stv

Direction artistique : Bérangère Vantusso

Administratrice : Réjane Michel

Chargée de communication et des relations avec les publics : Murielle Schulze

Régie générale : Cédric Jaburek

Agent d’entretien : Dina Ferreira-Peireira

Le projet

Historique

http://www.studiotheatre.fr/le-studio-matrice-de-theatre/

Microlycée 16/17 PORTRAIT(S) Clara Chabalier & Alexandre Pallu

Portrait(s) copie

 

Poursuivant notre dialogue avec le microlycée de Vitry, nous inaugurons un nouveau type de collaboration prenant la forme d’un projet de spectacle dirigé par les metteurs en scène et comédiens Clara Chabalier et Alexandre Pallu. Sur l’ensemble de l’année scolaire les élèves de seconde vivront toutes les étapes, de la conception dramaturgique à la réalisation scénique, de la création d’une forme théâtrale centrée sur la question (poétique, artistique, politique) du portrait. Cette création, portée conjointement par les équipes du microlycée et du Studio-Théâtre, sera présentée en fin d’année scolaire au Studio-Théâtre, dans les conditions d’une ouverture professionnelle.


 

Portrait(s)

Une résidence territoriale artistique et culturelle menée par Clara Chabalier et Alexandre Pallu
avec les élèves de seconde du Microlycée 94
restitution  juin 2017

Les partenaires : Microlycée 94 / Studio-Théâtre de Vitry / DRAC Île-de-France

Découvrez une étape de création, une pièce sonore intitulée Radio du lac

La pratique professionnelle de Clara Chabalier et Alexandre Pallu, jeunes artistes formés au sein des écoles nationales de théâtre, est intrinsèquement liée à la question de la transmission.

Ils n’imaginent pas cette transmission dans un rapport de maître à élève, mais cherchent à faire partager et mûrir des réflexions qui sont souvent à la source de leurs propres créations, à développer des axes de réflexion, à prendre le temps d’explorer des thèmes ou des terrains qui leurs sont chers. Ce projet est autant transmission qu’exercice de leur art à part entière.

Du public au privé

« Nous prendrons pour matière première des portraits de personnalités recueillis dans la presse, écrite de préférence.

Une première phase consistera pour chaque élève à « instruire » un personnage choisi. Ils enquêteront sur lui, se questionneront sur son environnement, familial, social… : dans quel environnement évolue-t-il ? Qui l’influence ? Quel est son rêve ? Son comportement en public est-il conforme à ses convictions intimes ? Qu’est-ce qui l’a poussé à agir de la sorte ? Où est-il à présent ? Quel regard porte-t-il sur l’acte qui l’a rendu célèbre ? Quelles conséquences sur sa vie intime a eu la médiatisation de sa personne ?…

Un portrait, qu’il soit photographique ou écrit, contient toujours une trace de ce qui est passé, d’un état des choses qui est fixé et défini. C’est une empreinte qu’on laisse de soi, dont l’aspect définitif laisse transparaître en germe un inaccomplissement. Que la personne soit embellie ou critiquée, c’est bien ce qui est absent qui va nous intéresser, ce que l’on pourra se raconter et qui n’est que suggéré par le portrait. C’est ce manque qui permettra à l’acteur de créer la matière vivante de son personnage. Il ne s’agit donc pas tant de s’attacher à un réalisme des personnages qu’à une faille, une blessure, d’aller ouvrir une brèche et à partir de celle-ci, construire une fiction.

Nous commencerons par isoler une particularité qui nous parait symptomatique de la figure choisie. Il s’agira de définir les moyens de représenter le personnage puis de le mettre en jeu : par la posture, la gestuelle, le rythme mais aussi la rhétorique qui lui est propre, sa voix, sa façon de s’exprimer. Nous pourrons alors créer des rencontres de personnages, pour favoriser l’écoute entre les différents partenaires, et la construction collective d’une situation théâtrale par l’improvisation, puis peut être par l’écriture de petits fragments de textes pouvant être répétés.

L’écart entre vie privée et vie publique est également un axe central de réflexion, car il interroge notre mode de fonctionnement au sein d’une société hyper médiatisée.

Cet écart peut être rendu visible depuis le personnage (pense-t-il la même chose en privé et en public ?) ou depuis le contexte : la même phrase peut prendre des sens tout à fait différents selon qu’elle est énoncée dans un lieu privé ou prononcée devant des milliers de téléspectateurs. Une photographie de presse n’est pas porteuse du même message selon qu’elle apparaît dans un coin de page d’un journal gratuit, ou qu’elle est agrandie mille fois et exposée dans un musée.

Sensibiliser au langage médiatique, en déchiffrer les arcanes, et maitriser le contexte à partir duquel on parle sont des pistes essentielles de travail. C’est aussi sensibiliser au monde dans lequel on s’inscrit, à partir duquel on parle, c’est établir un lien avec l’espace extérieur.

Il y a bien entendu l’envie de leur faire découvrir et chercher par eux-mêmes une matière qui pourra être reprise dans différents cours. Les enseignants reprendront les thèmes principaux de l’atelier en cours de français et d’histoire-géographie, et nous pensons aussi profiter de leur apprentissage de langues étrangères (anglais, espagnol, ou leurs langues maternelles éventuellement) pour les intégrer sur scène. Le théâtre développe des compétences individuelles : éloquence, confiance en soi, expression sous toutes ses formes, écoute, communication… autant de qualités essentielles pour raccrocher à l’univers scolaire, à la vie en société.

Nous avons également l’espoir que chacun livre un peu de lui-même dans la fiction, et puisse analyser le monde qui l’entoure sous un jour différent. Il s’agit d’exciter la curiosité, de se saisir de tous les prétextes pour utiliser ce qui a été appris en classe, de le mettre en application dans une recherche personnelle, afin de stimuler le désir de découvrir et d’apprendre par soi-même, pour soi-même, puis de le rendre visible aux autres.

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Du personnel au collectif

Chaque séance commencera par un échauffement collectif permettant de favoriser l’écoute de groupe et la concentration. Un travail physique peut permettre de réveiller une attention et des émotions qui semblaient peu accessibles, nous tacherons de les révéler et de les « muscler ». Cette étape préliminaire est absolument essentielle afin de créer une ambiance de respect et de bienveillance commune. C’est un sas important pour apprendre à se connaitre, et appréhender une liberté du plateau. Une fois les personnages choisis, nous chercherons à créer des situations afin de construire une fiction qui permette de les réunir. Il est absolument essentiel que cette étape ne soit pas le fruit d’une décision préalable, mais provienne de ce qui aura été proposé sur le plateau.

Toutefois deux directions se dessinent:

– si une fiction fait l’unanimité, et permet à chacun d’y trouver sa place, nous pourrons nous concentrer sur un seul univers qui constituera une forme commune.

– nous pourrons également développer des situations imaginaires réunissant des combinaisons improbables de personnages: quelle conversation auraient Beyonce et Jacques Chirac? Ce braqueur, qu’aurait-il envie de raconter à l’acteur qui joue Batman?

La mise en situation et l’improvisation sont des moyens ludiques de faire émerger des problématiques qui nous engagerons vers une création. Qu’est ce qui nous parle ? Qu’est-ce qu’il nous importe de défendre publiquement ? De quoi est fait notre inconscient collectif ? Le plateau peut devenir un laboratoire d’observation des représentations de nos figures contemporaines, pour analyser la place des médias aujourd’hui. Comment parle le politique ? Qu’est ce qui le définit dans la cité ? Comment se comporte-t-il dans la sphère publique ? Et en privé ?

Nous apprendrons ensemble à peindre, dépeindre, repeindre ces figures, ces portraits qui constituent les archétypes de notre société moderne, et nous intéresser à leur fonction sociale.

Le théâtre a de tout temps représenté les visages qui constituaient son monde. Nous pourrons alors comparer les époques, et analyser les représentations modernes à l’aulne du répertoire théâtral. Qu’ont de commun Agamemnon et Vladimir Poutine ? Le bourgeois gentilhomme et Michel Platini ?

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Une écriture au plateau

Il s’agit à tous moments de se placer en créateurs, en inventeurs. À force de discussions et de questionnements sur ce qu’il nous importe le plus de représenter, nous ferons naître un cadre fictionnel ou documentaire.

Nous chercherons à donner consistance aux personnages de cette forme, à travailler la matière brute qu’est l’improvisation en abordant les différentes techniques du théâtre (espace, rythme, corps, voix). Il est essentiel pour nous que le texte (s’il advient) ne soit pas un préalable au travail de plateau mais que la scène en génère la nécessité. Nous donnerons des indications d’espace, de style, d’époque, d’environnement afin de poser des contraintes suffisamment fortes pour guider le travail, mais également prêtes à dévoiler l’absurde et le comique du monde dans lequel nous nous inscrivons. Car c’est aussi le message qu’il s’agit de faire passer : peu importe la célébrité ou la reconnaissance d’une personne, les troubles, les doutes, les espoirs, les gloires et les défaites constituent notre étoffe d’humain.

Nous chercherons à inciter la création d’expériences communes, en favorisant certains projets fédérateurs : faut-il aller visiter un site ? organiser une série d’interviews qui pourront constituer le fil rouge du spectacle ? La situation du cours le vendredi soir, de 15h à 17h, nous laisse la possibilité de prolonger vers une autre activité, et de nous autoriser à utiliser tous les moyens à notre disposition pour enrichir un univers collectif.

Nous inviterons également plusieurs personnalités qui viendront nous aider dans cette

Construction : avocats, journalistes, pourront nous aider à cerner certains enjeux dramaturgiques ou documentaires, tandis que musiciens, danseurs, vidéastes, donneront les outils adéquats pour transposer cette recherche sur la scène. Choisis parmi nos collaborateurs artistiques, les personnalités invitées viendront apporter une attention accrue sur un sujet particulier.

Pendant la phase dramaturgie de choix des portraits, le journaliste Jean-Pierre Thibaudat, ancien rédacteur à Libération et critique théâtral, pourra donner des clés de lecture et de rédaction.

Cette intervention pourra être développée par l’invitation d’un auteur ou d’un dramaturge, qui pourra l’appliquer à l’écriture théâtrale et expliquer la mécanique d’une écriture de plateau.

Le danseur et chorégraphe Sébastien Ly créée des formes courtes dans lesquelles il s’inspire de tableaux de peinture pour créer une danse. Il pourra enrichir un langage physique proposé par les élèves, et inciter à des traductions synesthésiques : traduire un texte en images, en mouvement, en chant, en dessin…

L’intervention d’un musicien, tel que David Bichindaritz ou Julien Fezans, viendra alimenter les premières intuitions en donnant des pistes scéniques concrètes : utilisation de voix transformées, composition d’une chanson réunissant tout le groupe, recherche d’un univers sonore… Ils pourront également donner des outils de prise de son et leur permettre de réaliser des interviews, qui viendront enrichir leurs premières investigations et créer une matière sonore pour le spectacle.

Le metteur en scène et scénographe Daniel Jeanneteau sera sollicité pour nous aider à établir une scénographie.

La rencontre avec des professionnels du spectacle est essentielle car elle légitime leur démarche et leur donne les outils nécessaires pour réaliser le spectacle final.

Ainsi, une présentation publique au Studio-Théâtre de Vitry clôturera l’année scolaire : ce sera pour nous l’occasion d’entrer dans un processus de création plus intense, par exemple au cours d’un week-end entier de répétitions au Studio. »

Clara Chabalier & Alexandre Pallu, mai 2016.

 

Bérangère Vantusso nommée directrice artistique du Studio-Théâtre de Vitry

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Le jury présidé par Nicole Gautier et composé des partenaires institutionnels du Studio-Théâtre (DRAC Île-de-France, Ville de Vitry, Département du Val-de-Marne et Région Île-de-France) a nommé Bérangère Vantusso directrice artistique du Studio-Théâtre de Vitry. Succédant à Daniel Jeanneteau, elle prendra ses fonctions à partir du 2 janvier 2017.

COMMUNIQUÉ

Nomination du nouveau directeur du Studio-théâtre de Vitry-sur-Seine

Comme annoncé lors de l’appel à projet pour le recrutement à la direction du Studio-théâtre de Vitry-sur-Seine, le jury de sélection, présidé par Nicole GAUTIER (présidente de l’association Studio-Théâtre) et constitué de Jean-Claude KENNEDY (maire de Vitry-sur-Seine), d’Evelyne RABARDEL (1ère vice-présidente du Conseil Départemental du Val-de-Marne), d’Elisabeth HENRY (Directrice du service Spectacle Vivant au Conseil Régional d’Ile-de-France) et de Jean-Pascal LANUIT (Directeur Régional Adjoint des Affaires Culturelles d’Ile-de-France), a reçu le mardi 20 décembre 2016 les candidats des 6 dossiers présélectionnés.

A l’issue de ces entretiens, Bérangère VANTUSSO a été retenue pour diriger le Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine à compter du 1er janvier 2017.

Le jury tient cependant à souligner la qualité exceptionnelle des 5 autres candidatures portées par Joris LACOSTE, LAZARE, Roser MONTLLO GUBERNA et Brigitte SETH, Olivier COULON-JABLONKA et Chloé DABERT. Tous les candidats ont su exprimer un projet artistique d’excellence tout en proposant des modes de fonctionnement tous singuliers mais toujours intelligents pour ce lieu de création et d’expérimentation. Le jury tient à les remercier pour la pertinence de leurs propositions qui conforte les différents partenaires du Studio-théâtre de Vitry-sur-Seine dans la nécessité de prolonger leur implication.

Le jury profite de cette annonce pour remercier encore Daniel JEANNETEAU qui a su, durant ces 9 dernières années, porter le Studio-théâtre pour en faire un espace unique d’accompagnement, de création et de rencontres. Nous lui souhaitons bon vent dans ses nouvelles responsabilités.

Nicole Gautier et les membres du jury de sélection

Bérangère Vantusso

Bérangère Vantusso est née en Lorraine en 1974.

Comédienne formée au CDN de Nancy, elle aborde pour la première fois la marionnette en 1998, alors qu’elle étudie à la Sorbonne Nouvelle. Reconnaissant d’emblée dans cet art le point crucial de son questionnement quant à l’incarnation et à la prise de parole scéniques, elle devient marionnettiste auprès de François Lazaro, Emilie Valantin, Michel Laubu ou Sylvie Baillon.

En 1999, elle réunit autour d’elle plusieurs artistes et crée la compagnie trois-six-trente, dont elle met en scène tous les spectacles. La démarche de création s’oriente dès le début vers un théâtre de recherche où se rencontrent marionnettes, acteurs et compositions sonores au service des écritures contemporaines. En 2006, avec la création de Kant de Jon Fosse, la compagnie affirme son identité en faisant de l’hyperréalisme le lien qui unit le théâtre et la marionnette contemporaine. Bérangère Vantusso conçoit avec Marguerite Bordat d’étranges figures au seuil du vivant et met en scène Les Aveugles de Maeterlinck, L’Herbe folle d’Eddy Pallaro, Violet de Jon Fosse et Le Rêve d’Anna d’Eddy Pallaro.

Elle a créé L’Institut Benjamenta d’après Robert Walser en juillet 2016 au 70° Festival d’Avignon.

Après avoir été artiste associée au Théâtre national de Toulouse, elle est aujourd’hui membre de l’ensemble artistique du Théâtre du Nord – CDN de Lille, du CDN de Sartrouville et du T° – CDN de Tours.

En 2015, elle est lauréate du programme hors les murs de l’Institut Français et part deux mois au Japon pour rencontrer les maîtres du Théâtre national de Bunraku.

Elle a collaboré avec différents metteurs en scène : Arnaud Meunier, Antoine Caubet, Paul Desvaux, Sylvain Maurice et Guillaume Vincent.

Formatrice, elle dirige régulièrement des stages ou des ateliers autour de la marionnette et de l’écriture contemporaine.

Depuis 2002 elle enseigne l’interprétation avec marionnettes aux élèves d’hypokhâgne du lycée Victor Hugo à Paris.

Elle est régulièrement invitée à témoigner de sa pratique au cours de colloques ou de tables rondes.

Enfin, elle est intervenue avec les élèves de L’ENSATT à Lyon (2009) et de l’ENSAD à Montpellier (2015).

Lien vers le site de la compagnie trois-six-trente.

Delphine Hecquet, Les Évaporés

Les Évaporés

© Laure Chichmanov

LES ÉVAPORÉS

Ouverture(s) d’octobre 

Traduction Akihito Hirano
scénographie Victor Melchy
création lumière Catherine Verheyde
réalisation des séquences filmées Akihiro Hata
collaboration artistique et dramaturgie Lara Hirzel
costumes Oria Steenkiste
création vidéo Melchior Delaunay
création sonore en cours
Production, développement Dantès Pigeard

jeu Hiromi Asai, Yumi Fujitani,  Kaori Ito (vidéo), Masato MatsuuraAkihiro NishidaMarc PlasKaori SuzukiTokio Yokoi et Kana Yokomitsu

production Cie Magique-Circonstancielle ; coproduction Théâtre de Lorient-CDN de Bretagne ; OARA (Office Artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine) ; Scène nationale de Sud-Aquitain ; Studio-Théâtre de Vitry ; Théâtre de l’Union-CDN du LimousinL’Odyssée, Scène conventionnée de Périgueux  ; avec le soutien du CentQuatre-PARIS ; de l’ARCAL et de la Chartreuse-Centre national des écritures du spectacle ; mécénat Pylônes, créateur d’objets ; Delphine Hecquet a reçu une bourse de l’OARA en 2016 pour l’écriture des Évaporés


Il y a deux ans tandis que j’étais en train de préparer un travail de recherche pour un prochain projet d’écriture dramatique sur la mémoire, j’avais lu un article dans Le Monde relatant un ouvrage sur le phénomène des évaporés du Japon. J’avais aussitôt eu envie d’en savoir plus sur ce phénomène de ces évaporations massives de personnes, sur ces gens qui disparaissaient sans laisser de traces, changeaient d’identité et s’inventaient de nouvelles vies.

Tout cela me semblait si loin… et en même temps très proche des questions que je me posais à ce moment de ma vie. A travers le phénomène des évaporés que je venais de découvrir grandissait en moi une autre question. Je n’étais pas seulement impressionnée par le phénomène -symptôme ou conséquence du fonctionnement d’une culture et d’une société en crise qui n’offrait pas d’autres choix que de s’évaporer- mais j’entrais dans une zone plus sensible, essentielle pour moi, qui touchait l’évaporation : la question de l’identité. Commençait l’aventure du spectacle à venir,  Les Evaporés. Je décidais de prendre un billet et de partir au Japon.

J’avais besoin, pour écrire un spectacle sur le phénomène de l’évaporation, d’en comprendre le processus mental, de le voir autrement que comme une simple blessure qui représenterait une société qui va mal. J’ai découvert que johatsu, le mot japonais pour dire évaporé, comporte la même teneur symbolique qu’en français : il signifie la disparition et désigne aussi le passage de l’état liquide à l’état gazeux. S’évaporer ce n’est donc pas disparaître, c’est se transformer, devenir autre, se métamorphoser, c’est un passage. Là encore il est question d’identité. Même si l’identité qui fonde le rapport au monde nous semble assurée, irréfutable, […] l’individu avance dans son existence en tâtonnant. […] L’identité est toujours un processus. nous rappelle David Le Breton.  Alors qu’est-ce que c’est qu’être soi, si on ne parvient jamais à être, et qu’on devient ?

Je n’entrevoyais plus alors l’évaporation comme une rupture d’une grande brutalité, le résultat d’un empêchement, d’une voie sans issue apparente, mais comme une continuité, comme un mouvement, une liberté, un choix. 

