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création le 7 juillet 2008 au Festival d’Avignon Feux (trois pièces courtes) Revue de presse : L'Humanité CULTURES - Article paru le 9 juillet 2008
envoyé spécial. Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma mettent en scène à quatre mains trois courtes pièces - réunies sous le titre de Feux et données en une seule soirée - d’August Stramm (1874-1915), auteur allemand encore peu connu dans notre pays (1). Ils signent également en commun la scénographie et les lumières. L’ensemble porte le sceau de la diversité dans le style. C’est perceptible dans le texte français (Huguette et René Radrizzani) de chaque oeuvre. un grand bric-à-brac d’objets La première, Rudimentaire, ressemble à l’un de ces sketches de cabaret qui firent la gloire populaire de Karl Valentin en même temps que la joie du jeune Brecht, qui prit du feu sur lui. Un ménage fauché a ouvert le gaz pour en finir. Leur bébé est mort. Par bonheur, il reste un peu de gnole. Un ami passe, donne de l’argent à la femme. C’est pour se la payer. Dispute et taloches. Coups et petites blessures. Finalement, ils s’aperçoivent qu’on leur avait coupé le gaz. La vie continue. C’est ensuite la Fiancée des landes, sorte d’interrogatoire symboliste infligé à une jeune fille. On songe à Maeterlinck, à Yeats ou Synge, pourquoi pas. Pour finir, il y a Forces, drame bourgeois typique qu’on dirait un pastiche d’Ibsen et Strindberg associés, au cours duquel quatre adultes errent dans l’adultère. Résumons : un mélo satirique, un pseudo-poème fin de siècle, du boulevard mondain cruel. Si le caractère disparate de ces univers ne nous permet pas de discerner la patte singulière d’un auteur, du moins autorise-t-il les metteurs en scène à jouer à plaisir des différences de registre, surtout que par trois fois les mêmes interprètes sont sollicités. Dans Rudimentaire, donc, derrière les vitres ayant fonction de quatrième mur transparent tout au long de la représentation de Feux, c’est un grand bric-à-brac d’objets suivant la règle du naturalisme (lit, table, chaises, vêtements répandus au sol, vaisselle à casser, etc., plus le réchaud à gaz). Les comédiens (Julie Denisse, Jean-Louis Coulloc’h, Mathieu Montanier) y vont de bon coeur dans la démonstration savoureuse. Elle, c’est dans le genre petite bonne femme aguichante, geignarde et gueularde à voix perçante, tandis que tout oppose les deux hommes, l’un costaud quasi mutique, l’air perpétuellement étonné et l’autre malin tout en longueur. La comédie féroce et pittoresque, brillamment éclairée, s’efface pour faire place, dans la Fiancée des landes, à un clair-obscur - liturgique. On jurerait que Jeanneteau qui, quinze ans durant, a conçu l’espace et l’éclairage des travaux de Claude Régy, là, s’amuse à parodier l’art de son maître. Juste retour des choses, surtout qu’on peut distinguer de surcroît, dans l’éclairage chiche, Axel Bogousslavski, interprète coutumier de Régy. un beau tableau clinique de l’hystérie Dans Forces, au sein d’un noir décor design très chic, on se prend, on se quitte, on se froisse et on se tue. Ou l’on est tué. On ne sait trop. En tout cas, le mari ne bougera plus sous un drap blanc. L’épouse oblige sa rivale à baiser la bouche du mort, puis d’un geste précis, à l’aide d’un petit couteau, elle ampute la jeune femme de ses lèvres et les jette aux chiens. Charmant ! Ils sont tous présents, mais c’est Dominique Reymond qui mène ce bal des maudits. Ce qu’elle nous offre tient du prodige. En robe du soir et chignon strict (costumes d’Olga Karpinsky), elle s’avance en toute étrangeté, légère, dansante, subtilement agitée de tics d’invention (quelque chose à lieu, là, sous nos yeux, qui tient à l’évidence d’une inspiration d’ordre poétique irriguant tous ses muscles et tous ses nerfs). On dirait une actrice de kabuki, une diva d’opéra sous effet hallucinogène, avec de soudaines variations de timbre ; du grave à l’aigu