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ciseaux, papier caillou est l’un des premiers textes abordés par le Comité des Lecteurs du Studio-Théâtre. Il est apparu à tous comme l’un des plus intéressants, tant par la profondeur de son propos que par la qualité poétique de son écriture. Il s’est imposé à nous comme notre prochain projet de mise en scène. ciseaux, papier, caillou Répétitions au Studio-Théâtre en mars 2010
© DJ Traduction Séverine Magois, Éditions Théâtrales avec Carlo Brandt, Marie-Paule Laval, Camille Pélicier-Brouet, Philippe Smith Production : Studio-Théâtre de Vitry, Maison de la Culture d’Amiens, Théâtre National de la Colline, Comédie de Reims, Maison de la Culture de Bourges. Daniel Keene a choisi d’écrire des pièces courtes, aux dialogues raréfiés, dont les mots souvent restent coincés dans la gorge des protagonistes, nous laissant suspendus à leurs silences. C’est par ce silence, fait de pudeur et de manque que nous devons les approcher. « Au mieux, les mots peuvent suggérer la réalité d’une expérience, dit Daniel Keene, mais ils ne peuvent jamais la contenir ; ils sont, si vous voulez, l’ombre de l’expérience. Nous pourrions peut-être les appeler les résidus de l’expérience : ils sont tout ce qui reste, ils sont les cendres que nous tamisons, cherchant à découvrir l’énergie du feu qui les a créées» Avec les moyens de l’ellipse, de la pause, du regard, de la respiration, Keene explore ce qui circule entre les êtres et ne trouve qu’incomplètement son chemin par les mots. Le corps entier est convoqué pour exprimer ce qui relève de l’informulé, proposant ce qu’on pourrait appeler une poétique de la présence. Aucun discours dans ce théâtre, aucune théorie, mais des agencements, des rapports, saisis, entrevus, qui laissent sourdre avec une très grande justesse tout le désarroi dans lequel l’être humain – qui n’est pas un héros – peut se trouver, une fois privé des quelques repères que l’histoire et la société ont bien voulu lui concéder. Le texte de Keene ne dit pas, il agit. Au détour d’une phrase, d’un silence, d’un geste, les êtres de Keene nous bouleversent comme par inadvertance. « Il devrait être possible d'écrire des pièces qui intensifient l'expérience en refusant d'inclure quoi que ce soit de superflu. » Dans ses pièces courtes Daniel Keene réalise ce paradoxe. Grâce à l’extrême précision de son écriture, à son économie rigoureuse, il matérialise des figures contemporaines d’une densité incroyable, leur conférant une dignité à la hauteur des grands personnages tragiques.
Pré-maquette de la scénographie © DJ ciseaux, papier, caillou est l’une de ces pièces courtes qui prennent la forme du poème dramatique. Le réel y est abordé de plein fouet et pourtant rien n’y est ordinaire. Kevin, le tailleur de pierre au chômage, sa femme, sa fille, son ami et un chien ont les visages à la fois familiers et énigmatiques des statues aux porches des cathédrales. En-deçà et au-delà de la réalité que nous croyions connaître, Keene ouvre ces figures dessinées comme des bas-reliefs aux traits simples et les déploie sur un fond d’universelle obscurité. Mais la pièce de Daniel Keene, loin de tout misérabilisme, nous fait aussi percevoir comment l’être humain, lorsqu’il est dépouillé de tout, lorsqu’il a les mains vides, sous un ciel tout aussi vide, se débat pour rester vertical, et d’une certaine manière fait acte de création, en se créant lui-même. Passant de l’univers d’August Stramm à celui de Daniel Keene, du début du XXe siècle au début du XXIe, d’un langage qui par sa déconstruction tentait de saisir le tréfonds des pulsions humaines exacerbées à une langue plus linéaire, trouée de silences d’une densité minérale, qui saisit la tragédie du quotidien, nous nous aventurons sur un territoire nouveau, chaque projet nous obligeant à aller voir « ailleurs ». Dans ciseaux, papier, caillou, cet ailleurs est plus près de nous dans le temps, plus éloigné dans l’espace – Daniel Keene est australien –, et c’est aussi de cette terre-là qu’il parle. Marie-Christine Soma et Daniel Jeanneteau L’origine de ciseaux, papier, caillou par Daniel Keene L'origine de la pièce est très simple ; elle m’a été inspirée par l'expression que j’ai vue sur le visage