Nos identités et non plus « notre » identité, sont donc des fictions. Ce que les autres projettent sur moi (une image) constitue aussi ce que je suis, et pour correspondre à cette image, je m’invente une identité qui resterait en accord avec l’idée qu’on se fait de moi. Je suis donc dans une fiction perpétuelle de moi-même, une vraie vérité fausse, en quelque sorte. Ce qui m’interpelle dans ce phénomène des évaporations, ce sont les fictions qu’il déclenche. D’un côté, les évaporés choisissent de redéfinir leur identité en s’éloignant de leur identité de départ, en tentant de vivre une nouvelle vie. De l’autre, ceux qui restent, les proches, sont eux aussi forcés de se définir autrement, brutalement, avec l’absence, n’être plus femme de, mari de, fils de, mais en attente. Ceux qui restent débordent d’imagination pour sauver leur esprit de la tristesse qui les guette après une évaporation. Ils laissent des messages à la radio, distribuent des tracts, gardent la chambre de l’évaporé intacte au cas où il reviendrait,… L’espoir, l’imagination, l’attente sont le quotidien de ces familles, et autant de thèmes possibles à explorer.

Delphine Hecquet


Les Évaporés

© Delphine Hecquet


NOTES SUR L’ÉCRITURE DE LA PIÈCE ET LES INTENTIONS DE MISE EN SCÈNE

Lors du premier stage organisé en janvier 2016 pour dé- terminer la distribution du spectacle, j’ai demandé aux acteurs japonais présents de faire l’exercice de venir un à un se dé nir, en commençant toutes leurs phrases par je suis (watashi wa, en japonais). Une jeune actrice vient timidement nous con er qu’elle est la mer, mais très vite elle continue en disant qu’elle aime le soleil, le vent, être au bord de l’eau, etc… J’interroge donc le traducteur qui m’explique qu’en japonais ce n’est pas comme en fran- çais, on ne se dé nit pas vraiment en disant je suis, mais par ce qui nous arrive, ce que nous aimons, etc… La langue elle-même conditionne d’une certaine manière la façon de concevoir l’identité.  C’est notamment pour cette différence de conception du langage, et donc d’imagination, que j’ai choisi d’écrire et de mettre en scène ce spectacle en japonais.

Ecrite pour sept acteurs japonais et un acteur français qui jouera le personnage d’un journaliste venu faire au Japon un reportage sur le phénomène des évaporations massives, la pièce montre que dès la formulation même de qui on est, de par une différence linguistique et cultu- relle, on ne peut pas se dé nir avec les mêmes outils, les mêmes possibles.

L’ECRITURE DRAMATIQUE, EN JAPONAIS ET EN FRANCAIS

Je pars donc de l’écriture au plateau pour ensuite écrire la pièce. Je crois qu’on ne peut pas faire surgir ce texte sans l’avoir déclenché d’abord avec l’expérience du pla- teau, avec la force de proposition des acteurs. Je dois penser la pièce en japonais pour l’inscrire dans son pay- sage d’origine, pour être au coeur du phénomène social, et en faire surgir toute la complexité, et le choc culturel qu’il représente pour nous, Occidentaux. Aussi, d’avoir expérimenté les improvisations en japonais a permis de plonger dans cette langue qui m’est si étrangère, d’en ressentir la puissance poétique, sa différence. Le fait de créer un spectacle en japonais impose un rythme nouveau pour moi. Les acteurs improvisent en japonais, aussi, il y a un décalage entre ce qui se passe en direct sur scène et le temps de la compréhension. Au lieu d’en faire un obstacle, j’envisage cette distance comme un espace de rêverie, où sans rien vraiment comprendre, je peux ressentir et imaginer. Les acteurs savent que je ne comprends pas ce qu’ils disent en temps réel, et cela les rend plus libres de ‘’se tromper’’, de ‘’rater’’, de ne pas se concentrer sur la langue puisque je ne peux pas encore en saisir l’épaisseur, les détails, l’originalité.
L’acteur français Marc Plas, qui joue le journaliste, a pu ainsi expérimenter les dif cultés de communication, se sentir étranger, ce qui était important pour la suite de l’écriture. Ce personnage est un lien entre la langue étrangère et le spectateur, il accompagne la compréhen- sion, puisqu’il parle dans sa langue maternelle (le français). Il joue également avec le problème de communication créé par la rencontre avec des Japonais. Il ne s’agit pas de contourner la dif culté d’un spectacle dans une langue étrangère, mais bien d’en utiliser toute la cocasserie, toute la richesse de l’échange, des impossibilités, de faire apparaître ce qui nous échappe.


LA COMPAGNIE MAGIQUE CIRCONSTANCIELLE

La Magique Circonstancielle est l’autre nom du hasard pour les surréalistes, ou comment des éléments indépendants se retrouvent au même endroit par un étonnant concours de circonstances. J’ai choisi d’appeler la compagnie « Magique- Circonstancielle » car les imprévus, les hasards sont depuis toujours, pour moi, source de création. Il faut savoir d’abord les regarder, lorsqu’ils nous arrivent, et les écouter. Ce n’est pas tout de les remarquer, il faut s’en réjouir, et décider qu’ils ne sont pas là pour rien. De ces hasards qui n’ont jamais cessés de croiser ma route, j’en ai fait un principe de travail. Les surréalistes tentaient de les provoquer et de les sublimer en faisant des ‘’expériences’’. Ce ‘’hasard objectif’’ comme le nomme André Breton, nous permet de décrypter la vie, de se saisir des évènements inattendus, des rencontres, des signes, des coïncidences pour créer, de provoquer une phy- sique de la poésie (Paul Eluard).

J’aime l’idée que les acteurs, mais aussi bien la costumière, l’éclairagiste, le danseur, le metteur en scène, le scénographe, le musicien, se rencontrent par un hasard heureux, qui ne serait pas totalement décidé. C’est souvent par ce qui nous échappe que l’on se révèle, et c’est souvent le point de dé- part des idées qui composent mon écriture. Les dérapages, les hasards m’amusent, parce qu’ils nous mettent en péril. C’est dans le déséquilibre que l’on ressent tout son poids, et s’il faut sans cesse le chercher, cet équilibre, c’est bien plus sa recherche qui m’intéresse que son résultat.

C’est le hasard sous toutes ses formes que nous essaierons d’approcher : de l’écriture à partir du réel (interviews, enre- gistrements), au texte classique qui se retrouve sur ma table de chevet par un étonnant concours de circonstances. Heureusement qu’il y a du magique pour que nous échappent encore des secrets bien enfouis. Reste à les écrire.


Delphine Hecquet, formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (promotion 2011), elle a entre autres pour professeurs Dominique Valadié, Alain Françon, Olivier Py,Yves Beaunesne, Jacques Doillon, Andrzej Seweryn. Au théâtre, elle joue dans Ivanov d’Anton Tchekhov (CDN des Alpes 2011, tournée 2011), Woyzeck de Georg Büchner (CDNA et TNS, 2012), George Dandin de Molière (CDNA et tournée 2012), Don Juan revient de Guerre de Ödön Von Horváth (CDNA 2013 et Théâtre Athénée Louis-Jouvet à Paris 2014) et Medealand de Sara Stridsberg (MC2 Grenoble, Comédie de Valence et Studio-Théâtre de Vitry 2014-2015), mise en scène Jacques Osinski. Elle joue également dans Fragments d’un discours amoureux d’après Roland Barthes mise en scène de Julie Duclos (La Loge, Paris, 2011), et dans Suite n°1 ABC de Joris Lacoste (Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, festival d’automne à Paris et tournée 2014-2015) Elle interprète Edith Piaf dans Hymne à l’amour, ballet musical, mise en scène de Misook Seo (Centre d’Art National, Corée du Sud, 2012). Au cinéma, elle tourne avec Bruno Ballouard, Lili-Rose – Cécile Télerman, Les yeux jaunes des crocodiles – Eugène Green, Correspondances (prix du Jury Fes- tival de Locarno 2007) – Philippe Garrel, Un été brûlant – Gaël De Fournas, La bataille de Jéricho (court-métrage). En 2012, installée à Moscou, elle écrit une pièce pour 3 interprètes, Balakat, qui interroge la naissance et la possibilité de l’écriture. Créée au théâtre de La Loge à Paris en septembre 2014, la pièce est sélectionnée dans le cadre du festival Impatience 2015. Delphine Hecquet bénéficie d’une bourse d’écriture de l’OARA pour Les Evaporés.

Hiromi Asai, née à Kobé au Japon. Après des études de littérature française, elle suit un enseignement théâtral à l’université Paris III. Comédienne, elle participe dès son arrivée en France à plusieurs spectacles à l’espace culturel de l’ambassade du Japon dans le cadre des échanges franco-japonais. Au théâtre, elle joue sous la direction de Frédéric Fisbach : Gens de Séoul (Festival Avignon, Th.Sétagaya à Tokyo), Illusion Comique (Festival Avignon,Th. Odéon, Th. National de Strasbourg…), Agrippine (Th.Rennes, Th.St.Quentin enYvelines…); de Bruno Boëglin dans Brautigan ou la vallée du paradis (Th. National La Criée,TILF…), Le prix Martin d’E. Labiche (Th.des Célestins à Lyon) et sous la direction d’ Arnaud Meunier : Tori no tobu takasa (Comédie de St.Etienne, CDN de Besançon et Th. National de Nice). Elle travaille réguliè- rement en tant que interprète-traductrice pour plusieurs metteurs en scène sur des projets théâtraux franco-japonais (Claude Régy, F. Fisbach, Omar Poras, Oriza Hirata, Satoshi Miyagi, Yôji Sakaté, etc.). Ses traductions de pièces de théâtre sont éditées en France; Freetime de Toshiki Okada par Edition 104, et Les baleines de Sétouchi et Le goûteur d’eau deYôji Sakaté par les éditions de la Gare. Elle a aussi joué dans des longs-métrages (L’Arnacoeur réalisé par Pascal Chaumeil, Tokyo Fiancée réalisé par Stefan Liberski…) et des courts-métrages. Elle pratique la danse traditionnelle japonaise, le tango argentin (niveau com- pétition), les danses de salon (niveau compétition), le flamenco, et le taïchi. Depuis 2011, elle réalise ses propres spectacles. Trois Histoires Courtes du Pays du Soleil Levant, répertoire sur les contes japonais traduits par ses soins, et tourne en France, souvent accompagnée par des musiciens. Sa prochaine création sera tirée d’une histoire écrite par Kenji Miyazawa sur l’homme et la terre.

Yumi Fujitani, née à Tokyo. Elle suit d’abord une formation de danse classique et de théâtre à Kobe. Puis elle se forme à la danse jazz, à la danse contemporaineet au butô. A Tokyo, elle fait une rencontre déterminante avec Kô Murobushi et Carlotta Ikeda, co-fondatrices de la Compagnie Ariadone. Elle rentre alors dans la Com- pagnie comme 1ère danseuse. De 1985 à 1995, elle s’y produit dans des créations telles que HiméBlack Gray WhiteLe Langage du SphinxEn chasse… En dehors des tournées internationales, elle enseigne le butô à Tokyo, tout en poursuivant sa formation à New York et à Paris, où elle expérimente de nouvelles formes d’expressions corporelles, à travers le masque, l’art du clown la vidéo, les arts plastiques. Elle s’installe à Paris en 1996. Danseuse de la troisième génération du butô, elle développe sur cet art une réflexion et une approche personnelles. Elle entame alors des collaborations avec des comédiens , des metteurs en scène et des musiciens. En 1996, elle présente ainsi Cinq Nô Modernes de Mishima Yukio, avec des comédiens, au festival d’Avignon. Elle travaille également avec Urszula Mikos, metteuse en scène, pour les créations de Terra Incognita en 2002, Uberyou en 2003 d’après Louis Cervin et Thomas Bernhard., avec le compositeur André Serre Milan ou encore Jacques Rebotier et Dominique Raymond pour L’éloge de l’ombre de Tanizaki Junichiro à la maison de poé- sie. Elle crée également de nombreuses chorégraphies solos : Frontières, dans lequel elle s’aventure vers les limites et les chemins de la mort, Vertige de mémoire, spectacle dans lequel elle explore les tréfonds de la mémoire et de l’inconscient. Téfu-Téfu dans laquelle elle revisite la fameuse question du rêve du papillon. Fujin-Raîjin invoque, avec le graphiste japonais Tatsuya Oka, les esprits du vent et de l’orage. Elle a également créé une libre interprétation du Journal d’Adam, Journal d’Eve de Mark Twain, avec 2 comédiens. Elle enseigne notamment à l’Ecole du jeu, à Micadanses et donne de nombreux stages partout en France et en Europe. Ce qui motive son travail aujourd’hui c’est d’explorer le corps physiologique. Elle a inventé sa façon d’enseigner et dans ses trainings, elle parle de ce corps physiologique, un corps animal. Yumi Fujitani n’apprend pas à jouer l’animal mais à se servir de lui pour changer l’état de son corps.

Kaori Ito, née à Tokyo. Elle étudie le ballet classique dès l’âge de 5 ans. En 2000, elle part aux Etats-Unis pour intégrer la section danse de l’Université Purchase de l’Etat de NewYork. De retour au Japon, elle obtient, en 2003, un diplôme de sociologie et d’éducation à l’Université de Saint-Paul à Tokyo. La même année, elle obtient une bourse et repart à NewYork dans le cadre du Programme d’Etude International pour les Artistes du gouvernement japonais. De 2003 à 2005, elle tient le premier rôle dans la création de Philippe Decouflé, Iris. Elle intègre le Ballet Preljocaj et travaille sur Les 4 saisons d’Angelin Preljocaj. En 2006, elle danse dans Au revoir Parapluie de James Thierrée et continue sa collaboration avec lui sur Raoul et Tabac Rouge. En 2008, elle assiste Sidi Larbi Cherkaoui pour le film Le bruit des gens autour avec Léa Drucker et travaille de nouveau avec lui en tant que soliste dans l’opéra de Guy Cassiers : House of the sleeping beauties. Cette même année elle crée son premier spectacle : Noctiluque au Théâtre de Vidy-Lausanne. En 2009, elle présente sa deuxième création SoloS au Théâtre Le Merlan. Elle le recrée à la biennale de Lyon en 2012. Island of no memories, sa troisième chorégraphie, naît en 2010 lors du concours (Re)connaissance et obtient le premier prix. Ce spectacle sera sélectionné pour le programme Modul-Dance du Réseau EDN (European Dance Network). Elle reçoit également le prix du meilleur jeune chorégraphe pour l’année 2010, et le prix de JADAFO au Japon. En 2011, elle collabore avec Denis Podalydes pour Le Cas Jekyll 2 et en 2012 sur Le bourgeois gentilhomme et L’homme qui se hait et elle danse pour Plexus son portait par Aurélien Bory. Après avoir dansé et collaboré avec Alain Platel sur le spectacle Out of  content, Kaori Ito crée Asobi, produite par Les Ballets C de la B. En 2015, elle crée Je danse parce que je me méfie des mots, portrait dans lequel elle explore ses racines, au travers d’une rencontre artistique et humaine avec son père Hiroshi Ito. Pour cette mise en scène, elle invente un langage étrange, qui leur ressemble, à l’intersection des mots et de la danse. Par des questions brutes, incisives, profondes ou futiles, elle brise la glace et joue avec les silences de ce père, chargé de secrets.

Masato Matsuura, né en 1965 à Takarazuka au Japon, Masato Matsuura se forme au théâtre Nô. Il participe à de nom- breuses représentations dans différents théâtres au Japon (National Noh Theatre…), et notamment à des spectacles dirigés par Hideo Kanze. A partir de 1992, il étudie le théâtre contemporain pour diversifier ses techniques de scène, ainsi que le théâtre classique japonais. Parallèlement, il se forme au karaté du style Kyokushin, puis dans une école de sabre au style Hokushin Ito Ryû, au Kenjutsu et au Kendo moderne (Gendaï-Kendo). Mais l’agressivité des techniques l’amène à chercher une autre voie, plus respectueuse du corps. Il se forme au sabre à l’école Niten de Tokyo, à l’Aiki jyujitsu avec Maître Daitoryu Yoshimaru Keisetsu (Tokyo) et au Tai-chi. La double approche du théâtre et des arts martiaux lui permet de réfléchir à l’essence du mouvement et de développer une expression corporelle fondée sur une conscience aigüe de la fluidité et de la construction du corps. Rejoignant le fondement des théâtres traditionnels japonais, il réalise une union des arts du chant et des armes, du texte et de la danse. Il partage son activité entre l’enseignement et la scène. Il a fondé l’école Sayu et le dojo des Deux Spirales à Paris. Il donne régulièrement des cours et des stages à Paris et Bruxelles, ainsi que des master classes en Europe. Il s’est produit à la Maison de la culture du Japon à Paris, au Festival d’Avignon, au Festival d’Ambronay, au Festival baroque de Pontoise, au Festival de Lanvellec, au Festival Wunderkammer 2008 (Trieste), à la Maison de la Bellone (Bruxelles); en France, Bosnie, Italie, Hollande, Belgique, Japon, Emirats, Bahrein, Koweit et Yémen. En 2013, il a été invité d’honneur au Festival international Masqu’alors au Québec.

Akihiro Nishida, né au Japon en 1953, Akihiro Nishida fait des études de mime à Osaka, puis choisit Paris pour poursuivre sa formation en expression corporelle (avec Monika Pagneux) et théâtrale avec (Philippe Gaulier). Pratiquant parallèlement les arts martiaux, il continue ses études à l’Université Paris VIII et obtient la « Maîtrise Art du Spectacle ». En 1988, il travaille avec Peter Brook pour le Mahabharata (porté au cinéma), et avec Ariane Mnouchkine pour La Nuit miraculeuse (film du Théâtre du Soleil). L’année suivante, il entre dans la compagnie Pokkowa-pa où il joue dans Clodo Mélodie, puis rejoint la compagnie de l’Atelier International de l’Acteur. Il y interprète Les mille et une nuits et Mesure pour Mesure de Shakespeare. Il ap- paraît au cinéma dans Pullman Paradis (Michèle Rosier), The Pillow Book (Peter Greenaway), Tang le onzième (Daï Siji), Wasabi (Gérard Krawczyk), Fais-moi plaisir (Emmanuel Mouret), Safari (Olivier Baroux), Le capital (Costa-Gravas) et dans les téléfilms L’Etat de Grâce (Pascal Chaumeil), Katz (Arnauld Merca- dier), Le Boeuf Clandestin (Gérard Jourd’hui). Au théâtre, il se produit dans Notre-Dame de Paris (Théâtre sans Frontière), Messe pour le temps présent (compagnie Béjart Ballet Lausanne), Le Concours (compagnie Béjart Ballet Lausanne) à l’Opéra national de Paris, L’Enfant Peul (compagnie britannique,Théâtre sans Frontière), La caravane de verrevoyage au paye d’Emile Gallé (compagnie Oposito), Triomphe ! Une vie de Judo (com- pagnie Muses & Samurais), The King and I au théâtre du Châtelet. Il crée également ses propres spectacles, On m’a dit que (1999), M & m Show (2004) et Les tribulations linguistiques d’un japonais découvrant la France (2013).

Marc Plas commence le théâtre au sein de l’association culturelle de son lycée St-Michel-de-Picpus où il travaille avec Jean Bellorini, Michel Jusforgues et Coralie Salonne. Après un baccalauréat littéraire, il rentre à l’école Claude Mathieu en 2004. Il y reste 3 ans avant d’entrer au Conservatoire national supérieur dramatique de Paris (promotion 2011) dans la classe de Sandy Ouvrier. Il joue en 2012 avec Joel Dragutin au théatre de Cergy 95 dans Une maison en Normandie puis avec Benjamin Porée au théatre de Vanves dans Platonov de Tchekov. Il joue à nouveau avec Jean Bellorini sur plusieurs spectacles Liliom de Ferenc Molnar au Printemps des comédiens puis en tournée dans toute la France ainsi qu’au théâtre Gérard Philipe (2014) puis à l’Odéon (2015), La bonne Âme du Setchouan de Brecht, création au TNT puis reprise à l’Odéon aux ateliers Berthier, Tempête sous un crâne d’après Les Misérables de Victor Hugo au théâtre des quartiers d’Ivry en 2014. Il prépare actuellement la prochaine création avec la troupe de Jean Bellorini Les frères Karamazov d’après Dostoïevski.