jusqu’à la raucité inattendue. Elle a des rires et des cris, fréquents mais jamais pareils. Quel beau tableau clinique peint-elle à vue, en toute intelligence et maîtrise, de l’hystérie sans laquelle le théâtre n’aurait jamais lieu. (1) À 18 heures, les 10, 12, 13, 14 et 15 juillet. Jean-Pierre Léonardini La Croix 09/07/2008 18:51 En un spectacle déconcertant, Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma révèlent un auteur météorique de l’Allemagne du début du XXe siècle Feux, composé de Rudimentaire, La Fiancée des landes et Forces d’August Stramm au Gymnase Aubanel. Mon premier raconte le suicide raté d’un couple tragique et ridicule qui ne cesse de se chamailler. Mon deuxième tient du poème crépusculaire, histoire d’une fille retirée sur des terres incertaines qu’un père vient chercher. Mon troisième fouille les relations qui unissent en un ballet mortifère le quatuor formé par le mari, l’épouse, la maîtresse, l’amant… Mon tout est Feux (1), triptyque réalisé par Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, à partir de Rudimentaire, La Fiancée des landes et Forces, trois des huit courtes pièces d’un Allemand quasi inconnu en France : August Stramm. Né en 1874 à Münster, disparu en 1915 sur le front russe, cet auteur à l’existence quasi météorique s’est lancé dans l’écriture à l’orée des années 1900. Pris par « le démon de la poésie », témoignera sa fille dans ses souvenirs, il en explorera toutes les possibilités rythmiques, lexicales ou stylistiques au point d’effrayer les éditeurs, hormis le directeur de la revue d’avant-garde Sturm. Du naturalisme de Rudimentaire à l’abstraction chaotique de Forces (achevé en 1915, en pleine apocalypse de la guerre), en passant par le symbolisme de La Fiancée des landes, son écriture se fait toujours plus elliptique, plus heurtée, ensevelissant les bribes de dialogues sous les didascalies, devenus l’essentiel du texte. Mais cette formidable entreprise « de rabotage et de creusement de la langue », selon l’expression d’Alfred Döblin, ne se réduit pas à un exercice formel. Elle s’accompagne d’une autre recherche : celle des forces, des pulsions de l’inconscient ; celle des frustrations et des interdits confrontés aux passions et aux transgressions. Dominique Reymond est prodigieuse C’est ce théâtre de l’extrême que Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma mettent en scène au fil d’un spectacle tout en ruptures qui peut, de prime abord, dérouter. Installé dans une immense cage de verre, laboratoire pour insectes se débattant sous l’œil du spectateur, il obéit cependant à une progression savante, commencée sur le mode de la farce macabre avec Rudimentaire. On est dans l’ordre connu du vaudeville, même si pointe le drame social noir. Avec La Fiancée des landes, le passage se fait sans transition vers un univers plus onirique, proche de Maeterlinck, emprisonnant acteurs et personnages aux poses hiératiques dans des halos de lumières irréelles. Puis vient, enfin, Forces, faux mélodrame où tous les carcans explosent. Ceux du théâtre comme de la morale, de la représentation comme de la raison. Les névroses s’exacerbent jusqu’à l’hystérie, jusqu’au sang. Prodigieuse, Dominique Reymond est l’interprète fascinante de l’« épouse », dans un jeu où sa voix et son corps semblent se déconstruire et se reconstruire en permanence, en accord parfait avec les mots qui surgissent par bribes, comme s’il n’était plus de langage possible. À ses côtés, passant d’une pièce à l’autre, ses compagnons de scène se mesurent à son aune : Julie Denisse, Mathieu Montanier, Jean-Louis Coulloc’h, Axel Bogousslavsky. Tous entraînant le public, déconcerté, dans les abysses d’un théâtre marqué par deux hantises : la présence de la mort et la peur de ne pas être aimé. Didier MÉREUZE (À Avignon) Jusqu’au 15 juillet, à 18 heures (durée 1 h 55). Rens : 04.90.14.14.14. ou sur le site du festival. Puis au CDN de Thionville du 14 au 17 octobre, au TNS à Strasbourg du 6 au 22 novembre, à la Cité internationale à Paris du 27 novembre au 20 décembre… (1) Traduction d’Huguette et René Radrizzani. L’Act Mem Éditeur, 84 p., 16 €. http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2343318&rubId=5548
