­mène qui con­siste à se réunir face à un spec­tacle n’est donc pas une évi­dence. Ce qui s’y joue est com­plexe, et pro­lon­ger ce temps commun par la dis­cus­sion n’est pas si facile.

Il faut beau­coup de travail pour réunir une as­sem­blée théâ­trale : il faut un lieu et une heure dédiés. Il faut que des ar­tistes aient lon­gue­ment préparé le moment. Et puis, il faut que chaque spec­ta­teur·ice par­coure le chemin plus ou moins direct qui mène au rendez-vous. La séance théâ­trale res­semble alors à un ac­com­plis­se­ment, et pour­tant ce n’est peut-être qu’un début.

Le 13 octobre 2024 vers 16h, à la fin d’un ré­jouis­sant Week-end de ren­contres et de ten­ta­tives, est apparue, en­tre­mê­lée, une masse d’enjeux, d’affects, d’at­tentes con­tra­dic­toires, de dif­fi­cul­tés, lorsque nous avons tenté de parler col­lec­ti­ve­ment d’un spec­tacle. Comme un nœud qui nous indique vers où tra­vail­ler.

Qu’est-ce qui est en jeu dans l’ac­ti­vité de re­gar­der ? Comment parler à plu­sieurs de ce qu’on a vu ?

Après ce premier moment, nous in­sis­te­rons et tien­drons ces ques­tions actives sur la suite de la saison en ex­pé­ri­men­tant d’autres ate­liers cri­tiques pour chaque spec­tacle fa­bri­qué au Studio.

Entre janvier et juillet, de nom­breuses équipes vont s’af­fai­rer au Studio. La com­pag­nie Théâtre Déplié et les ar­tistes associé·es y oc­cu­pe­ront une place im­por­tante puisque chacune de nos quatre équipes y pro­po­sera une créa­tion. C’est le hasard des ca­len­driers, mais c’est l’oc­ca­sion de par­ta­ger le théâtre qui s’invente ici au long cours.

Adrien Béal et l’équipe du Studio-Théâtre de Vitry