Kaori Suzuki, se forme à la danse classique à Singapour et au Japon à l’école du Tokyo Ballet et de Saburo Yokose. De 1989 à 1996, elle travaille au Japon comme soliste du répertoire classique et collabore avec di- vers chorégraphes japonais et enseigne la danse classique. Depuis 1997, elle vit à Paris et travaille pour Matthew Hawkins au Royal Ballet à Londres dans Angel et Exile (backstage project), Carlotta Ikeda dans Le sacre du printemps, Karry Kamal Karry dans Siamois et Jacky Auvray dans Parenthèse et d’ x, Philippe Dormoy et Valérie Joly pour Silence (théâtre chanté), Bando Sengiku dans L’été Chushigura (danse traditionnelle japonaise Kabuki) et Stradivarius légende (duo acrobatique avec Cyril Jacqmin). Elle danse dans des opéras lyriques à l’Opéra de Paris et au théâtre du Châtelet mis en scène par Ennoské 3, Yannis Kokkos, La Fura del Baus, Micha Van Hoecke et Gilbert Deflo, Chen Shi-Zeng. Elle danse aussi pour la comédie musicale King and I de Lee Blakeley. Avec sa compagnie, Cie Tsurukam, elle crée en 2006 Kagomé (danse, marionnette et masque) joué au In du festival de Charleville-Mézières. En 2007, elle crée Satori (danse, masque), adaptation du Roi Lear de Shakespeare pour la ville d’Argenteuil. En 2013, sa création Tomoki (danse, objets) participe au festival international du théâtre Mont-Laurier au Québec, à Dubrovnik en Croatie, à Hanko en Finlande, STSPOT à Yokohama au Japon. En 2014, elle crée Qui-Koto. La Cie Tsurukam a créé le festival Ningyo (point de conver- gence entre l’homme et la matière) avec l’espace Bertin Poirée.

Tokio Yokoi, Né en avril 1945 au Japon, il suit ses études au département de langues étrangères de la Nanzan University, puis au département des Beaux-Arts de la University of South California où il devient membre d’une troupe de théâtre, East West Players. Responsable des investissements dans le secteur touristique du groupe japonais Plaza pour l’Europe, il est nommé Directeur Général du groupe Plazana Espagne. En 2013, il joue dans le film Tokyo Fiancée de Stefan Liberski.

Kana Yokomitsu, est diplômée d’une licence de littérature japonaise de l’Université Hosei de Tokyo, Kana Yokomitsu a suivi les cours de théâtre de Vera Gregh. Elle a notamment joué au théâtre dans Beatles Story, de Renaud Siry, Mid summer nightdream, Kim-M. Broderick, Marciel de Marc Hollogne, Vers la route de Tokaido de Nicolas Bataille, La mort d’Empedocle de Philippe Lanton, Ecrit sur l’eau d’Éric-Emmanuel Schmitt mis en scène par Niels Arestrup, Tokyo de Nicolas Bataille, Cendre Cendrillon d’Axandre Colpacci et dans Ludwig Leitmotiv de Katiana Kowalski. Au cinéma, elle a joué dans Silent City de Threes Anna (2012).

Akihiro Hata, né en 1984 à Nishinomiya, au Japon. Il part à Paris après le lycée en 2003. Il obtient la licence Cinéma à Paris 1 Panthéan-Sorbonne en 2006 et intègre la Fémis (École Nationale Supérieur des métiers de l’Image et du Son) en département réalisation et obtient la bourse du gouvernement français en 2007. Dîplomé en 2010, il réalise plusieurs courts-métrages et des films documentaires dont Les invisibles en 2015, sélectionné en compétition nationale au festival de Clermont Ferrand. Il prépare actuellement La mer verte, un film documentaire sur une forêt au pied de Mont Fuji soutenu par l’Institut Français et À la chasse, un film de fiction qui sera tourné en mars 2016, soutenu par le CNC, la région Pays de la Loire et Arte.

DÉTRUIRE, Jean-Luc Vincent, cie Les Roches Blanches

Détruire

Dans détruire, Marguerite Duras est sur scène. Là, devant nous, elle transforme la fiction romanesque de Détruire dit-elle en théâtre. Dans un hôtel isolé près d’une forêt, deux hommes et deux femmes se rencontrent. De ses quatre personnages, Duras dirait qu’ils sont des mutants, qu’ils aiment tout et tout le monde et veulent la fin du monde. Elle dirait que la destruction capitale de la société de classe, ou plutôt de l’être de classe, en passerait nécessairement par eux.

DÉTRUIRE

vendredi 3 mars à 20h30
samedi 4 mars à 20h30
dimanche 5 mars à 16h
lundi 6 mars à 20h30
// Toutes les représentations sont complètes //
DÉTRUIRE jouera le 21 mars au Théâtre de Vanves 

d’après Détruire dit-elle de Marguerite Duras  aux Éditions de Minuit
adaptation et mise en scène Jean-Luc Vincent 
collaboration artistique Anne-Elodie Sorlin
scénographie Magali Murbach
lumières Christian Pinaud
son Isabelle Fuchs
musique originale Christophe Rodomisto
costumes Séverine Thiébault
régie générale Yvon Julou
administration et diffusion Claire Nollez
attachée de presse Nadia Ahmane

jeu Édith Baldy, Isabelle Catalan, Xavier Deranlot, Julien Dérivaz, Airy RoutierAnne-Élodie Sorlin, et Jean-Luc Vincent

Production Les Roches Blanches ; Production déléguée  Comédie de Béthune, Centre Dramatique National des Hauts-de-France ; coproduction, accueil en résidence et création Studio-Théâtre de Vitry ; coproduction Théâtre Dijon Bourgogne, Centre Dramatique National ; Scènes du Golfe – Théâtres Arradon Vannes ; avec le soutien de la DRAC Ile-de-France, de la SPEDIDAM et du dispositif d’insertion de l’ESAD du THEATRE NATIONAL DE BRETAGNE Accompagnement production, diffusion, communication Maison Jaune

Le travail de répétitions a été amorcé grâce au Théâtre de Vanves, scène conventionnée, et grâce au Théâtre de la Bastille et à son soutien technique. Il a aussi bénéficié d’une résidence à La Ferme du Buisson / Scène nationale de Marne-la-Vallée. Une première étape de travail a été présentée en novembre 2015 au Jeune Théâtre National dans le cadre du festival FRAGMENT(S) #3, puis en juin 2016 au Théâtre 95 dans le cadre du Festival Jeune Création.


Je suis pour qu’on ferme toutes les facultés, toutes les universités, toutes les écoles. Profondément. On recommence tout. C’est l’esprit profond de Détruire, dit-elle. Le départ à zéro. Je suis pour qu’on oublie l’histoire. L’histoire de France, l’histoire du monde. Complètement. Qu’il n’y ait plus aucune mémoire de ce qui a été vécu. C’est-à-dire de l’intolérable. Sur tous les fronts, sur tous les points. Tout casser. Dans Détruire, j’essaie de situer le changement de l’homme, enfin le stade révolutionnaire au niveau de la vie intérieure. Je crois que si on ne fait pas ce pas intérieur, si l’homme ne change pas dans sa solitude, rien n’est possible. Toutes les révolutions seront truquées. Ça, je le crois profondément. Si vous ne consentez pas librement à la révolution, vous n’y consentez pas. C’est faux et tout est truqué. Ce n’est pas la peine de la faire. 

Marguerite Duras à propos du film Détruire dit-elle, 1969


les Roches Blanches 1

De la littérature, du théâtre et du cinéma, donc. Littérature, parce que l’auteure est présente et s’aventure devant nous dans l’inconnu de l’écriture. Théâtre parce que nous sommes bien dans l’espace abstrait de la représentation, marqué par l’absence de décor figuratif. Théâtre aussi parce que nous sommes dans la confiance absolue en la puissance imaginaire des mots et de la langue. Théâtre encore parce que le travail de la présence, du vide et de la disponibilité des acteurs, est central. Théâtre toujours parce que le mouvement de la mise en scène orchestre comme une chorégraphie invisible le mouvement des corps et des présences. Et cinéma encore pour le jeu, le son et les lumières : des voix off, de la musique, du noir et blanc, des effets spéciaux. Et cinéma surtout parce que Duras a osé, pensé, inventé un nouveau rapport du texte à l’image dans ses films, et donc un autre rapport à l’idée de représentation.

Pour porter ce projet, il ne fallait pas de simples interprètes, mais des artistes avec une grande autonomie et une grande singularité. Ma partenaire et amie des Chiens de Navarre : Anne-Elodie Sorlin. Mais aussi Isabelle Catalan, danseuse et chorégraphe, et également actrice de cinéma et réalisatrice. Xavier Déranlot, acteur (sorti de l’école du TNB il y a plus de dix ans), mais aussi vidéaste et performer dans sa propre compagnie (Fanadeep). Edith Baldy, actrice, mais aussi danseuse et performeuse. Airy Routier, comédien mais aussi metteur en scène. Et enfin Julien Derivaz, jeune acteur sorti de l’École du TNB en 2015. Une équipe, ou plutôt une bande, réunie autour d’une certaine maturité artistique et d’un goût commun pour la recherche, l’amusement et l’engagement artistique.

Jean-Luc Vincent


Détruire dit-elle est pour Duras un texte éminemment politique qu’elle écrit à la suite des événements de 1968. Pourtant, pas de grande tirade politique, pas d’idéologie explicite, mais des personnages qui errent, se rencontrent et discutent dans un hôtel aux allures de maison de repos, entouré d’une inquiétante forêt. Une fiction typiquement durasienne donc. Et pourtant s’y révèle aussi un récit de genre, un récit d’anticipation, d’horreur ou de science fiction. Stein et Alissa, des êtres mutants, sans âge et débarrassés de la notion de propriété, font du désir une force de contamination et de destruction positive. On assiste ainsi à l’achèvement de la mutation de Max Thor (le professeur qui n’a rien à enseigner et qui n’a plus d’élèves) et à la contamination d’Élisabeth Alione (la femme mariée en cure de sommeil) par ces trois mutants.

détruire est une adaptation. Parce que Détruire dit-elle est avant tout un livre, un texte mutant qui deviendra un film. En l’adaptant, j’ai voulu montrer le caractère hydride du texte et jouer avec la littérature du récit tout en donnant à voir des « scènes ». Jouer avec la représentation et le théâtre. Je voulais aussi mettre Duras sur scène. M’amuser avec le « monstre » Duras et son omniprésence dans ses livres, dans ses films, à la radio, à la télévision… Trouver une irrévérence et une distance nécessaires. Grâce à sa présence, on assiste au passage du livre à la représentation de la fiction, au théâtre.
détruire est un jeu. Un jeu avec les codes durassiens, un jeu avec la représentation, un jeu avec les genres. Un jeu inspiré des expériences cinématographiques de Duras elle-même. Pour se poser une question: quel progrès avons-nous fait aujourd’hui individuellement et collectivement dans cette « révolution intérieure » dont parle Duras et qu’elle juge être un préalable nécessaire à toute révolution politique ?


Les Roches Blanches est créée en septembre 2014. Elle n’a donc pas encore d’histoire, si ce n’est celle de sa création et celle de ses membres. Le nom « Les Roches Blanches » signifie assez l’importance qu’occupe Duras dans le projet même de la création de cette compagnie. Certes il n’y aura sans doute pas que Détruire, il y aura certainement d’autres textes et d’autres auteurs. Mais se placer sous le signe du Duras, c’est affirmer l’importance de la liberté, de l’imaginaire, de l’engagement et de la recherche artistique. C’est avoir le désir de trouver une « chambre à soi », un lieu où la création devient possible à la fois dans la sérénité et le tremblement.
La création de la compagnie s’est faite sous l’impulsion de Jean-Luc Vincent. Acteur et membre fondateur de la compagnie des Chiens de Navarre dirigé par Jean-Christophe Meurisse, il joue avec ce groupe sur de nombreuses scènes du théâtre subventionné en France et à l’étranger. Avec les Chiens de Navarre, il acquiert une puissante expérience d’acteur au sein d’un travail collectif iconoclaste et performatif qui l’amène à jouer notamment sur la scène des Bouffes du Nord ou celle du Théâtre du Rond-Point. Il poursuit par ailleurs une collaboration artistique riche avec le metteur en scène Bernard Levy pour lequel il travaille comme assistant et dramaturge depuis 2005. Il adapte notamment avec lui Le Neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard, qui est joué au Théâtre National de Chaillot en 2008 avec Serge Merlin, ou participe à la création d’un diptyque Beckett : En attendant Godot et Fin de Partie au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet à Paris en 2007 et 2009.
Fort de ces deux expériences, il décide de développer désormais son propre travail de metteur en scène – un travail qu’il a amorcé dès 2006 en étant artiste résident au Pavillon-Laboratoire de Recherche Artistique du Palais de Tokyo (pour lequel il conçoit et réalise plusieurs œuvres vidéos et installations). En octobre 2015, il présente Notes de cuisine de Rodrigo Garcia au théâtre de La Loge à Paris. Un travail plastique qui mêle théâtre et performance.
Le travail des Roches Blanches est un travail de groupe, fait des expériences d’acteurs/artistes curieux et singuliers. Un travail qui mêle à la fois le goût de Jean-Luc Vincent pour le texte, goût hérité non seulement de sa formation littéraire à l’École Normale Supérieure, mais aussi et surtout de son expérience comme assistant à la mise en scène et dramaturge, et son intérêt pour la recherche scénique, recherche qu’il a entamée notamment avec les Chiens de Navarre.


Jean-Luc Vincent est ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de Lettres Classiques, né en 1973. Il se forme comme comédien à l’École du Samovar (1998-2000). Il appartient à la compagnie Les Chiens de Navarre, dirigé par J.-C. Meurisse, depuis leur création en 2005 : leurs spectacles Une Raclette, Nous avons les machines, Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet et Quand je pense qu’on va vieillir ensemble sont joués à Paris et tournent en France et à l’étranger depuis 2010. Le Théâtre du Rond- Point leur a consacré un festival en février 2014 et leur nouvelle création (Les armoires normandes) a été créée au théâtre des Bouffes du Nord en mars 2015. En février 2016, il joue à Covent Garden à Londres un rôle parlé dans l’opéra bouffe français L’étoile d’Emmanuel Chabrier mis en scène par Mariame Clément. Récemment, on l’a vu au cinéma dans le rôle de Paul Claudel dans Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont avec Juliette Binoche (Berlinale 2013) ou dans Gaz de France de Benoit Forgeard (Sélection ACID, Cannes 2015). Il retrouve Bruno Dumont pour Ma loute (Sélection officielle, Festival de Cannes 2016), une comédie dans laquelle il joue aux côtés de Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valéria Bruni-Tedeschi. Il joue aussi dans Apnée de Jean-Christophe Meurisse (Semaine de la critique, Festival de Cannes 2016). Depuis 2005, il travaille comme dramaturge et assistant avec le metteur en scène Bernard Levy : Bérénice de Racine (Scène Nationale de Grenoble, 2006), Fin de partie et En attendant Godot de Samuel Beckett (Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, 2007 et 2009), Le neveu de Wittgenstein de Thomas Bernhard (Théâtre National de Chaillot, 2008), L’échange de Paul Claudel (Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, 2010), Histoire d’une vie de Aharon Appelfeld (Scène Nationale de Sénart, 2014). En 2006-2007, il est artiste résident (vidéo et performance) au Pavillon– Laboratoire de recherche artistique du Palais de Tokyo (Paris). Dans le cadre de cette résidence, il réalise deux installations vidéo : India S. pour l’exposition « L’Inde, peut-être » (Espace Louis Vuitton, avril 2007) et Feelings pour l’exposition Versus (Palais de Tokyo, juin 2007). Il commence alors à développer son propre travail de mise en scène. En 2014, il créé la compagnie Les Roches Blanches. Il présente en octobre 2015 une forme courte à partir de la pièce de Rodrigo Garcia, Notes de cuisine, au Théâtre de La Loge à Paris (avec Céline Fuhrer, Cédric Moreau et Maxence Tual).

Anne-Elodie Sorlin est née en 1975, formée au conservatoire du IXème arrondissement de Paris puis à l’école du Studio-Théâtre d’Asnières de 1994 à 2000, Anne-Élodie Sorlin reçoit un prix d’interprétation aux Espoirs du TBB, en 1997, pour le rôle de Véra dans Un dimanche à la campagne de Tourgueniev. La même année elle joue dans Don Juan ou la mort qui fait le trottoir de Montherlant au Théâtre de la Madeleine avec Georges Wilson, mise en scène par Jean-Luc Tardiez. À partir de 1999, elle fait partie de la troupe du Studio-Théâtre d’Asnières et joue notamment dans Barouf à Chioggia de Carlo Goldoni mis en scène par Jean-Louis Martin Barbaz et dans Bajazet de Racine mis en scène par Hervé van der Meulen. Très vite intéressée par le travail en compagnie, elle participe dès leurs débuts aux créations de la Cie du Souffleur (La Locandiera de Goldoni, 1997), de la Cie itinérante des Petits Pieds dirigée par Joséphine de Meaux (Médée d’Euripide, 2001 et L’équilibre de la croix de Valère Novarina, 2004). Elle est co-auteure et comédienne au sein de la compagnie Les Chiens de Navarre, dirigé par Jean- Christophe Meurisse, depuis leur création en 2005 et jusqu’à la création du spectacle Les armoires normandes (Théâtre des Bouffes du Nord, 2015). Elle travaille aussi avec Daniella Labbé-Cabrera au sein du collectif I am a bird now. Ensemble, elles conçoivent et interprètent un spectacle tout public, Le voyager record, joué au Studio-Théâtre d’Alfortville, au Théâtre de Vanves, et au Théâtre Paris-Villette en mai 2014 et au Théâtre du Jeu de Paume en septembre 2015. En septembre 2016, elle joue au Théâtre du Rond-Point dans Fumier mis en scène par Thomas Blanchard et elle collabore artistiquement à la performance BOUM de Xavier Déranlot. Au cinéma, elle tourne aux débuts des années 2000 dans les premiers courts-métrages d’Emmanuel Mouret. En 2003, elle tient le rôle féminin principal dans le premier long-métrage de Sébastien Gabriel, Et si je parle. Elle participe aussi à tous les films d’Orest Romero Morales et joue dans les films de son frère, Philippe-Emmanuel Sorlin. En 2013, on la voit dans le long-métrage Le Temps de l’aventure de Jérôme Bonnel (Rectangle Productions) et dans le moyen métrage Il est des nôtres de Jean-Christophe Meurisse (Ecce Films). En 2016 dans le premier court métrage de Xavier Déranlot, JOIE.

Edith Baldy après avoir suivi les cours du conservatoire de Béziers, elle intègre dans les années 90 la formation professionnelle du Conservatoire Régional de Montpellier. Elle rencontre Jean-Luc Vincent lors d’un stage en 2007, Parler et agir au cinéma, organisé par les Ateliers Nomades et dirigé par Laurence Ferreira Barbosa et Isabelle Catalan. Du milieu des années 90 au milieu des années 2000, elle travaille avec plusieurs compagnies montpelliéraines dans des projets qui mêlent théâtre et danse. En 2011, elle joue avec Jean-Luc Vincent dans le spectacle Œdipe sur la route, créé à partir du livre d’Henri Bauchau par la compagnie L’Hiver nu (Scènes Croisée de Lozère, reprise au Festival Chalon dans la rue). En 2012, elle collabore avec Xavier Déranlot et la Cie Fanadeep pour la création de la performance P.i paradise isle au Théâtre de Vanves. En 2015, elle joue dans Sick conçu et mis en scène par Alexis Armengol. Au cinéma, elle joue en 2013 dans le premier film d’Isabelle Catalan, Rage, librement inspiré de Médée de Sénèque et produit par le G.R.E.C. (Groupe de Recherches et d’Essais Cinématographiques).