Joëlle Gayot 8 juillet : Feux par Daniel Jeanneteau et Marie Christine Soma Révélation hier soir au Festival d’Avignon d’une écriture : celle d’un auteur allemand totalement méconnu, August Stramm, dont deux metteurs en scène, Daniel Jeanneteau et Marie Christine Soma ont su mettre en lumière l’écriture avant gardiste. C’est au Gymnase Aubanel. Le spectacle s’appelle Feux. Et se joue jusqu’au 15 juillet. Il y a parfois des oubliés de l’histoire qui reviennent à la lumière avant extinction totale des Feux. Feux, c’est d’ailleurs le titre donné au triptyque composé par le metteur en scène Daniel Jeanneteau à partir de trois textes de August Stramm, Rudimentaires, la Fiancée des landes, et Forces. August Stramm, auteur allemand du début du 20ème siècle quitte le purgatoire du silence pour arriver, enfin, sur les planches de théâtre. Il était temps ! Découverte jubilatoire d’une langue, d’un univers et d’un auteur majeur qui écrivait frénétiquement des pièces et poèmes, depuis les charniers du front où l’avait envoyé la première guerre mondiale. Et nos artistes ne s’y trompent pas qui s’emparent aujourd’hui de son œuvre. Les voici face à une écriture défiant les lois de la représentation, convoquant l’art de l’acteur et dévoilant de l’humain pulsions et inconscients. En travaillant successivement trois textes de Stramm, Daniel Jeanneteau opère une traversée radicale dans une langue en lambeaux, dont ne subsisterait que l’écume. Les personnages sont énigmatiques, immergés dans des situations d’une violence sourde. Ils semblent revenir du fond de l’ombre et n’avoir emporté avec eux que des résidus de langage. Sur le plateau étiré sur toute sa longueur, ils font leur affaire de ces éclats de mots, jusqu’au final, Forces, au cours duquel l’actrice Dominique Reymond attire sur elle tous les regards. Le corps disloqué, elle circule de rôle en rôle, quitte la tragédie pour entrer aussi sec dans le rire avant de rejouer, avec une aisance confondante, une femme livrée à une douleur sans nom. C’est elle qui restera dans les mémoires comme le passeur lumineux d’une langue austère, aussi nécessaire à la littérature que le sera plus tard un certain Samuel Beckett. Les Échos FEUX D'AUGUST STRAMM Avec Dominique Reymond, Jean-Louis Coulloc'h, Julie Denisse, Mathieu Montanier. On connaît peu en France August Stramm, malgré les belles traductions de ses pièces qu'ont faites récemment Huguette et René Radrizzani. Cet Allemand d'Alsace, au temps où l'Alsace n'était pas française, mourut à quarante et un ans, en 1915 : soldat de l'armée germanique, il fut tué sur le front russe. Son oeuvre est étrange, révoltée, obsédée par un érotisme frénétique qui met à mal les conventions sociales. Les metteurs en scène Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, qui travaillent en duo, ont su en faire un ensemble à la fois divers et uni à partir de trois petites pièces réunies sous le titre de « Feux ». Libération «Feux» folies Marie-Christine Soma
Et ça, comment je dois le jouer ? Qu’ils la formulent ou non, la question taraude les acteurs. Qu’en dit l’auteur ? Certains sont presque muets : pas une indication chez un Jean-Luc Lagarce. D’autres croient bon de mâcher le travail. Ainsi Feydeau qui, outre le dernier grain de poussière du décor, décrit tous les gestes et les intonations. Mais que dire alors d’August Stramm ? Dans Forces, dernière pièce du triptyque mis en scène par Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, l’auteur multiplie à tel point les commentaires que les répliques semblent perdues dans une forêt de signes. Début de la pièce :
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Avril les 2, 16 et 30 les 14 et 28 Juin les 11 et 25