d'un homme. Cet homme, je l’avais croisé à plusieurs reprises. Ses deux petits enfants, un garçon et une fille, fréquentaient la même école que le plus jeune de mes fils. Son visage ensuite ne m'a plus quitté, pendant des semaines. J’ai même rêvé de lui. Dans mon rêve, il était seul, marchant quelque part, dans un lieu que je ne reconnaissais pas, vêtu de sa salopette grise, boitant légèrement. Je ne savais pas où il allait. Mais je me sentais obligé de le suivre. Mon plus vif désir quand j'ai commencé à écrire ciseaux, papier, caillou, c’était de créer un personnage dont on puisse dire que c'est « un homme bien », quelqu'un dont la famille comptait plus que tout, qui était fier de pouvoir prendre soin d'elle. Quand un tel homme perd son travail, il perd beaucoup plus que ça. Il perd le sens de ce qu’il vaut, il perd la réalité qui le définit. Il doit essayer de se recréer. Comment peut-il faire ça ? De quels outils dispose-t-il ? Il doit s'atteler à la tâche les mains vides. Il doit créer quelque chose à partir de rien, c'est du moins ce qu'il doit ressentir. Je voulais que le tailleur de pierre de ciseaux, papier, caillou ressemble à K., mais pas littéralement ; je voulais que le tailleur de pierre soit aussi nu et fragile, aussi innocent, aussi perdu. Je voulais créer quelque chose qui donne un sens à cette expression que j'avais vue si fugitivement sur le visage de K., une expression qui me semblait raconter l'histoire de sa vie. Daniel Keene Daniel Keene est né en 1955 à Melbourne (Australie), il écrit pour le théâtre, le cinéma et la radio depuis 1979, après avoir été brièvement comédien puis metteur en scène. Cofondateur et rédacteur de la revue Masthead (arts, culture et politique), il a également traduit l'œuvre poétique de Giuseppe Ungaretti. De 1997 à 2002, Daniel Keene a travaillé en étroite collaboration avec le metteur en scène Ariette Taylor. Ensemble ils ont fondé le Keene/Taylor Theatre Project qui a créé trois de ses pièces longues et une trentaine de ses pièces courtes (dont six ont été reprises au Festival de Sydney 2000). Il a par ailleurs noué une fidèle relation de travail avec le réalisateur australien Alkinos Tsilimidos qui a porté à l’écran Silent Partner (2000), Tom White (scénario original – Festival International du Film de Melbourne, 2004) et Low (sous le titre EM 4 Jay, 2006). Ses pièces ont été jouées en Australie, mais aussi à New York, Pékin, Berlin, Tokyo, Lisbonne… Certaines d'entre elles ont été distinguées par de prestigieux prix dramatiques et littéraires. Après une assez longue traversée du désert dans son propre pays, The Serpent's Teeth a été créée par la Sydney Theatre Company, au prestigieux Opera House, en avril-mai 2008. Depuis 1999, nombre de ses pièces ont été créées en France, en particulier : Silence complice (Théâtre National de Toulouse, octobre 1999 / Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, mars 2000, mise en scène Jacques Nichet) ; La pluie (Théâtre de La Commune, avril 2001, manipulation et jeu Alexandre Haslé) ; Terminus (Théâtre national de Toulouse, mars 2002 / Théâtre de la Ville-Les Abbesses, mai 2002, mise en scène Laurent Laffargue) ; La Marche de l'architecte (Festival d'Avignon 2002, Cloître des Célestins, mise en scène Renaud Cojo) ; Moitié-moitié (L'Hippodrome, scène nationale de Douai, janvier 2003, mise en scène Laurent Hatat) ; Ce qui demeure (7 pièces courtes) (Maison des métallos, Paris, septembre 2004, mise en scène Maurice Bénichou) ; Avis aux intéressés (Théâtre de la Commune, septembre 2004, mise en scène Didier Bezace) ; Puisque tu es des miens (Théâtre de l'Opprimé, Paris, novembre 2004, mise en scène Carole Thibaut)… Il écrit régulièrement des textes à la demande de compagnies et de metteurs en scène français : les paroles ; la terre, leur demeure ; Cinq Hommes ; Le Veilleur de nuit… En juin 2009, L’Apprenti, son premier texte Jeune public, se voit décerner le prix « Théâtre en pages », mis en place par le Théâtre National de Toulouse et le Conseil Général de la Haute-Garonne. Silence complice, Terminus, avis aux intéressés, le récit et Quelque part au milieu de la nuit ont également été diffusés sur France Culture.
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