Isabelle Catalan est danseuse, performeuse, comédienne et chorégraphe, elle a collaboré avec le Collectif 12 entre 1996 et 2003, elle y a créé le solo Prise en 2001, Fantômes en 2005 d’après La douleur de Marguerite Duras, L’imprudence en 2007 à l’issue d’un laboratoire de recherche et de création réunissant danseurs et comédiens, DIRTY d’après Le Bleu du ciel de Georges Bataille en 2011 et la performance Chaukemare en collaboration avec le musicien Sébastien Noiré en 2011. Elle est à l’origine de la pièce Exquis cadavre dont elle est l’interprète, avec le musicien Sébastien Noiré mise en scène et chorégraphiée par Jean Luc Vincent, Edith Baldy, Renaud Bertin, Nasser Martin Gousset, Aina Alegre, Lamya Régragui, Xavier Deranlot et Jeanne Candel en 2015. Elle a été également interprète notamment pour Marie Cambois, Nasser Martin Gousset, Fanadeep. Elle collabore comme chorégraphe, regard extérieur et à l’accompagnement physique des acteurs avec Jean Christophe Meurisse et Les Chiens de Navarre notamment pour la création collective Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, Christophe Perton pour sa mise en scène de L’avantage avec les animaux c’est qu’ils t’aiment sans poser de question de Rodrigo Garcia, Xavier Deranlot/Fanadeep pour la performance Boum, Jeanne Candel pour l’opéra Brundibar, Daniela Labbé Cabrera et Aurélie Leroux pour la création de Chroma, Lucie Valon pour la création de Funny birds, la cinéaste Laurence Feirrera Barbosa dans le cadre de deux chantiers nomades, ainsi que comme dramaturge avec la chorégraphe Aina Alegre. Au cinéma, elle a chorégraphié les séquences dansées du film Cap Nord, long-métrage de Sandrine Rinaldi. Elle a joué dans quatre films courts et long d’Olivier Séror avec qui elle a également collaboré comme co-scénariste notamment pour l’écriture de L’expérience long métrage en production. En 2013, lauréate du programme Hors les murs de l’institut français elle a écrit et réalisé Rage une fiction de 52 minutes produite par le G.R.EC., adaptation de Médée de Sénèque tournée à Los Angeles et dans le désert du Mojave.

Xavier Déranlot né en 1975, il se forme comme acteur à l’École du Théâtre National de Bretagne. Il y travaille notamment avec les metteurs en scène Claude Régy, Mathias Langhoff, François Verret et les chorégraphes Catherine Diverrès et Bernardo Montet. À partir de 2000, il joue dans de nombreuses pièces. Il crée notamment le rôle de Richard dans Le pire du troupeau de Christophe Honoré, puis participe au projet européen L’École des Maîtres avec le metteur en scène Giam Carlo Cobelli et la chanteuse Giovanna Marini pendant deux ans en Italie. Il interprète alors le rôle du Docteur dans Woyzeck de G. Büchner. Décidé à mener son propre travail aux croisements de plusieurs disciplines plutôt que de rester acteur, il crée en 2004 la Cie Fanadeep. Il se renomme alors Mr X. et met en scène Le Village en flammes de R.W. Fassbinder pour le festival de jeune création du Théâtre du Soleil. De 2006 à 2012, il est rejoint dans son projet par Julien Herrault alias Mr J. En 2008, il adapte, met en scène et interprète le texte Fils de D. de Franck Meyrous à la première édition du Next International Arts Festival. En 2009, Fanadeep est lauréat de la résidence Les inclassables de l’Institut Français et du Conseil des Arts et des Lettres du Québec, à Montréal. S’en suivent plusieurs pièces performatives, expositions photos et vidéos d’art (A.H aptitude héréditaire ; P.i paradise isle ; Les Cornes du Diable ; Possession & more ; Je veux tout le temps mourir au moins j’y arrive à chaque fois). En 2014, sur une proposition de Paris dernière pour la chaîne Paris Première, il adapte Possession pour la télé. De 2014 à 2015, il écrit BOUM, un solo joué au Carreau du Temple au Jerk-Off festival et à l’UNSECO dans le cadre de la Nuit de la Philosophie à Paris. En 2016, il tourne pour Dominic Savage aux côtés de Gemma Arterton, réalise son premier court métrage JOIE et écrit la seconde partie de la pièce BOUM qui sera interprétée par Anne-Elodie Sorlin.

Julien Derivaz après une licence en sciences cognitives et des années de théâtre en amateur, Julien Derivaz, né en 1987, suit une formation d’acteur au Conservatoire Régional de Lyon. Il entame des projets professionnels en Rhône-Alpes, puis intègre l’École du Théatre National de Bretagne à Rennes (2012-2015). Il collabore avec Éric Lacascade à l’École du Théatre d’Art de Moscou, avec Daria Lippi à la Fabrique Autonome des Acteurs et participe à des stages menés par Marcial Di Fonzo Bo, Arnaud Pirault, Célie Pauthe, Richard Brunel. Il fonde avec huit de ses collègues de promotion le collectif BAJOUR, qui a présenté en novembre 2016 Un homme qui fume c’est plus sain, à Rennes (TNB/La Paillette) et Brest (Le Quartz/la Maison du Théâtre). En 2016/17, il apparaît dans un opéra mis en scène par Anna Teresa de Keersmaeker, mène divers ateliers pédagogiques (Conservatoire de Brest, Sam’Aide entreprise adaptée, École Primaire à Rennes) et joue dans Baisse les yeux !, spectacle jeune public, à Brest, avec la compagnie Théâtre du Grain et dans Amours et solitudes mis en scène par Frank Vercruyssen du TG Stan lors des Talents Adami Paroles d’acteurs, dans le cadre du Festival d’Automne.

Airy Routier Après la Classe libre du cours Florent, l’atelier de Blanche Salan/Paul Weaver et l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, il se forme lors d’ateliers auprès de Jean-François Sivadier ou d’Anatoli Vassiliev. Au théâtre il a joué dans des spectacles de Lukas Hemleb Je suis le vent de Jon fosse, de Galin Stoev Le triomphe de l’amour, Émilie Anna-Maillet, Franck Manzoni, Philippe Carbonneaux, Pierre Yves Chapalain, Sophie Renauld, Yves Chenevoy, Sava Lolov, Nicolas Moreau, Fabrice Heberard, Max Denes, etc. Il jouera en 2017 sous la direction de Julia Vidit dans Dernières pailles, de Guillaume Cayet. Directeur artistique de la compagnie du Hérisson, il met en scène au Théâtre Paris Villette : Idiots d’après Dostoïevski, Trouée dans les nuages de Chi Li, Faust de Goethe, La Nuit juste avant les forêts de Koltès. Il met également en scène Mémoires d’un fou de Flaubert, L’immortel de Jorge Luis Borges. Il prépare actuellement un monologue adapté du roman Mes amis d’Emmanuel Bove. Pour le cinéma et la télévision, il a joué sous la direction de Marc Dugain, Étienne Chatillez, Philippe-Emmanuel Sorlin, Jean-Pierre Mocky, Didier Le Pêcheur, Joaquim Lafosse, Serge Moati, Chantal Richard, Denys Granier-Deferre, Patrick Dewolf, Nina Companeez, Emmanuel Parraud, Stan Neumann, Vincent Lobelle, Caroline Chomienne, Bénédicte Brunet, etc. Il écrit, réalise et autoproduit Le fils de l’éléphant et Entre les gouttes, court métrage soutenu par la Région Basse Normandie (2013).

Récits des évènements futurs

(C) DOUG DUBOIS (2)

© Doug Dubois

Depuis quelques années nous suivons le travail fin et exigeant d’Adrien Béal et de son équipe, alternant mises en scène de textes contemporains et écritures de plateau. Les auteurs (Michel Vinaver, Roland Schimmelpfennig) ainsi que les thématiques abordées (l’objection dans « Le Pas de Bême », la catastrophe dans « Récits des évènements futurs ») ne relèvent jamais de choix ordinaires ou faciles. Nous sommes heureux d’être associés avec le Théâtre Jean-Vilar de Vitry pour produire, accueillir en résidence et programmer leur prochaine création. Les représentations auront lieu au Studio-Théâtre du 9 au 12 octobre.


vendredi 9 octobre à 20h30
samedi 10 octobre à 20h30
dimanche 11 octobre à 17h30
lundi 12 octobre 20h30

au Studio-Théâtre, en co-programmation avec le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine

Théâtre Jean-Vilar Vitry

et du 30 octobre au 7 novembre à l’Échangeur de Bagnolet
le 21 novembre au Théâtre du Garde-Chasse aux Lilas
les 24 et 25 novembre au Tandem Douai-Arras
les 27, 28 et 30 novembre au Théâtre de Vanves

récits des évènements futurs

mise en scène Adrien Béal
collaboration Fanny Descazeaux
scénographie Kim Lan Nguyen Thi
costumes Benjamin Moreau
lumières Jérémie Papin
création vidéo Jérémie Scheidler

avec
Benoit Carré, Bénédicte Cerutti, Charlotte Corman, Lionel Gonzalez et Zoumana Meïté

L’invention de la bombe atomique, arme absolue, et les préoccupations écologiques actuelles amènent une réalité nouvelle, celle selon laquelle l’humanité peut sa propre fin, et qu’elle la prépare. Cette donnée avec laquelle il nous faut vivre résonne avec les grandes catastrophes du XXe siècle et place l’individu face à la question de sa responsabilité. Plus largement, toutes les catastrophes qui nous environnent défient notre capacité de représentation, d’imagination. Comment appréhender un horizon catastrophique? Comment vivre avec ?
Le spectacle que nous préparons sera le fruit d’une recherche menée au plateau, par un travail d’improvisation. Traitant notre sujet à l’échelle des individus, nous tenterons, par le théâtre, de mettre en jeu les conflits intimes et politiques générés par notre rapport si particulier à la catastrophe.

production Compagnie Théâtre Déplié
coproduction Studio-Théâtre de Vitry et Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, Théâtre de Vanves, TANDEM DOUAI-ARRAS ; coréalisation L’Échangeur – Cie Public Chéri ; avec le soutien d’Arcadi Île de France ; avec le soutien de la Drac Île-de-France- Ministère de la Culture et de la Communication ; avec le soutien du Fonds de dotation Porosus ; avec le soutien de Lilas en scène, de la Ville des Lilas, du Théâtre du Garde-Chasse et du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis dans le cadre d’une résidence partagée en 2015

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« Si chaque jour, exactement à la même heure, on faisait la même chose, comme un rituel inaltérable, systématique, chaque jour, toujours à la même heure, le monde serait changé. Quelque chose changerait, il ne pourrait en être autrement. Supposons que tu te réveilles, tu te lèves à sept heures précises, tu vas dans la salle de bain, tu remplis un verre d’eau dans le robinet et tu le verses dans les toilettes. C’est tout. »

Andrei Tarkovski, Le Sacrifice

NOTES D’INTENTION

* Un horizon de catastrophes

L’intuition qui est à l’origine de cette nouvelle création, à partir de laquelle commence ma recherche, est un sentiment ambiant, celui qu’aujourd’hui, la perspective commune pour tous les individus prend l’apparence d’une catastrophe pour l’humanité. L’invention au XXe siècle de l’arme atomique, arme absolue, et les préoccupations écologiques actuelles ont amené une réalité nouvelle, celle selon laquelle l’humanité peut sa propre fin, et qu’elle la prépare.

Ces nouvelles données avec lesquelles il nous faut vivre résonnent avec le souvenir des grandes catastrophes du XXe siècle et placent toutes l’individu face à la question de sa responsabilité. Comment appréhender cet horizon ?

* L’individu face à la catastrophe

Le travail que je souhaite faire ne s’attachera pas à utiliser le théâtre pour alerter ou pour dénoncer le désastre. Il ne s’agira pas de porter une parole ou de décrire scientifiquement les raisons qui mènent à la catastrophe. Je me pencherai avec mon équipe sur l’être humain et sur les enjeux qui se dessinent pour lui dans le monde tel qu’il se présente. Il s’agira de saisir aussi précisément que possible l’état humain propre à cette situation. Je souhaite penser les différentes perspectives catastrophiques (écologique, nucléaire, terroriste, …) comme un ensemble, plutôt que de les distinguer par leurs spécificités. Cet ensemble forme un phénomène prégnant pour l’être humain, qui nécessite qu’il redéfinisse son rapport au monde. Nous étudierons donc, entre autres, la manière dont la question du « mal » est posée, ainsi que le paradoxe qui appelle l’homme à se responsabiliser tout en le maintenant dans un état de sidération.

Le plateau de théâtre sera le support sur lequel nous mettrons en jeu les conflits qui peuvent animer l’individu face aux autres et face à lui-même dans un monde guetté par les catastrophes. L’échelle minuscule de la petite communauté qui occupe une salle de spectacle, au regard de l’humanité, m’intéresse. Je souhaite travailler dans un rapport de cohérence avec ces dimensions qui orienteront la nature des relations – relation au public, relation entre les acteurs, entre les membres d’une équipe, relation à soi. Le cadre fictionnel que nous nous donnerons (fable, contexte ou personnages) devra également répondre à cette idée, et s’inspirer de ce qu’en dit Günther Anders :

« Il se peut que certains en sachent plus que nous sur la bombe, et même beaucoup plus. Mais quelles que soient nos connaissances, aucun d’entre-nous ne dispose d’un « savoir » qui serait à la mesure de ce que pourrait être une guerre atomique : le général et le président n’en savent pas plus que le fantassin et l’homme de la rue. Car le décalage entre savoir et comprendre ne tient aucun compte des personnes ni du rang qu’elles occupent dans la société. Aucun de nous ne fait exception. » Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme

* Des sentiments inadaptés

Le théâtre que nous cherchons, toujours, se doit de questionner la représentation : l’espace, le jeu des acteurs, la place faite aux spectateurs, ce qui est donné à regarder. Ici, la mise en question de la notion de représentation activera pleinement notre sujet. Nous serons face à l’impossibilité humaine de se représenter les conséquences de l’apocalypse. Cette limitation de l’imagination, mais aussi des sentiments qui vont avec, est un enjeu fondamental de notre rapport à la catastrophe, et est dû, selon Anders, au décalage qui s’est créé progressivement entre les capacités de productions de l’homme et ses capacités à ressentir, qui n’ont pas suivi la même évolution :

« S’il en est ainsi, la seule tâche morale décisive aujourd’hui, dans la mesure où tout n’est pas encore perdu, consiste à éduquer l’imagination morale, c’est-à-dire à essayer de surmonter le « décalage », à ajuster la capacité et l’élasticité de notre imagination et de nos sentiments à la disproportion de nos propres produits et au caractère imprévisible des catastrophes que nous pouvons provoquer, bref, à mettre nos représentations et nos sentiments au pas de nos activités. » Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme

Voilà, à ce stade du travail, le point sensible vers lequel je souhaite faire tendre les différents éléments de notre recherche. Comment mettre en jeu, par le théâtre, la nécessité politique que l’homme se rattrape lui-même, en développant ses sentiments et son imagination. Que compose-t-il, et vers où regarde-t-il, lorsque son imagination a atteint ses limites. C’est une expérience à faire, par le plateau, sans cesser de confronter les subjectivités, les pensées de chacun.

* Écrire

C’est d’abord par les grands penseurs de la catastrophe que nous étudierons notre sujet, en commençant par Hannah Arendt, Günther Anders ou Hans Jonas. Nous nous appuierons aussi sur les écrits de Jean-Pierre Dupuy dont le point de vue est actuel et place l’individu au centre de la question. Ces lectures, ainsi qu’une recherche dans le cinéma et la littérature me permettront de préciser la problématique, de cerner le sujet. Elles constitueront également une matière commune, choisie, pour les acteurs et l’ensemble de l’équipe.

L’objet du travail de recherche avec les acteurs au plateau sera l’élaboration d’une fiction théâtrale.

Elle s’inventera progressivement en relation avec le dispositif de représentation, que nous inventerons lui aussi. Nous la construirons par des allers-retours entre un cadre que je donnerai, et des propositions des acteurs sous forme d’improvisations ou de textes. Cette manière a moins pour but la profusion d’idées et de propositions autour de notre sujet qu’une mise en relation aigüe des subjectivités de l’équipe. Nous nous efforcerons d’imaginer à plusieurs la fiction. Par là, nous approfondissons le processus expérimenté lors de notre dernière création, Le Pas de Bême. Nous sommes partis d’un roman de 1952 de Michel Vinaver, L’Objecteur, et nous avons écrit avec les trois acteurs une fiction pour aujourd’hui. Ce chemin vers une nouvelle fiction a imposé à notre travail d’être rigoureux face au sujet, de le traiter sans détour.

Il s’agit de produire un théâtre de pensée, en passant par une représentation théâtrale active et sensible. L’articulation entre le politique et l’intime guidera notre travail, ce que cette élaboration avec les acteurs permettra.

Cet enjeu de l’écriture d’une fiction, qui induira ici de trouver la manière de raconter et de représenter, cet effort d’imagination à plusieurs est pour moi l’enjeu principal du travail. Il justifie à lui-seul que nous partions de presque rien, d’une intuition, que nous travaillions à partir d’un sentiment pas encore formulé, ou pas encore clairement. Cet effort d’imagination, c’est la responsabilité que nous nous donnons.

Adrien Béal, novembre 2014


Adrien Béal a étudié le théâtre à l’université Paris III et au cours de différents stages en jeu ou en mise en scène. En 2004, il intègre comme comédien la compagnie Entrées de Jeu spécialisée dans le théâtre d’intervention, dirigée par Bernard Grosjean. C’est le début d’un long compagnonnage. Parallèlement, il se consacre à la mise en scène, et après une première expérience en collectif, il crée rapidement la compagnie Théâtre Déplié avec laquelle il développe ses propres projets. Il met en scène des textes de Michel Vinaver (Dissident, il va sans dire), de Roland Schimmelpfennig (Une nuit arabe) et de Henrik Ibsen (Le Canard sauvage). Il dirige également des lectures et mises en espace de texte de Guillermo Pisani et Oriza Hirata. À partir de 2010, il ouvre sa recherche au travail d’improvisation et alterne les mises en scène de textes avec des créations issues directement du travail mené avec les acteurs. Il crée avec l’acteur Arthur Igual Il est trop tôt pour prendre des décisions définitives, à partir d’Affabulazione de Pasolini (Atelier du plateau, puis tournée). Puis il poursuit son travail sur Roland Schimmelpfennig avec Visite au père (Th. de Vanves, Echangeur, 2013) et La Trilogie des animaux (projet en cours, 2017). En 2014, avec la création au plateau du Pas de Bême (Th. De Vanves, La Loge) et la mise en scène de la pièce Les Voisins (Festival de Villeréal), il revient de deux manières différentes à l’écriture de Michel Vinaver. Depuis 2009, Adrien Béal collabore régulièrement à la mise en scène d’autres projets, comme assistant ou dramaturge, avec Guillaume Lévèque, Stéphane Braunschweig, Damien Caille-Perret, Julien Fisera, Juliette Roudet, Guillermo Pisani. Il travaille aussi occasionnellement comme acteur, notamment avec Thomas Quillardet. Enfin, il anime de nombreux ateliers, principalement auprès d’adolescents, et participe entre autres au programme « Education et proximité » mené par la Colline – Théâtre National depuis 2013.

Benoît Carré s’est formé au Studio-théâtre d’Asnières puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (classes de Dominique Valadié, Daniel Mesguich et Muriel Mayette), Benoit Carré a travaillé au théâtre avec Jacques Osinski (Richard II), Antoine Caubet (Les fusils de la mère Carrar), Noël Casale (Antoine et Cléopâtre), Lionel González (la Moschetta, Sganarelle ou le cocu imaginaire), Karine Tabet (L’île des esclaves, Mort accidentelle d’un anarchiste), Sylvain Creuzevault (Baal, Le père Tralalère, Notre Terreur, Le Capital et son singe), Jeanne Candel (Some kind of monster). Il a également travaillé au cinéma sous la direction de Valérie Donzelli (La reine des pommes, La guerre est déclarée, Main dans la main, Marguerite et Julien), Bertrand Tavernier (Quai d’Orsay) et à la télévision avec Nicolas & Bruno (Le bureau), Philippe Bérenger (Guy Môquet, Mon père dort au grenier).

Bénédicte Cerutti Après des études d’architecture, elle entre en 2001 à l’école du TNS. Elle intègre la troupe du TNS en 2004 et participe à la création de Brand d’Ibsen mes S. Braunschweig et de Titanica, la robe des grands combats d’Harrisson mes C.Duparfait. Elle travaille ensuite sous la direction d’A.Guillet pour Penthésilée paysage d’après Kleist et Müller, puis sous la direction d’E.Vigner pour Pluie d’été à Hiroshima d’après Duras et également pour Othello de Shakespeare. Elle travaille avec O.Py dans l’Orestie d’Eschyle. Puis elle retrouve S.Braunschweig pour Les trois soeurs de Tchekhov et pour Maison de poupée d’Ibsen. Elle joue dans La nuit des rois avec J-M Rabeux. En 2011 elle joue dans Mademoiselle Julie de Strindberg mes F.Fisbach. Elle reprendra Maison de poupée cette fois ci mes par J-L Martinelli. Avec S.Chavrier elle créera Epousailles et représailles d’après Levin, Crash d’après Ballard et Plage Ultime au festival d’Avignon en 2012. Avec A.Béal dans Visite au père de Schimelpfenning, et de nouveau avec E.Vigner dans le Procès Brancusi. En 2013 elle retrouve F.fisbach au festival d’Avignon pour Corps d’après A.Badéa. Elle joue ensuite Aglavaine et Sélysette de Maeterlinck sous la direction de C.Pauthe et dans une adaptation de Tristan et Yseult par E.Vigner. Elle travaille également avec l’artiste Rémy Yadan sur différentes performances comme Les fumeurs noirs présenté à Artdanthé en 2014. Elle crée en 2015 avec J.Fisera Eau sauvage de Mréjen. Au cinéma elle travaille avec B.Cohen, M.Laleu, R.Edzard et C.Cogitore.

Charlotte Corman étudie au Conservatoire de Paris (CNSAD 2006) où elle travaille sous la direction d’Andrzej Seweryn, Dominique Valadié, Nada Strancar, Muriel Mayette, Mario Gonzales et Matthias Langhoff ; elle passe une année à la London Academy of Music and Dramatic Art de Londres (LAMDA). Elle fait des stages avec Joseph Nadj, Ariane Mnouchkine, Alexandre Del Perrugia et Laurence Mayor, Pascal Luneau et Régis Mardon, Joël Pommerat. À la radio elle enregistre des rôles dans des dramatiques et des feuilletons pour BBC4, France Culture et France Inter. Au Cinéma elle joue dans Paris de Cédric Klapisch, Malher dans 304, long métrage de Pascal Luneau, Betty dans le moyen métrage La ménagerie de Betty d’Isabelle Mayor ainsi que dans des courts métrages d’Isabelle Mayor, Cyprien Vial et Luca Governatori. En 2010, elle est sélectionnée «Talents Cannes» de l’ADAMI.  Au théâtre, elle joue dans des spectacles de Laurent Gutmann (Terre Natale), Jorges Lavelli (Himmelveg), Didier Ruiz (La guerre n’a pas un Visage de Femme), Julia Vidit (Fantasio), Aurélie Leroux (Pas encore Prêt), Jean-Pierre Vincent (Meeting Massera), Adrien Béal (Visite au père), ou Anne-Margrit Leclerc (Marguerite Duras) ou dans les créations collectives de La Vie Brève (A Memoria Perduda, Entre chien et loup) ainsi que dans des spectacles de Jeanne Candel (Icare, Nous Brûlons, Montre moi ta PinaB, Le Gout du Faux et autres chansons) ainsi que dans Le Pas de Bême, création collective d’Adrien Béal.

Lionel Gonzalez suit l’enseignement du Studio-Théâtre d’Asnières et de l’Ecole Jacques Lecoq (1998-2000). Il intègre ensuite la Compagnie du Studio, dans laquelle il sera à la fois acteur et assistant à la mise en scène. Très vite, il fonde sa compagnie, Le Balagan’ (2000-2004), avec laquelle il entreprend une recherche sur le théâtre masqué. En 2003, il commence à enseigner au Studio-Théâtre d’Asnières. C’est ainsi qu’il rencontre Sylvain Creuzevault, avec qui commence une étroite complicité artistique, qui accompagnera toute l’histoire du D’ores et déjà. Pendant 7 ans, ils font plus d’une dizaine de projets ensembles dont notamment, Visages de Feu de Marius von Mayenburg, Baal de Brecht, Le père tralalère, et Notre terreur, deux créations collectives. Quand D’ores et déjà est dissous en 2011, il s’éxile pour participer à un laboratoire autour de Pirandello, pendant deux ans, avec Anatoli Vassiliev. Depuis 2013, il participe aux nouvelles créations de Jeanne Candel dans La Vie Brève.

Zoumana Meïté. Formé au théâtre de rue (Compagnie Moz’art) et à l’improvisation théâtrale (Compagnie Déclic théâtre), il développe depuis ses débuts à Trappes en 1997, une pratique de comédien singulière. Toujours à la recherche d’un théâtre au coeur de la société, il donne de nombreux ateliers, puis suite à une rencontre avec Bernard Grosjean au cours de son DEUG d’études théâtrales à l’université Paris III, il intègre en 2002 la compagnie Entrées de jeu, spécialisée dans le théâtre d’intervention. En parallèle, il s’initie à des techniques aussi variées que le jeu masqué, le clown ou le buto, et pratique des arts martiaux tels que le Kalari payat et le Taï-jutsu qui lui permettront de développer un jeu corporel tout en maîtrise et en inventivité. Il poursuit cette recherche autour du corps et de l’espace, en intégrant en 2007 le Laboratoire d’études du mouvement de l’école Jacques Lecoq. Dans la continuité de cette recherche, il participe à la fondation de la compagnie Pavlov qui jouera le spectacle Vertige / Vestige à Los Angeles. En 2010, après plusieurs années de collaboration sur des ateliers d’improvisation avec David Farjon, ils fondent ensemble la Cie Légendes Urbaines. Leur spectacle Comme j’étais en quelque sorte amoureux de ces fleurs là qu’ils co-écrivent, mettent en scène et jouent sera créée en Janvier 2013 au théâtre de Vanves. Zoumana Meïté y explore avec David Farjon la dimension intime et politique des frontières imaginaires de l’identité banlieusarde.

Fanny Descazeaux travaille avec le Théâtre Déplié depuis 2009. Après être passée par La Colline – Théâtre National et le festival Jazz à Porquerolles, elle travaille avec Claire Guièze pendant deux ans au sein du petit bureau comme chargée de production. Elle collabore notamment comme administratrice de production avec différents artistes depuis 2010. Lucie Berelowitsch – Compagnie Les 3 sentiers (2010-2013), le Collectif Jakart (2010-2015) et récemment avec Joris Avodo et Fanny Santer – Jackie Pall Theater Group. Par ailleurs, elle travaille comme assistante à la mise en scène notamment avec Thomas Quillardet. Elle  fonde en 2014 le bureau d’accompagnement Les aiguilleuses, avec Sabrina Fuchs et Fanny Spiess.

Benjamin Moreau Après avoir suivi la formation Scénographie-Costume à l’École du TNS (2005-2008), il crée des costumes pour des spectacles de Marie Rémond, Caherine Hargreaves, Adrien Béal (Visite au père), Julien Fisera et Lucho smit pour Galapiat Cirque, Les compagnies du Détour et Voix public. Il collabore régulièrement avec Richard Brunel, ainsi qu’avec la compagnie des Hommes Approximatifs sur les mises en scène de Caroline Guiela Nguyen. Il participe aux éditions 2011, 2012 et 2013 du Festival des Nuits de Joux comme scénographe-costumier sur des spectacles mis en scène par Rémy Barché, Guillaume Dujardin, Gilles Granouillet et Raphaël Patou. Il a récemment créé les costumes de Elle Brûle (cie Les Hommes Approximatifs), et de Avant que j’oublie de Vanessa van Durme, mis en scène par Richard Brunel.

Kim Lan Nguyen Thi vit et travaille entre Paris et Bruxelles. Plasticienne et scénographe, elle est titulaire d’un diplôme de scénographie obtenu à l’ENSATT en 2004. Ses interventions artistiques sont aussi bien visibles en galerie d’art contemporain que dans l’espace public et au théâtre. Une grande partie du travail de Kim lan Nguyên Thi consiste à interroger les jeux de subordination réciproques entre les modes de représentation et de définition qui nous entourent. Ses obsessions sont celles d’une femme appartenant à diverses minorités ethniques, sociales et sexuelles pour lesquelles la définition est une question récurrente. Scénographe, elle utilise régulièrement l’in situ et entraîne le visiteur dans des expériences participatives autour des différentes formes d’expression de l’identité en tentant ainsi d’échapper au processus de fabrication des définitions des uns pour les autres. Au théâtre, elle a entre autre travaillé comme scénographe avec Richard Brunel, Martin Engler, Blandine Savetier, Catherine Hargreaves, Cyril Hernandez, Véronique Petit, le collectif Jakart, Adrien Béal…

Jérémie Papin se forme au métier d’éclairagiste au sein du DMA régie lumière de Nantes, et sort diplômé en 2008 de l’école du Théâtre National de Strasbourg. Il collabore comme éclairagiste avec Didier Galas entre 2008 et 2012 sur les créations La flèche et le moineau, Les pieds dans les étoiles, (H)arlequin Tengu au festival de Shizuoka au Japon, Trickster et Par la parole au TNB et en tournée en Afrique de l’Ouest. Il crée la lumière des spectacles de l’auteur/metteur en scène Lazare Herson-Macarel: L’enfant meurtrier au Théâtre de L’Odéon, Le Chat botté, Peau d’âne et Falstaff pour Avignon. Il fait partie de la compagnie Les Hommes Approximatifs depuis 2008, au sein de laquelle il créé les lumières de Macbeth, Violetta, le Bal d’Emma et Elle brûle au CDN de Valence. À la Philharmonie du Luxembourg, il travaille comme vidéaste et éclairagiste sur le spectacle musical Cordes de Garth Knox en avril 2010. Entre 2010 et 2014, il créé les lumières de Nicolas Liautard pour Le Misanthrope, Eric Massé pour Les Bonnes de Jean Genet, Yves Beaunesne pour L’intervention et Roméo et Juliette au Théâtre de la Place à Lièges et de Maëlle Poésy pour Purgatoire à Ingolstadt et Candide. Il réalise également les lumières des spectacles Peter Pan de Christian Duchange à Genève, Son Son de Nicolas Maury à la comédie de Reims, En route Kaddish de David Geselson au Théâtre de Vanves et Une saison en enfer avec Benjamin Porée au TQI. Pour l’opéra de Dijon, il réalise les lumières de l’Opéra de la Lune composé et dirigé par Brice Pauset et celle d’Actéon dirigé par Emmanuelle Haïm, tous deux mis en scène par Damien Caille-Perret. Toujours à Dijon, il réalise les lumières de La Pellegrina dirigé par Etienne Meyer et mis en scène par Andréas Linos. Au Festival de Salzburg il créé les lumières de l’opéra contemporain Meine bienen eine schneise, composé et dirigé par Andreas Schett et Markus Kraler dans un mise en scène de Nicolas Liautard. Plus récemment, il travaille aux côtés de Julie Duclos pour Nos Serments et de Caroline Guiela pour le Chagrin tous deux présentés au Théâtre National de la Colline.

Jérémie Scheidler né en 1983, Jérémie Scheidler est vidéaste, réalisateur et metteur en scène. Titulaire d’un D.E.A. de Philosophie, il est ancien élève de Khâgne au lycée Lakanal de Sceaux, et a travaillé sur le cinéma de David Lynch, les rapports entre documentaire et fiction dans le cinéma des années 70-80, et sur la métaphysique matérialiste de Gilles Deleuze. Depuis 2008, il collabore avec des artistes de théâtre et des musiciens (Julien Fišera, David Geselson, Caroline Guiela Nguyen, Marie Charlotte Biais, Kristoff K.Roll, Adrien Béal, Nicolas Fagart, Olivier Coyette), en concevant des dispositifs et des écritures « vidéographiques ». Ses films sont montrés pour des festivals et dans des expositions, et il conçoit un travail de longue durée, un journal filmé, sur internet (http://hypermnesie.net). En décembre 2014, il publie un texte dans la revue Revue & Corrigée : La vidéo dans les arts de la scène, un art de l’aura En avril 2014, il met en scène son premier spectacle, Un seul été, d’après L’Été 80 de Marguerite Duras, et il travaille actuellement à son deuxième spectacle, Layla, dans le cadre d’un compagnonnage avec le metteur en scène Dieudonné Niangouna.

 

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© Réjane Michel

Portrait Clara Chabalier

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Clara Chabalier par Olivier Allard

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visuel 2 Petits contes d’amour et d’obscurité

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Petits contes d’amour et d’obscurité de Lazare

MON CORPS PARLE TOUT SEUL

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A l’invitation de l’Ircam dans le cadre des laboratoires In-Vivo, Daniel Jeanneteau prépare avec le compositeur Daniele Ghisi l’installation-performance MON CORPS PARLE TOUT SEUL sur un texte de Yoann Thommerel.


création lors du festival de l’Ircam MANIFESTE- 2015
au CENTQUATRE-Paris atelier 9
les mardi 30, mercredi 1er et  jeudi 2 juillet de 19h à 22h

In-Vivo Théâtre

Mon corps parle tout seul

installation-performance (20’)

texte Yoann Thommerel
mise en scène Daniel Jeanneteau
musique Daniele Ghisi
vidéo Mammar Benranou
assistant à la mise en scène et à la scénographie Olivier Brichet
assistant scénographie Tom Huet
comédienne Emmanuelle Lafon

coproduction Ircam-Centre Pompidou, Studio-Théâtre de Vitry
l’Ircam est partenaire du CENTQUATRE-Paris pour l’accueil des projets d’expérimentation autour du spectacle vivant.


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Un espace aux frontières indéfinissables, à l’obscurité douce. On y pénètre par une succession de sas préparant progressivement l’œil à la pénombre.

Un groupe peu nombreux de spectateurs entre et s’engage presque à l’aveugle dans ce vide sans limites claires. Rien de précis à voir, mais peu à peu l’étendue se creuse, vers ce qui apparaît comme une obscurité plus profonde, une trouée, un orifice en suspension, à mi-hauteur, indécis et, semble-t-il, mouvant. Une profondeur de noir dans un indéfini de gris. On ne peut pas s’en approcher au-delà d’une certaine limite.

Ce qui n’est pour l’instant qu’une tache plus sombre flotte, vacille, tremble, se trouble, hésite entre flou et net.
Des luisances se dessinent, des reflets, des viscosités, des suintements.

Puis l’orifice s’anime, change de forme, s’aplatit, se referme, s’ouvre grand et lâche un souffle massif et tiède, humide. Aspire, tousse, articule des syllabes insonores, claque. Bruits de la mécanique des articulations, des mâchoires, de la langue, des dents.

C’est une bouche.

Sans corps, sans dents visibles, mais douée d’haleine, de souffle, de glotte, de cordes vocales… Organe privé de corps mais continuant d’articuler, de vocaliser, d’émettre, de hacher l’air en fragments de souffle.

Des mots viennent, clairement reconnaissables. Des associations de mots, des phrases, des énumérations. Une parole.

Peu à peu l’articulation nette se remplit d’une ombre sonore, et la parole se transforme en ce dont elle parle. Elle ne dit plus de choses, elle devient ces choses. Le langage devient objet vrai, d’une manière très souple, presque imperceptible.

Chaque son continue d’être émané, initié, animé par la bouche. Les mots devenus matière sonore conservent pourtant la même articulation, l’empreinte exacte d’une signification de moins en moins reconnaissable. Plus tard, cette empreinte est elle-même perdue. La bouche produit alors une séquence de véritables explosions, de crépitement de feuilles, de sons concrets. Peut-être un chant, en hoquet, vite coupé.

C’est alors qu’il faut à nouveau apprendre à parler…

D. J. – D. G.


 

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« Suite à la production des Aveugles de Maurice Maeterlinck, à laquelle l’Ircam avait activement participé, nous avons souhaité renouveler l’aventure. Toutefois, au lieu de travailler sur une œuvre scénique déjà existante, nous avons préféré partir de zéro, en collaboration avec un compositeur. En l’occurrence, je me suis senti des affinités avec Daniele Ghisi.
Tout est parti d’une première proposition de Daniele : l’intuition d’une bouche comme origine de tout son, de toute parole articulée, de toute pensée. Que de cette bouche toutes choses puissent sortir, matières et mots. Et que tout cela sortant de la bouche devienne musique. Nous en avons parlé à l’auteur Yoann Thommerel qui travaillait de son côté sur l’idée d’un corps parlant séparément de son moi… Ce faisceau d’intuitions s’est peu à peu rassemblé autour de l’idée d’une bouche géante, immatérielle, parlant dans le vide, hologramme sonore et visuel d’un organe sans corps mais doué d’entendement… une bouche sans corps, un ectoplasme, un spectre, un oracle. »

Daniel Jeanneteau

« La voix parlée est un élément sonore très important dans mon univers musical. Ici, j’ai voulu faire basculer la voix parlée « normale » vers une voix qui parlerait avec des « objets sonores ». La transition est fluide et douce, sur toute la durée de l’œuvre. Peu à peu, alors même que le discours sonore conserve la forme, l’enveloppe et l’articulation de la voix parlée, le timbre de la voix se colore de sons, de bruits — en lien avec le texte dit. Au cours de la partie centrale, on saisirait presque le sens du texte dit. Puis on s’en éloigne encore. Jusqu’à ce que ne sortent plus de la bouche que des objets musicaux, excessivement concrets. »

Daniele Ghisi


Déplacer les artistes en présence

Entretien croisé avec Daniel Jeanneteau et Daniele Ghisi

Daniel Jeanneteau, pour l’homme de théâtre que vous êtes, qu’apporte la musique sur scène ?
Daniel Jeanneteau : La musique « sur scène », en tant que telle, ne m’intéresse pas spécialement. C’est à dire séparément du jeu, de la dramaturgie, de l’événement de la représentation. Elle commence à m’intéresser à partir du moment où elle ne demande plus qu’on l’écoute. J’aime la musique en tant qu’action sur l’espace, quand elle en définit la temporalité, la couleur, la tension. Elle intervient alors comme l’un des paramètres physiques de l’instant, au même titre que les surfaces et les distances, la lumière. Il était intéressant d’entendre les spectateurs assistant une deuxième fois à la représentation des Aveugles, s’étonner de la dimension très « musicale » du spectacle. Ils ne l’avaient pas remarquée la première fois, alors que la représentation est presque saturée d’événements musicaux. Le travail d’Alain Mahé et Sylvain Cadars réalise, il me semble, le paradoxe d’un environnement musicalement abstrait mais capable, par le détour de la forme, de restituer la matérialité d’une expérience… Aucune imitation de la réalité, mais une réinvention du monde par le biais de la sensation et du signe.

Qu’apporte l’ajout au mélange scénique de l’outil d’informatique musicale de l’Ircam ?
D.J. : Pour ma part, c’est essentiellement la possibilité de réaliser des espaces sonores d’une extraordinaire richesse, de littéralement mettre en scène l’espace comme l’un des protagonistes centraux, vivants, de réaliser l’intuition de Maeterlinck qui voyait dans le paysage, la nature, le cosmos entier, une sorte d’immense psychisme en perpétuelle activité.

Dans le cadre de cet atelier In Vivo Théâtre, en particulier, quelles technologies électroacoustiques ou d’informatique musicale avez-vous choisi d’utiliser ?
D.J. : L’atelier In-Vivo que nous préparons utilisera principalement les possibilités de la WFS, cette technique de diffusion capable de réaliser dans l’espace, à distance et comme sans support matériel, des sortes d’hologrammes sonores… Rien de vraiment spectaculaire dans ce prodige, qui ne peut se réaliser que dans un périmètre restreint, mais la stupeur de saisir quelque part dans un vide indifférent la réalité d’une présence toute proche, intime, parlant à notre oreille.

Daniele Ghisi : Pour reconstruire l’enveloppe vocale à partir d’événements musicaux (ce qui est l’objet du travail musical ici), j’utilise divers algorithmes, dont des algorithmes de musaïque développés par l’Ircam. La musaïque est l’équivalent sonore de la mosaïque : l’idée est de restituer un geste global en assemblant une multitude de petits gestes. Etant moi-même fasciné par la dialectique unicité/multiplicité, les briques élémentaires qui me servent ainsi à reconstituer le geste musical (ici la forme de la voix) reproduisent, à leur échelle, le geste musical en question.
Je travaille donc avec une vaste base de données, où l’on trouve à la fois des échantillons préenregistrés, mais aussi des fragments d’œuvres du passé — tous ces échantillons étant mêlés et retraités au cours de l’écriture, jusqu’à ce qu’ils deviennent méconnaissables (même pour moi !). On a parfois des surprises : si les Lieder de Schubert sont très adaptés à la musaïque, ceux de Schumann sont beaucoup plus difficile à manier !

Qu’est-ce qui vous attire dans ce genre d’atelier et de collaboration ?
D.J. : La règle du jeu des ateliers In Vivo est de plonger une équipe de théâtre ou d’art plastique, et tout son imaginaire, dans l’univers de l’Ircam. Ou du moins d’organiser une rencontre entre la première et un aspect du second. Cela entraine un déplacement des deux artistes en présence.

D.G. : J’aime beaucoup le travail en collaboration, et j’espère en faire davantage à l’avenir.
J’aimerais en effet remettre en question un aspect que l’on conçoit souvent comme axiomatique du travail du compositeur : celui d’un travail solitaire. Dans d’autres disciplines artistiques, et même dans le domaine musical, en rock, en chanson ou en jazz, les travaux à deux, à trois et même à quatre sont monnaie courante. Je pense que le compositeur du XXIe siècle ne sera pas seul à sa table — il ne l’est déjà plus vraiment, mais que se passerait-il si on poussait plus loin encore, et si nos musiques étaient un champ d’exploration collectif ?
Travailler avec quelqu’un qui vient d’un autre horizon est une bonne manière de commencer, d’autant que j’ai très envie de mettre en jeu ma musique dans des domaines qui ne sont pas exclusivement musicaux.

Propos recueillis par J.S.

Entretien vidéo avec Daniele Ghisi
Entretien vidéo avec Daniel Jeanneteau

 

 

Les Mamelle de Tirésias

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En mai nous accueillons la création en résidence des MAMELLES DE TIRÉSIAS d’après le drame surréaliste de Guillaume Apollinaire dans une mise en scène d’Ellen Hammer, grande femme de théâtre allemande dramaturge de Klaus Michael Grüber et Robert Wilson, en collaboration avec Jean-Baptiste Sastre.


HORS LES MURS :
Emmaüs Paris – Caserne de Reuilly, Paris 12
lundi 11 mai à 20h30 

AU STUDIO-THÉÂTRE DE VITRY :
mardi 12 mai à 20h30
mercredi 13 mai à 20h30 

AU THÉÂTRE GARONNE À TOULOUSE :
vendredi 9 Octobre 2015 à 20h30
samedi 10 Octobre 2015 à 20h30
lundi 12 Octobre 2015 à 20h
mardi 13 Octobre 2015 à 20h

AU THÉÂTRE L’AVANT-SEINE À COLOMBE :
vendredi 20 novembre 2015 à 20h30

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS

d’après le drame surréaliste de Guillaume Apollinaire (écrit en 1903-1915-1917)

mise en scène Ellen Hammer et Jean-Baptiste Sastre
lumière et scénographie Dominique Borrini
costumes Soraya Mangin
réalisation des costumes Kenny André avec la collaboration des Communautés Emmaüs Paris et Emmaüs Neuilly-Plaisance
réalisation décor Casimir – Compagnon Emmaüs de Neuilly-Plaisance

avec
Hiam Abbass
Éric Blakoski 
– Compagnon Emmaüs Paris
Bass Dhem
Catherine Germain- Le clown Arletti
Jean-Baptiste Sastre

production déléguée Théâtre Garonne, scène européenne – Toulouse
coproduction Studio-Théâtre de Vitry, Centre National de Création et de Diffusion Culturelles de Châteauvallon, Les Théâtres de la ville de LuxembourgLa Comète / Scène Nationale de Châlons-en-Champagne, Le Bois de l’Aune / Aix-en-Provence, les Communautés Emmaüs Paris et Emmaüs Neuilly Avenir
avec l’aide du Centre National de Création et de diffusion Culturelles de Châteauvallon et du Studio-Théâtre de Vitry dans le cadre de résidences de création, avec le soutien de l’Avant Seine / Théâtre de Colombes

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Suite au projet Phèdre les oiseaux texte de Fréderic Boyer, mise en scène par Jean-Baptiste Sastre, que j’ai accompagné pendant deux ans avec les compagnons d’Emmaüs en France, nous avons souhaité prolonger cette aventure avec Les Mamelles de Tirésias de Guillaume Apollinaire.
En effet deux ans avant le début du travail sur Phèdre, Jean-Baptiste Sastre avait travaillé avec des compagnes et des compagnons ainsi que des responsables dans les différentes communautés d’Emmaüs en France pour constituer un chœur. Puis Phèdre s’est étendue dans le monde : à Berlin avec un chœur de sans-abri, à Los Angeles avec les enfants des rues de Venice Beach, en Palestine avec des jeunes du Camp de Réfugiés, Balata, ainsi qu’en Israël.

Les compagnes et les compagnons se sont révélés des interprètes magnifiques.
Ils se sont emparés du texte avec force et dignité. Cette aventure a tissé des liens forts, plus précisément elle a instauré des rapports d’amitié, de confiance et de fidélité.

Quand ce nouveau projet a mûri chez Hiam Abbass, Jean-Baptiste Sastre, et moi-même, l’idée de poursuivre notre compagnonnage avec Emmaüs nous semblait évidente et nécessaire. De plus, nous avons souhaité faire une première présentation dans la salle des ventes d’Emmaüs Paris «Caserne de Reuilly». Un lieu où tout se mélange, les visages, les corps, les accents, les langues, les objets cassés, jetés, à l’image de l’univers poétique de la pièce d’Apollinaire.

Les Mamelles de Tirésias « nous montre une femme nommée Thérèse, qui quitte le domaine conjugal. La révolte de Thérèse est déclenchée par la présence pesante d’un mari autoritaire qui n’a d’autre conversation que la phrase «Donnez-moi du lard»: animal primaire, il ne veut que nourriture et progéniture. Après l’avoir quitté, Thérèse adopte une identité masculine, afin de conquérir des postes de pouvoir militaire, social et politique. Le mari, de son côté, profite de son absence pour laisser s’épanouir la dimension féminine de sa nature… Il adopte très volontiers le rôle maternel et miraculeusement, en un seul jour, donne naissance à 49051 enfants » (Peter Read, Les Mamelles de Tirésias, Presse universitaire de Rennes).

Le texte d’Apollinaire conte la complexité de nos sociétés contemporaines, leurs détresses, leurs normes, leurs déchirures, leurs joies, leurs métamorphoses, leurs lâchetés…
Il ne s’agit pas de choisir ou d’indiquer, mais plutôt d’avoir la liberté de penser le rapport à soi et donc à l’autre. Personne n’est sauvé et personne n’est perdu tout à fait.

Ellen Hammer

Je me souviens de mon enfance
Eau qui dormait dans un verre
Avant les tempêtes l’espérance
Je me souviens de mon enfance

Je songe aux métamorphoses
Qui s’épanouissent dans un verre
Comme l’espoir et la tristesse
Je songe aux métamorphoses

C’est ma destinée que je lis
Dans les reflets incertains
Les jeux sont faits rien ne va plus
C’est ma destinée que je lis

Guillaume Apollinaire
Le Guetteur mélancolique


Ellen Hammer est née à Munich, où elle a étudié la littérature et l’histoire du théâtre.
De 1970 à 1978 elle est assistante à la mise en scène et dramaturge (Schaubühne de Berlin) avec Peter Stein et Klaus Michael Grüber.
Depuis son départ de la Schaubühne elle a régulièrement travaillé en tant que collaboratrice de Klaus Michael Grüber dans la plupart de ses mises en scènes en Europe. Mise en scène d’opéra : Tannhäuser de Richard Wagner (Maggio Musicale di Fiorentino, 1983), Elektra de Richard Strauss (Théâtre de San Carlo à Naples, La Fenice à Venise et Teatro Real à Madrid, 1988), Parsifal de Richard Wagner (Opéra d’Amsterdam, 1990), De La Maison des Morts de Leoš Janáček (Festival de Salzburg, 1992), Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi (Festival Provence, 1999), Othello et Aida de Giuseppe Verdi (Opéra d’Amsterdam, 2000), Le Retour d’Ulysse de C. Monteverdi (Opéra de Zurich, 2003). Mises en Scène de théâtre : Empédocle de Friedrich Hölderlin (Schaubühne de Berlin et Maison de la Culture de Nanterre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, 1976), Sur La Grande Route de Anton Tchekhov, (Schaubühne de Berlin et Festival d’Automne à Paris, 1984), Bérénice de Jean Racine (Comédie Française, 1984), Le Roi Lear de William Shakespeare (Schaubühne de Berlin et Théâtre National de Chaillot dans le cadre du Festival d’Automne, 1985), Le Récit de la Servante Zerline de Hermann Broch (Théâtre des Bouffes du Nord dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, 1986), La Mort de Danton de Georg Büchner (Théâtre des Amandiers Nanterre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, 1989), Voyage d’Hiver extraits du livre Hypérion de Friedrich Hölderlin (Stade Olympique de Berlin, 1991), Splendid’s de Jean Genet (Piccolo Teatro de Milan, Schaubühne de Berlin, Théâtre National de l’Odéon Paris dans le cadre du Festival d‘Automne, 1994), Roberto Zucco de Bernard Marie Koltès (AKademie Theater Vienne, 2002),OEdipe à Colonnes de Sophocle (Burgtheater Vienne, 2003).
Elle travaille également depuis 1987 comme dramaturge de Robert Wilson : Alceste de Heiner Müller et d’après Euripide (Théâtre de Stuttgart, 1987), Le Martyre de Saint Sébastien ballet de Claude Debussy (MC93 de Bobigny, Opéra Garnier, 1988), La Nuit d’Avant Le Jour de Massenet, Berlioz, Meyerbeer, Bizet, etc.. à l’occasion de l’inauguration de l’Opéra Bastille, 1989), Le Roi Lear de William Shakespeare (Schauspielhaus Francfort, 1990), Le Chant du Cygne de Anton Tchekhov (Tokyo, 1991), La Flute Enchantée de W.A. Mozart (Opéra Bastille 1991), Les Fables de La Fontaine (Comédie Française 2004), La Passion selon St Jean de J.S. Bach (Théâtre du Châtelet à Paris en 2008), Les Nègres de Jean Genet (Théâtre de l’Odéon, 2014/2015), Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi (Opéra Garnier, 2014/2015).
Elle collabore avec Jean-Baptiste Sastre sur les projets Richard II de William Shakespeare (Cours d’Honneur du palais des Papes à Avignon en 2010), Phèdre Les Oiseaux de Frédéric Boyer (France/Allemagne/Italie/USA/Palestine/Israël en 2011/2012/2013).
Elle signe de nombreuses mises en scène: Aus der Fremde d’Ernst Jandl (Schaubühne Berlin, 1980), Quartett et Philoctète de Heiner Müller (Théâtre de Bonn, 1982), Le Misanthrope de Molière (Théâtre de Bonn, 1983), l’Inconnue d’après Horváth (Piccolo Teatro de Milan, 1992), Les Bâtisseurs d’Empires d’Albert Camus (Théâtre de Francfort, 1991), Le Sicilien ou L’amour est un Peintre de Molière (Francfort), Caligula d’Albert Camus et Richard II de Shakespeare (Graz), La Traviata de Guiseppe Verdi (Opéra de Lyon, 2009).

Hiam Abbass est née à Nazareth en 1960. Elle suit des cours de théâtre durant toute sa scolarité. Étudie en parallèle la photographie à WIZO Institut à Haïfa de 1978 à 1980. De 1980 à 1982 elle continue d’étudier la photographie, mais aussi le journalisme ainsi que l’archéologie. De 1982 à 1986 elle programme le Théâtre « El Hakawati » à Jérusalem Est. Son travail de comédienne lui fait parcourir l’Europe. Tournées en France, Espagne, Angleterre, Suède, Danemark, Finlande, Allemagne, Pays Bas, Belgique, Autriche, Italie. De 1986 à 1988 elle est actrice au théâtre « Beit Al Karma » à Haïfa dans des spectacles pour enfants. Départ en 1988 pour Londres puis Paris. Au théâtre notamment dans La Nuit Miraculeuse d’Hélène Cixous, mise en Scène d’Ariane Mnouchkine en 1989, en 1993 Carmen de Bizet, mise en Scène de Jose-Luis Gomez à l’Opéra de Paris. En 2012 participe au projet Phèdre Les Oiseaux de Fréderic Boyer, Mise en Scène de Jean-Baptiste Sastre.
Au cinéma elle joue dans de nombreux films. Haïfade Rachid Mashharawi (Palestine 1995), Le Gone du Chaaba de Christophe Ruggia (France 1995), Vivre au Paradis de Bourlem Guerdjou (France 1998), Ali, Rabiaa et les Autres d’Ahmed Boulane (Maroc 1999), L’ange du Goudron de Denis Chouinard (Canada 2001), Satin Rouge de Raja Amari (France/Tunisie 2002) Aime ton Père de Jacob Berger (France 2002), La Porte du Soleil de Yousry Nasrallah (France/Syrie/Liban 2003), La Fiancée Syrienne d’Eran Riklis (Israël 2004), Paradise Now de Hani Abu Asaad (Palestine 2004), Le Démon de Midi de Marie-Pascale Osterrieth (France 2004), Free Zone d’Amos Gitaï (Israël 2005), The Nativity Story de Catherine Hardwicke (USA 2006), Dialogue Avec Mon Jardinier de Jean Becker (France 2007), The Visitor de Thomas McCarthy (USA 2007), Désengagement d’Amos Gitaï (Israël/Allemagne 2007), Les Citronniers d’Eran Riklis (Israël 2008), Un Roman Policier de Stéphanie Duvivier (France 2008), La Fabrique des Sentiments de Jean-Marc Moutout (France 2007), L’Aube du Monde de Abbas Fahdel (France/Iraq 2008), Kandisha de Jérôme Cohen-Olivar (Maroc 2008), Grenades et myrrhe de Najwa Najjar (Palestine 2008), Amreeka de Cherien Dabis (USA 2009), The Limits Of Control de Jim Jarmusch (USA/Espagne 2009), Persecutions de Patrice Chereau (France 2009), Chaque Jour est une Fête de Dima El-Horr (Liban 2009), Intégrations Ordinaires de Julien Sicard (France 2009), Miral de Julian Schnabel (USA/France/Palestine 2010), I am Slave de Gabriel Range (Angleterre 2010), Les Jeux des Nuages et de la Pluie de Benjamin de Lajarte (France 2011), Une Bouteille à la mer de Thierry Binisti (France/Palestine 2011), La Source des Femmes de Radu Mihaileanu (France/Maroc 2011), Le Sac de Farine de Kadija Lecrere (Belgique/Maroc 2012), Rock The Casbah de Laïla Marrakchi (France/Maroc 2013), May In The Summer de Cherien Dabis (USA/Jordanie 2013), Only In New York de Ghazi Albuliwi (USA 2013), De Guerre Lasse d’Olivier Panchot (France 2014), Exodus de Ridley Scott (USA/ Angleterre/Espagne 2014), Le Gout Des Merveilles d’Éric Besnard (France 2015), Degradee d’Arab et Tarzan Nasser (Palestine 2015).
Elle réalise Le Pain (court-métrage France 2000), La Danse Éternelle (cour-métrage France 2003), Héritage (long-métrage France/Palestine/Israël 2011), Tournée « Phèdre Les Oiseaux » (documentaire Palestine, Israël 2013), Le Donne Della Vucciria (court-métrage Sicile/Italie 2013). En montage d’un Documentaire autour de Phèdre Les Oiseaux dans les différents pays elle termine l’écriture d’un nouveau long-métrage.

Catherine Germain est née en Touraine dans une famille de paysans.
Après trois années passées à La Rue Blanche (ENSATT), elle rencontre François Cervantes en 1986 l’année où il crée la compagnie L’entreprise. Depuis cette date, elle collabore et joue dans la plupart des créations de la compagnie. Bars, Le venin des histoires, La curiosité des anges, On a marché sur la terre, Quelques jours avant l’équinoxe de printemps, Masques, Le sixième jour, L’épopée de Gilgamesh, Le voyage de Penazar, Le retour de Penazar à Bali, Les Nô européens, Le concert, Voisin, Les clowns, Une île, Le dernier quatuor d’un homme sourd, Un amour.
Sa collaboration avec François Cervantes tout au long de ces années a donné lieu à une recherche approfondie sur le travail de l’acteur, notamment dans le domaine du clown – création du clown Arletti dès 1988 dans La curiosité des anges et du masque. Son travail s’est axé autour de l’écriture de François Cervantes. Depuis 2006, elle propose des « veillées masque » soirées d’improvisation avec des masques. Elle enseigne pendant plusieurs années au CNAC, Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, dirige des stages et ateliers pour comédiens professionnels ou public amateur, en France et à l’étranger (Inde, Java, Bali, Océan Indien, Norvège), elle dispense son enseignement également dans le cadre d’écoles, conservatoires (Conservatoire d’Avignon, ERAC)
En 2001 et 2004, elle travaille comme récitante avec les musiciens de l’Orchestre du Louvre de Grenoble sous la direction de Mirella Giardelli.
Elle joue en 2005 dans la pièce Plus loin que loin de Zinnie Harris, mise en scène par Pierre Foviau, artiste associé à la scène nationale de Dunkerque. Invitée par le danseur chorégraphe Thierry Thieû Niang en octobre 2007, elle participe à une Carte blanche au Théâtre des Salins à Martigues. De cette rencontre naîtra le désir d’aller au plateau ensemble : ils créent Un amour pour lequel ils invitent quatre metteurs en scène, quatre regards : François Cervantes, Patrice Chéreau, Laurent Fréchuret et François Rancillac (2009). En 2008, elle crée Médée sous la direction de Laurent Fréchuret, directeur du Centre Dramatique National de Sartrouville, texte d’Euripide dans une traduction de Florence Dupont.
Catherine Germain rencontre l’écriture à l’occasion du travail sur le masque. Elle écrit avec François Cervantes Le clown Arletti, vingt ans de ravissement, co-édité par les Éditions Maison et les éditions Magellan & Cie, 2009 : ce livre témoigne de la collaboration insolite entre un auteur et une actrice.

Jean-Baptiste Sastre Ancien élève du Conservatoire Supérieur d’Art Dramatique (classes de Philippe Adrien, Jean-Pierre Vincent, Daniel Mesguich 1988-1992). En 2005, il est lauréat de la Villa Médicis hors les murs du Ministère des Affaires Etrangères à Londres, pour son projet d’études sur le théâtre élisabéthain.
Il interprète Ernesto dans La Pluie d’été de Marguerite Duras dans une mise en scène d’Éric Vigner en 1993, Hippolyte dans Phèdre Les Oiseaux de Fréderic Boyer (Version Française) en 2012/2013.
Il signe de nombreuses mises en scène dont Histoire Vécue du Rois Toto d’après des textes d’Antonin Artaud au Théâtre de la Bastille en 1995, Haute Surveillance de Jean Genet au Théâtre de La Bastille en 1997 puis en tournée à Strasbourg, L’affaire De La Rue de Lourcine d’Eugène Labiche au Théâtre des Amandiers de Nanterre puis en tournée à Chambéry et Brest, Tamerlan le Grand de Christopher Marlowe au Théâtre National de Chaillot en 2001puis en tournée à Hérouville et Mulhouse, Les Paravents de Jean Genet au Théâtre National de Chaillot en 2004 puis en tournée à Dijon, La Surprise de l’amour de Marivaux au Théâtre National de Chaillot en 2005 puis en tournée au Luxembourg et en Belgique, Léonce et Lena de Georg Büchner au Théâtre National de Chaillot en 2007, Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche au Théâtre National de Chaillot en 2007 puis en tournée à Amiens, Toulouse, Reims et Brest, La Ballade du Vieux Marin de Samuel Taylor Coleridge au Théâtre National de Chaillot en 2008 puis en tournée à Madrid, Richard II de William Shakespeare représenté dans La Cour d’honneur du Palais des Papes lors du Festival d’Avignon en 2010, puis en tournée à Châteauvallon, Lorient, Valenciennes, Clermont-Ferrand, Marseille, Amiens, Liège (Belgique), Nîmes, Les Gémeaux, St Quentin en Yvelines et Chalon-sur-Saône. Il prépare le chœur de Phèdre Les Oiseaux de Fréderic Boyer en 2011/2012 en France : Compagnons d’Emmaüs, Rédéné, Vannes, Nantes, St Brieuc, Paris, Neuilly Plaisance, Toulouse, Marseille, La Seyne sur Mer, Nice, Arles, Courthézon ; à Berlin : Straßenchor de Berlin, choeur des sans-abris de la ville de Berlin ; à Los Angeles : communauté de Venice Beach, choeur des enfants de la rue de Los Angeles ; à New York : Haïtian- Americans In Action (HAIA) ; en Italie : Compagnons d’Emmaüs d’Erba ; en Palestine : Enfants du Camp de Refugiés de Balatah, Naplouse ; en Israël : Enfants des villages de Galilée, Centre des Sourds et Muets. La mise en scène de Phèdre Les Oiseaux de Jean-Baptiste Sastre part en tournée en 2012 et 2013 en France (Lorient, Châteauvallon, IMA/Paris, Toulouse, Nantes, Marseille et Aix en Provence, dans le cadre de Marseille-Provence 2013-Capitale Européenne de la Culture), en Allemagne (Berlin), en Italie (Milan), en Suisse (Lugano), aux USA (Los Angeles, New York), en Palestine/Israël (Naplouse, Ramallah, Nazareth, Haïfa et Jérusalem).
Des liens majeurs se tisseront sur ce dernier projet ; en effet de nombreux participants se retrouvent sur Les Mamelles de Tirésias mis en scène par Ellen Hammer, dans lequel il interprète le rôle du mari et est étroit collaborateur artistique.

Bass Dhem est né au Sénégal. Dès l’age de 10 ans il fait du cinéma Ombres Chinoises en reprenant des histoires entendues à la radio sénégalaise. Dans la famille, chez les Peuls, on n’aime pas le théâtre, mais il persiste dans cette voie et intègre le cours Simon à Paris de 1978 à 1980. La vie d’artiste, la bohème, les petits boulots et enfin… des rencontres. Une rencontre importante avec Youssoupha John, professeur aux Beaux-Arts de Dakar. De leurs échanges fructueux, ils montent à Paris Chaka et les poètes de la diaspora. Bass Dhem fréquente de nombreux ateliers notamment avec Ariane Mnouchkine, Daniel Mesguich, Andrzej Seweryn. Au théâtre, il joue Yago dans Othello de William Shakespeare, mise en scène de Mahmoud Shahali, travaille avec Alfredo Arias, dans une pièce de Copi, mais aussi avec Moïse Touré, Gabriel Garan. Il entre en résidence en Guyane avec la Compagnie KS and CO, pour la création de La route de Zakes Mda et Kaïdara d’Amadou Hampâté Bâ, sous la direction d’Evelyne Guillaume. En 2014, il est choisi par Bob Wilson pour interpréter Monsieur Diouf dans Les Nègres de Jean Genet à l’Odéon. Au cinéma, il tourne avec Claude Berri, Bertrand Blier, Alain Gomis, Cédric Klapisch, Christine Pascal, Jacques Audiard, Mathieu Vadepied…. Acteur, musicien, peintre, Bass Dhem interprète dans Les Mamelles de Tirésias le rôle de Lacouf et Le Fils.

Éric Blakoski est compagnon d’Emmaüs depuis 2002. Il a collaboré comme comédien avec les compagnons d’Emmaüs sur le spectacle Phèdre les oiseaux de Fréderic Boyer, mis en scène par Jean-Baptiste Sastre. Il interprète le rôle du gendarme dans Les Mamelles de Tirésias de Guillaume Apollinaire.
Il est coordinateur d’Emmaüs pour ce spectacle.


Une page facebook est spécialement consacrée au projet Les Mamelles de Tirésias

La Poème

une POEME (3)

Jeanne Mordoj transporte toutes sortes de mondes avec elle. Nous la suivons d’année en année, semant plumes et poils et coquilles d’œuf. Depuis quelques mois elle nous visite régulièrement, accompagnée de ses créatures. Elle s’arrêtera chez nous tout le mois de janvier, y plantera ses tentes de papier, nous accueillera dans ses antres…


vendredi 23 janvier à 20h30
samedi 24 janvier à 20h30
dimanche 25 janvier à 16h
lundi 26 janvier à 20h30

LA POÈME, grand format

conception, dessins, interprétation Jeanne Mordoj
mise en scène Isabelle Vellay
création sonore Isabelle Surel
participation à l’élaboration de la lumière Claire Villard, Julien Poupon, Anne Vaglio
conception et construction du dispositif scénique Mathieu Delangle
costumes Isabelle Pasquier
recherche graphique Camille Sauvage
régie plateau Annabelle Pirlot
régie lumière et régie générale  Marianne Pelcerf
régie son  Raphaëlle Chevalier
collaboration artistique Hervé Pierre, Daniel Jeanneteau

production Compagnie Bal, co-production Studio-Théâtre de Vitry, La Brèche-pôle national des arts du cirque, Les Subsistances-Laboratoire international de création artistique à Lyon, La Scène nationale de Besançon, Le Merlan – scène nationale à Marseille. La Poème, grand format a reçu l’aide à la production dramatique de la DRAC Franche-Comté, le soutien du Conseil Général du Doubs, de la Région Franche-Comté et de la SPEDIDAM. Avec le soutien des Transversales / Verdun, du Centre Culturel Pablo Picasso / Homécourt, de l’Espace Pierre Jeliote / Oloron-Sainte-Marie, des Treize Arches – scène conventionnée de Brive, de CirQ’ônflex / Dijon. LA POÈME, grand format a bénéficié d’une résidence de création à La Brèche – pôle national des arts du cirque, à l’Espace Germinal / Fosses, aux Subsistances – Laboratoire international de création artistique à Lyon et au Studio-Théâtre de Vitry. 


LA POÈME, grand format - photo 2

© Réjane Michel

LA POÈME, grand format, est un agrandissement, un déploiement de LA POÈME, pièce courte. Apporter une nouvelle dimension en habitant une scénographie vivante, grotte ou forêt peuplée de dessins, représentations de corps de femmes en mouvement. Porter un masque naïf et goulu et donner vie à ces figures en se jouant intensément des transformations. LA POÈME est un hommage au monde sauvage et archaïque, une rêverie sur la beauté et la liberté du féminin dans ses états de transformation. Le corps est à l’œuvre, en prise avec des forces qui l’emportent et le débordent, le possèdent et le libèrent tout à la fois. La voix cherche ses mots, en chemin ça chante, ça grogne, ça borborise, ça barbaracte, ça ventripote, ça se joue des formes, ça dessine des figures. On est dans le conte, on est dans la peau, dans le mystère et le résolument vivant, on est en route vers la femme contemporaine en quête de sa parole.

Dessins La Poème, grand format
La féminité, le féminin, continuer à labourer ce champ de mystère, ce lieu si proche de moi et si secret, sans cesse en mouvement, en interrogation. Poursuivre le tissage de ce lien avec cette puissance créative et archaïque.

En 2012, à l’occasion du festival Mode d’Emploi, Les Subsistances de Lyon me proposent une carte blanche. C’est l’occasion d’élaborer une première étape de La Poème.
Cette première proposition est une pièce courte de 30 minutes, dense et organique. Je suis partie de cette question, moi femme de 43 ans, qu’est-ce-qui m’habite, comment j’habite ce corps, comment je le célèbre et je l’interroge.
En observant comment cet âge, ce corps est perçu dans notre société.
Désir de donner à voir et à sentir, la puissance de liberté du vivant à travers ce corps de femme, corps à la fois jeune et vieux, joueur, tendu, sensuel, drôle, sombre, beau, laid, sauvage, possédé, libre de l’image donnée.

L’œuf comme fil conducteur.
En prenant appui sur des sensations, des qualités d’urgence, d’intériorité, d’émotions, je suis transportée d’un lieu à un autre, je me transforme sans cesse, de ma bouche sortent des œufs, puis j’en ingurgite jusqu’au gavage et je continue à ingurgiter des œufs tout en semant des coquilles. Équilibre entre drame et drôlerie. Donner à ressentir dans le corps du spectateur.
Le ventre prend vie, ondule, à la fois beau et monstrueux, lieu de transformation, de gestation. Les seins se mettent à danser, débordent, comme emportés par leur vie propre, des œufs encore. Puis la femme plus sombre entre dans une transe, invitation dans un lieu secret, l’œuf est là toujours, son jaune s’étale sur le visage, se recouvre de coquilles d’œufs, pour aller vers une danse sauvage, chamanique. C’est un voyage à travers le féminin, le vivant, des états de corps.

J’éprouve maintenant la nécessité d’agrandir la pièce courte, en lui apportant une autre dimension, en approfondissant la dramaturgie et le jeu, l’intensité de la présence. En mettant en résonance le personnage féminin et ses métamorphoses avec des dessins grandeur nature, qui lui ressemblent, tel un prolongement, visages et corps de femmes en mouvement, intenses, expressifs, drôles, tordus, sombres, monstrueux, autoportraits en noir et blanc réalisés les yeux fermés. Un travail d’accumulation en mouvement, une façon de convoquer, sans la maîtriser, mon image, mes différents visages, en étant à l’écoute des mouvements intérieurs.
C’est une autre approche de mon exploration du féminin et c’est intimement lié.
Chaque dessin est sur un portant autonome et mobile. Par leur nombre, une trentaine, et par leur présence singulière, ils ouvrent des espaces oniriques. Ils sont une multitude face à la solitude du personnage féminin, elle pourrait tout à fait sortir de l’un d’eux, elle est du même moule.
Naissance de la première femme.
Rendre hommage à la nature et aux mystères des origines qui sont à chaque instant intimement vivants en chacune de nos cellules.
En quête de retrouvailles, les personnages sont ici en lien avec la source de leur animalité, tantôt à l’origine de celle-ci tantôt débordés par elle.
Donner à ressentir quelque chose d’enfoui, d’oublié.

Notes sur l’espace du jeu
L’espace est sobre, il va être habité par la présence des dessins, des coquilles d’œufs, des miettes de coquilles d’œuf, des morceaux de dessins, qui au fil su spectacle vont vider le costume, comme un déshabillage, une mise à nu progressive. Les dessins vont se déplacer en direct, manipulé par une accessoiriste plateau, une ombre accompagnante. Une circulation va se dérouler à la fois de façon artisanale et magique pour donner vie et bruissement au papier, aux corps dessinés.
La présence de ces grands formats apporte une dimension d’intranquilité et de mystère.

La lumière soutient ce mystère, le son est très présent, à la fois subtil et enveloppant.
Nous poursuivons la collaboration avec Isabelle Surel créatrice de son et Claire Villard pour la lumière, Mathieu Delangle pour la conception et la construction du décor. Hervé Pierre, Daniel Jeanneteau et Isabelle Vellay dans un rôle de compagnonnage.
Jeanne Mordoj – décembre 2014

LA POÈME, grand format - dessin

«L’avez-vous vu danser ? L’avez-vous entendu grogner, geindre, haleter, c’est la poème!
Elle est l’origine de l’humanité quelque part en Afrique. Elle est secoué par des forces redoutables.
Elle est la Vénus Hottentote.

Un corps exhibé, fantasmé, tatoué. C’est l’origine du monde.
Une pondeuse qui desquame des coquilles d’œufs.

Une magicienne, maîtresse du désordre et de la création .

Le trouble et la joie de voir Jeanne entreprendre ce voyage, l’accompagner dans cette transformation sensuelle et vitale , rien d’autre.»

Hervé Pierre – octobre 2013

 

« …. Ainsi sommes-nous façonnés par l’initiale perfection
Par cet état de prodigieux bien être
Qui pendant quelques mois a imprégné le non encore né en chacune de ses fibres
Ainsi est il probable que subsiste en notre part la plus enfouie
L’obscur souvenir de cet état
Un souvenir parfaitement insaisissable
Qui ne renvoie à aucun vécu particulier à aucune circonstance précise
Rien qui puisse être remémoré
Mais qui n’en continue pas moins d’entretenir en nous la brûlure d’un manque
La lancinante sensation que nous sommes jetés dans un monde et une vie qui ne nous conviennent pas
Que nous sommes définitivement maintenus au dehors
A jamais coupés de ce dedans vers lequel nous ne pouvons pas ne pas tenter de revenir
Combler ce manque, retrouver la jouissance première
D’où cette inlassable et avide et aveugle recherche de plaisirs
De tout ce qui va permettre de réinsérer l’être dans la joie
De tout ce qui va lui donner l’illusion qu’il se trouve à nouveau porté, baigné,bercé
Réchauffé nourrit par les riches eaux de l’origine… »

Charles Juliet
extrait de Pouvoirs du Poème / Thélème 2003


JEANNE MORDOJ par JEANNE MORDOJ
De la femme sujette aux objets dans mon travail

Naissance à Paris en 1970, enfance à la campagne, parents sculpteurs recyclés dans l’élevage de chèvres.
Depuis toujours, une relation toute particulière avec les objets, attachements étranges, rituels, collections de pierres triées sur le volet mises en sachets avec étiquettes, fabrication de petites sculptures, lien fort avec la matière peinture, le trait, le mot. Puis les objets de jonglage, les balles cousues mains.
Découvre le cirque à 13 ans, à l’école des Saltimbanques de Chenôve.
Passion immédiate, 4 ans de pratique amateur au sein de cette école ; acrobatie, contorsion et jonglage.
A 17 ans entre à l’école de Chalons en Champagne, mise à la porte après une année rude. Débute l’apprentissage sur le tas et les expériences diverses ; petits rôles dans le cinéma, l’opéra, le théâtre. Il y a les rencontres qui vont compter dans le temps comme Lan N’Guyen, pédagogue, alors professeur à l’école du Cirque Plume, qui m’enseigne la contorsion par le jeu et la créativité, Jérôme Thomas qui influence mon travail et m’encourage dans mes projets.
Il y a les stages marquants, avec Marc Michel Georges, Yoshi Oida et Guy Alloucherie pour le théâtre ; la pratique du dessin, du BMC (Boby Mind Centering) avec Lula Chourlin et Janet Amato.
Et plus récemment, la formation Transmettre avec Bénédicte Pavelak.

Les spectacles en compagnies

Les premières tournées, à 18 ans, c’est avec le Cirque Bidon – 300 spectacles – en roulottes et chevaux sur les routes d’Italie. Avec la compagnie de rue La Salamandre, spectacles et évènementiels entre 1990 et 1998, j’expérimente là cette qualité propre à la rue : apprendre à s’adapter à toutes sortes de lieux. Pratique de l’improvisation et création du spectacle Ça Roule avec les musiciens Matthieu Léon et Patrick Sapin. Avec la compagnie Jérôme Thomas je participe entre 1995 et 1997 au groupe de recherche le GR12, et joue dans Le Banquet, pièce pour 10 acteurs, jongleurs, danseurs.
En 1993, avec le jongleur Vincent Filliozat – membre fondateur du Cirque Plume – et le musicien Bertrand Boss, nous créons le Trio Maracassé. Bal jouera 300 fois dans le monde entier, cinq ans de tournées, de voyages. Entre 2002 et 2006 avec la compagnie Cahin Caha, il y a le cabaret Imprudent avec Arthur H, puis la création du spectacle Grimm sous chapiteau.

Les solos

En 2000, premier solo, 3 p’tits sous, solo de femmes , mis en scène par Vincent Lorimy et Jérôme Thomas. Portraits de femmes fortement inspirés des voyages.
En 2001, deuxième solo, Chez moi, pièce d’extérieur pour une femme et une caravane, mis en scène par Vincent Lorimy et Gulko, commande du centre des Arts du Cirque de Cherbourg et de la Grande Halle de La Villette dans le cadre du projet « les baraques ». J’aborde avec ces deux solos ma poétique propre et, de façon plus intimes, mes interrogations autour de la féminité et du sens.

2007, je continue de creuser avec Éloge du poil, troisième solo, mis en scène par Pierre Meunier. Cette création a bénéficié d’une aide à la recherche de l’AFAA – Villa Medicis Hors les Murs 2006 – 3 mois de recherche sur la femme à barbe, à parcourir les pays de l’Est. Ce spectacle est au répertoire de la compagnie, il a joué plus de 200 fois en France et à l’étranger.

En 2010, après Éloge du poil qui a été une sorte d’aboutissement de 10 ans de travail ; je crée Adieu Poupée , co-écrit et mise en scène par Julie Denisse. Avec ce quatrième solo, il y a un besoin de rompre assez radicalement avec les matières de cirque, je passe commande d’un texte à François Cervantes et choisi d’aller vers le jeu et la parole.
Pour la première fois, je fabrique mes objets compagnons, ici, des poupées de chiffons.

En 2012, à l’occasion d’une carte blanche aux Subsistances à Lyon, je crée La Poème, pièce courte et évolutive, travaille ici joyeusement autour du corps féminin. Renouer avec là d’où je viens tout en abordant de nouveaux langages, ici la voix chantée pour la première fois.

Isabelle Surel – création son

Après une licence de musiques vivantes à Paris VIII, dans un premier temps, elle s’intéresse à l’électro-acoustique pour s’orienter ensuite vers la création sonore au théâtre pour lequel elle travaille depuis plus de 20 ans. Elle a collaboré pendant 14 ans avec la compagnie La Rumeur / Patrice Bigel et a aussi travaillé avec Anne-Marie Lazarini, Alain Bézu, Claude Yersin, Ricardo Lopez-Munoz et plus récemment avec Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, pour la danse avec la cie Fatoumi/Lamoureux et Brigitte Seth/Roser Montllo-Guberna.
Elle a travaillé au cinéma avec Christophe Loizillon et Eric Guirado.

Claire Villard – création lumières

Elle entre en 2007 à l’ENSATT (Ecole Nationale Supérieure des Arts et Technique du Théâtre) en département Réalisation Lumière. Durant 3 ans elle apprend le métier de régisseur lumière et aiguise sa sensibilité à la lumière. Elle travaille entre autre avec Mathias Langhoff, Christian Schiaretti et Jean-Pierre Vincent.
En 2011, sortant de l’école, elle commence à travailler pour Jeanne Mordoj en tant que régisseuse lumière pour Adieu Poupée. Après une saison de tournée, elle continue cette collaboration pour Éloge du poil pendant 2 ans de tournée tant en France qu’à l’étranger. En 2012, elle crée la lumière pour La Poème pièce courte.
Elle travaille également pour d’autres compagnies: création lumière, régie générale et régie lumière de 2011 à 2013 pour la compagnie de marionnettes La Pendue. En 2011 et 2012 en tant que régisseuse lumière pour la pièce La Petite d’Anna Nozières.
Elle se tourne également vers la régie générale et l’organisation logistique en travaillant pour différents festivals et évènements: régisseuse de site pour la biennale de la danse (2010 et 2012), responsable logistique pour Chalon dans la rue (2012), régisseuse de site off de Chalon dans la rue (2013), assistante de direction technique festival Cully Classique en Suisse (2011), co-régisseuse générale festival de la marionnette de Grenoble (2008 à 2010).

 

MEDEALAND

visuel site

En février nous accueillons MEDEALAND de Sara Stridsberg, dans une mise en scène de Jacques Osinski créée cette année à Grenoble. Figure importante de la littérature suédoise contemporaine, inspirée par Louise Bourgeois, Marguerite Duras ou Sarah Kane, Sara Stridsberg explore les figures féminines de la radicalité dans des œuvres violentes et puissamment poétiques.


vendredi 13 février à 20h30
samedi 14 février à 20h30
dimanche 15 février à 16h
lundi 16 février à 20h30

MEDEALAND

de Sara Stridsberg
traduit du suédois par Marianne Ségol Samoy

mise en scène Jacques Osinski
dramaturgie Marie Potonet
scénographie Christophe Ouvrard
lumière Catherine Verheyde
costumes Hélène Kritikos
musique Dayan Korolic

avec
Caroline Chaniolleau, Grétel Delattre, Noémie Develay Ressiguier, Julien Drion, Jean Claude Frissung, Delphine Hecquet, Maud Le Grévellec et Dayan Korolic (musicien)

production Compagnie L’aurore boréale – coproduction MC2: Grenoble
avec le soutien artistique du Jeune Théâtre National
jtn-logo
construction du décor et réalisation des costumes par les Ateliers de la MC2


MEDEALAND
© Pierre Grosbois

MEDEALAND. Le pays de Médée… En nommant ainsi sa pièce, Sara Stridsberg désigne d’emblée ce qui en fait le cœur. Le pays de Médée, c’est un univers mental, l’espace clos dans lequel elle est enfermée. « L’espace est d’une blancheur éblouissante, une sorte de non-espace. Un lieu d’attente, de l’après, de l’éternité. La salle d’attente d’un hôpital. Un royaume des morts stérile. La salle d’attente du néant, un espace conscient ou peut-être rêvé. » écrit Sara Stridsberg dans cette belle langue à la fois concise et tumultueuse qui la caractérise. On peut voir la pièce comme un immense flash-back, le lieu de « l’après » étant celui de l’après meurtre de ses enfants par Médée. Le pays de Médée, c’est celui de la souffrance, celui du manque.
Le pays de Médée, c’est aussi le pays perdu, « le pays abandonné, oublié, celui dont rêve l’exilé ». C’est la « matrie » évoquée au début de la pièce, telle une mer. Cette mer qui, dans la pièce d’Euripide, sépare les deux pays, celui de l’enfance et celui de l’âge adulte dans lequel Jason a emmené Médée. Le pays de Médée, c’est cet entre-deux, passionnant à rendre scénographiquement, un espace sans contour, à la fois brumeux et tout en angles, pays du rêve dans lequel le concret de la réalité frappe, pays où l’esprit de Médée se fracasse contre la réalité des murs d’un hôpital. Ayant trahi son père pour Jason, Médée n’a plus de pays que celui qu’elle porte dans sa tête. Elle est désormais une étrangère, une sans asile, une sans domicile fixe. Et peut-être que plus encore que l’amour, c’est la violence de ce statut que Sara Stridsberg interroge.
Plein d’une évidente modernité, MEDEALAND s’inscrit dans une lignée littéraire. D’Euripide (dont la pièce porte de nombreux échos) à Sarah Kane, c’est aussi toute une histoire du théâtre que revisite Stridsberg et que j’ai envie de revisiter avec elle. Comme Le Chemin de Damas, comme Le Songe de Strindberg, comme Dehors devant la porte de Borchert, Medealand est un drame à stations. C’est un type de pièces qui me touche et que j’ai souvent montées. « Le corps disloqué/Avec sur le visage tous les signes de la fureur », pour reprendre les termes de Sénèque traduit par Florence Dupont, l’esprit de Médée erre. Des figures viennent à sa rencontre : la déesse (qui peut aussi être médecin), la mère, la nourrice, le roi Créon, Jason lui-même… Une à une, Médée franchit les étapes qui la mèneront au meurtre de ses enfants et à un étrange apaisement : « J’ai enfin arrêté de pleurer. Médée a enfin arrêté de pleurer ».
Souffre-t-elle plus de son amour bafoué ou de son statut d’étrangère ? Quelle est l’aliénation la pire, celle d’aimer ou celle de n’être pas d’ici ? La colère de Médée vient du rejet, rejet par Jason mais aussi rejet par un pays qui ne veut plus d’elle. Sara Stridsberg dit alors la vérité nue avec une absence de pathos qui oblige le spectateur à affronter la vérité du monde : « Après un temps dans le service, il apparaît qu’une décision d’expulsion a été prise concernant la jeune femme en question. Les renseignements ont été donnés par son ex-mari et, après vérification, ont été avérés. La jeune femme se trouve donc depuis plusieurs jours illégalement à Corinthe. Par conséquent, elle ne peut bénéficier de soins médicaux. Les services de police en ont été informés et il a été décidé que la femme devrait être reconduite à la frontière, escortée par les forces de l’ordre. »
La grande force de Sara Stridsberg est de rendre d’emblée absolument contemporaine cette Médée millénaire. Abandonnée par Jason pour qui elle a tout sacrifié, Médée n’a d’autre endroit où aller qu’un hôpital psychiatrique où l’on ne veut pas la garder. Puisant son inspiration dans la tradition littéraire, Stridsberg s’en affranchit pour rendre sa Médée totalement humaine, concrète. Elle parle directement au spectateur, abandonnant le mythe pour une intimité qu’elle rend fascinante. Avec Sara Stridsberg, Médée redevient une femme : Une femme dont le chemin bifurque, internée aux urgences psychiatriques d’un hôpital… Une femme étrangère, sans papier, seule, une valise à la main, aux prises avec le prosaïsme de l’administration, l’égoïsme ordinaire.
Pour Jason, Médée a tué son frère. Elle s’est faite meurtrière, exilée. Ses actions, qui sont aussi des actions de force et de courage, n’ont pas été reconnues. Dans l’alliance Jason/ Médée, il a obtenu tous les bénéfices, elle a pris tous les torts. C’est elle la meurtrière, elle la fugitive. En endossant ces rôles, elle a fait de Jason un héros. Lorsqu’il l’abandonne pour en épouser une autre, elle n’est plus rien. Elle n’a plus rien sauf son amour disloqué et ses enfants. Face à la prodigieuse indifférence de Jason, face à la tranquille assurance de sa beauté, Médée n’a d’autre arme que celle de ses enfants pour le toucher encore. Ses enfants qui sont aussi ce qui l’ancre encore dans la terre, au sol de ce pays inconnu qu’elle voudrait faire sien et qui ne veut plus d’elle. En les tuant, elle s’anéantit et se libère : « Maintenant tu ne peux plus me faire de mal. Maintenant je suis libre. L’homme n’a jamais existé. L’amour n’a jamais existé. »
Sara Stridsberg a étudié Sarah Kane. Elle en a la force. Pour elle, comme pour Sarah Kane, l’écriture a à voir avec la destruction. Son écriture, étrange mélange de violence et de poésie, part de la réalité la plus noire, la folie, l’exil, l’abandon, pour nous emmener dans un univers rêvé, qui peut aussi bien frôler le cauchemar que la transcendance. Ainsi le récit fait par la déesse des meurtres d’enfants est empreint d’une étrange douceur, douceur dont je ne sais si j’oserais la qualifier de maternelle.
Ainsi est Médée : d’une violence mêlée de douceur. Son apparence frêle, toute de volonté et d’humilité, renferme la force de ceux qui croient en la justesse de leur cause. Elle peut toucher la transcendance, transformant violence et prosaïsme en pureté. Mais Médée a aussi un corps, corps que Sara Stridsberg dépeint sans fard : corps de femme, amoureuse, délaissée, corps de nouvelle mère aussi, corps qui commande à l’esprit, prisonnier du désir.
Face à elle, Jason n’a pas le beau rôle mais il incarne la séduction. « Il doit être beau, il doit être possible à aimer » dit Sara Stridsberg. L’écrivain inverse en quelque sorte les rôles. Jason est celui qu’on regarde, rôle habituellement dévolu à la femme. Il est finalement un « homme fatal » par analogie avec la femme fatale, chère aux films hollywoodiens.
Dans une interview à L’Express, Sara Stridsberg dit, parlant de son roman, La Faculté des rêves : « La poésie et la beauté dans ce livre, sont un cadeau que je voulais faire à toutes ces filles seules, à celles qui vivent dans la rue, aux prostituées, aux marginales, à toutes celles qui se sont perdues en chemin ». Médée est de ces marginales. Mais elle est reine aussi. Elle a le corps en miettes mais son esprit flamboie. Elle ne plie pas. « Mais tu dois apprendre à t’incliner devant le monde quand il te regarde. Personne n’y échappe. Aucune femme. Pas même toi, Médée. » lui dit sa mère, personnage oublié dans la tradition et auquel Stridsberg donne un grand poids, ce qui n’a rien d’anodin. Abandonnée par l’homme qu’elle a aimé, Médée refuse de plier et c’est alors sa condition de femme qu’elle interroge. Sara Stridsberg ne se revendique ni comme féministe ni comme écrivain femme. Dans une interview, elle dit pourtant que ce qui l’intéresse dans l’écriture, c’est la destinée des femmes dans le monde. De grandes figures féminines sont d’ailleurs à la source de ses romans. La faculté des rêves s’inspire d’une figure réelle, Valérie Solanas, prostituée intellectuelle et féministe, qui tira sur Andy Warhol et faillit le tuer. Darling river s’inspire d’une figure littéraire, celle de Lolita. Pour Sara Stridsberg, Valérie Solanas incarne le mauvais rêve du patriarcat, tandis que Lolita en est le rêve. Avec Médée, elle s’attaque à un mythe. Sa force est de lui rendre toute son humanité. Sa Médée est une femme, une femme qui ne plie pas devant le regard du monde, une femme qui défie les lois et c’est cela qui m’intéresse.

Jacques Osinski
Juin 2013

MEDEALAND
© Pierre Grosbois

« Même si aujourd’hui je suis déchue et lamentable
Si je suis une fugitive, une mendiante solitaire
Une femme abandonnée
Un monceau d’afflictions
Je brillais autrefois aux côtés de mon père
J’étais une noble héritière
La petite fille du Soleil »
Sénèque, Médée, traduction de Florence Dupont

« C’est l’amour seul qui peut me sauver et c’est l’amour qui m’a détruit. »
Sarah Kane, Manque, traduction d’Evelyne Pieiller

MEDEALAND
© Pierre Grosbois

EXTRAIT

LA DÉESSE : La femme arrive au service des urgences. Âge : vingt-sept. État civil : divorcée, nouvellement séparée. Donne l’impression d’être confuse, est arrivée en sous-vêtements bien que la température extérieure soit en dessous de zéro. A du mal à expliquer sa venue de manière structurée mais répond clairement aux questions qu’on lui pose sur l’espace et le temps. Soutient qu’elle demande de l’aide pour cause de cœur brisé et qu’à part ça, elle se porte bien, qu’elle est en bonne santé. Deux enfants. Des garçons. Dont elle s’occupe seule depuis quelque temps. Sans logement. Sans revenus. A eu une activité professionnelle autrefois mais a arrêté quand son mari a eu un point de vue là-dessus. A tenté de travailler à domicile mais progressivement son activité est tombée à l’eau. Est originaire de Colchide. Pas de famille, pas d’amis, personne vers qui se tourner. Demande à être hospitalisée pour une nuit. Veut qu’on la guérisse de sa condition. Propose une opération du cœur et du sexe. Ne veut plus être ce qu’elle est. Absence de toute volonté de collaboration.

Sara Stridsberg, MEDEALAND, traduction de Marianne Ségal-Samoy
Éditions de L’Arche

TEXTES EN REGARD

Ne me dis pas non non tu ne peux pas me dire non c’est un tel soulagement de retrouver l’amour et de dormir dans un lit et d’être serré et touché et embrassé et adoré et ton cœur bondira quand tu entendras ma voix verras mon sourire sentiras mon souffle sur ton cou et ton cœur s’emballera quand je viendrai te voir et dès le premier jour je te mentirai et je t’utiliserai et je te baiserai et je te briserai le cœur puisque tu as brisé le mien, et tu m’aimeras chaque jour davantage et un jour ce sera trop lourd et alors ta vie sera mienne et tu mourras dans la solitude quand j’aurai emporté tout ce qui me plaira avant de partir sans plus rien te devoir c’est toujours là c’est toujours là et tu ne peux pas nier la vie tu sens merde cette vie merde cette vie merde cette vie merde cette vie maintenant je t’ai perdue.

Sarah Kane, Manque, traduction d’Evelyne Pieiller
Éditions de L’Arche

Il était cependant séparé de moi. Je me prêtais à lui pour qu’il se fasse. Dans ma chair baignait la sienne, naissante, mais distincte, avec sa jeunesse, ses énervements, sa fraîcheur, sa colère de bête sous-marine qui se débat pour atteindre la surface, son indépendance. Son indépendance était au fond de moi, tellement criante et nue, que je me tenais comme écartelée par la vérité, mise à nu, comme une femme baisante, sa vérité. Aucun des aspects les plus notoires de la virilité n’atteint celui-là, si dans virilité on entend l’exercice brutal d’une liberté. J’exerçais brutalement ma liberté en face de cette liberté totale qui grouillait au fond de moi. Je la sentais vivre et la mienne, autour, la contenir, aussi libre.
(Maintenant que je relis ces lignes, il est là, hors de moi, à quelques mètres, il dort. Sa liberté n’est pas moins totale, ni la mienne. Ma vie est liée à la sienne, elle en est dépendante jusque dans les moindres détails. S’il meurt, la beauté du monde meurt et il fera nuit noire sur ma terre. Autrement dit, s’il meurt, je meurs au monde. C’et pourquoi je n’ai pas plus peur de sa mort que de la mort. C’est pourquoi, au moment où je suis la plus enchaînée, je suis la plus libre. Jamais ma révolte, ma puissance de révolté n’a été aussi violente. Puisqu’un tel amour, un tel enchaînement amoureux est dans l’ordre du possible, en même temps que ce possible contient la mort de l’objet de cet enchaînement, dans ce cas je souhaiterais que Dieu existe pour incarner ce possible, et pour pouvoir le blasphémer. Parce que l’objet de mon amour m’importe plus que moi – non seulement à mes propres yeux mais en soi, il s’encastre dans le monde plus précisément, son prix est plus grand, ce n’est pas de moi à lui qu’il m’est précieux, mais il m’importe qu’il vive. Ceux qui n’ont pas d’enfant et qui parlent de la mort me font rigoler. Comme les puceaux qui imaginent l’amour, comme des curés. Ils ont de la mort une expérience imaginaire. Ils s’imaginent frappés par la mort, vivants, alors que morts, ils ne pourront pas jouir de cette mort. Alors que devant un enfant, cette idée se vit chaque jour et que si ça arrive, c’est vivant que vous jouissez de votre mort, vous êtes un mort vivant.)

Marguerite Duras, Cahiers de la guerre et autres textes
Éditions Gallimard

 

… De tout ce qui respire et qui a conscience
Il n’est rien qui soit plus à plaindre que nous, les femmes.
D’abord nous devons faire enchère
et nous acheter un mari, qui sera maître de notre corps,
malheur plus onéreux que le prix qui le paie.
Car notre plus grand risque est là : l’acquis est-il bon ou mauvais ?
Se séparer de son mari, c’est se déshonorer,
et le refuser est interdit aux femmes.
Entrant dans un monde inconnu, dans de nouvelles lois,
dont la maison natale n’a rien pu lui apprendre,
une fille doit deviner l’art d’en user avec son compagnon de lit.
Si elle y parvient à grand’peine,
s’il accepte la vie commune en portant de bon cœur le joug avec elle,
elle vivra digne d’envie. Sinon, la mort est préférable.
Car un homme, quand son foyer lui donne la nausée,
n’a qu’à s’en aller, pour dissiper son ennui,
vers un ami ou quelqu’un de son âge.
Nous ne pouvons tourner les yeux que vers un être unique.
Et puis l’on dit que nous menons dans nos maisons
Une vie sans danger, tandis qu’eux vont se battre !
Mauvaise raison : j’aimerais mieux monter trois fois en ligne
que mettre au monde un enfant !
Mais à vrai dire, tout cela compte moins pour toi que pour moi.
Tu es ici dans ta patrie, dans la maison de ton père,
ayant les plaisirs de la vie, des amis qui t’entourent.
Je suis seule, exilée, bonne à être insultée
par un mari qui m’a conquise en pays étranger.
Je n’ai mère, ni frère, ni parent,
qui me donne un refuge en ce présent naufrage.
Voici la seule grâce que de toi je voudrais obtenir :
s’il s’offre à mon esprit quelque moyen, quelque artifice
pour punir mon mari du mal qu’il me fait,
garde-moi le silence. Une femme s’effraie de tout,
lâche à la lutte et à la vue du fer ;
mais qu’on touche à son droit, à son lit,
elle ira plus loin que personne en son audace meurtrière. »

Euripide, Médée, traduction de Marie Delcourt-Curvers
Éditions Gallimard


Née en 1972, Sara Stridsberg a travaillé sur les thèmes de la destruction et de l’aliénation dans la littérature, de Médée à Sarah Kane. Elle a reçu en 2007 le Grand Prix de littérature du Conseil nordique pour son deuxième roman La Faculté des rêves (éditions Stock) qui l’a révélée en France. Son troisième roman, Darling River, est un hommage à la Lolita de Nabokov. Elle écrit également des pièces de théâtre qui ont été montées sur les plus grandes scènes scandinaves.

Jacques Osinski
Né en 1968, titulaire d’un DEA d’histoire, Jacques Osinski se forme à la mise en scène grâce à l’Institut Nomade de la Mise en Scène auprès de Claude Régy à Paris et Lev Dodine à Saint-Pétersbourg.
En 1991, il fonde la compagnie La Vitrine et met en scène de nombreuses pièces de théâtre. Parmi celles-ci : L’Ile des esclaves de Marivaux (1992), La Faim de Knut Hamsun (1995 – Prix du Public de la Jeune Critique au Festival d’Alès), L’ombre de Mart de Stig Dagerman (2002), Richard II de Shakespeare (2003), Dom Juan de Molière (2005-2006) et Le Songe de Strindberg (2006).
En 2007, Jacques Osinski crée pour la première fois en France au Théâtre du Rond-Point L’Usine du jeune auteur suédois Magnus Dahlström.
Il est nommé directeur du Centre Dramatique National des Alpes en janvier 2008.

Depuis sa nomination il privilégie l’alternance entre textes du répertoire et découvertes, il y créé en coréalisation avec la MC2 :
Le Conte d’hiver de William Shakespeare, création à la Scène Nationale de Saint Quentin en Yvelines, repris à Grenoble et en province.
Woyzeck de Georg Büchner au printemps 2009. Cette pièce initie un cycle autour des dramaturgies allemandes qui se poursuit en écho par la présentation d’Un fils de notre temps d’Ödön von Horváth et par Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert.
Le Grenier de l’auteur contemporain japonais Yôji Sakaté (à Grenoble et au théâtre du Rond-Point) en 2010 et Le Triomphe de l’amour de Marivaux repris à Paris et en province.
Le Moche et Le chien, la nuit et le couteau deux pièces de Marius von Mayenburg toutes deux jouées au théâtre du Rond-Point à Paris,
Ivanov d’Anton Tchekhov repris en tournée en région parisienne.
Mon prof est un troll de Dennis Kelly sera sa première mise en scène jeune public en 2012. Le spectacle fera le tour des villages de l’Isère avant de partir en tournée dans toute la France,
George Dandin de Molière, tournée dans toute la France ; une deuxième tournée est prévue en région parisienne et en province au printemps 2014.
Orage de August Strindberg, en mars 2013. Le spectacle est repris en novembre décembre 2013 au théâtre de la Tempête à Paris.
L’histoire du soldat Opéra de Stravinski sur un texte de Charles Ferdinand Ramuz, en collaboration avec Jean Claude Gallotta pour le ballet et Marc Minkowski à la direction des musiciens du Louvre.
Dom Juan revient de guerre de Ödön Von Horváth à la MC2 de Grenoble. Le spectacle sera repris à Paris en mars 2015

Parallèlement à son activité théâtrale, Jacques Osinski travaille également pour l’opéra. Invité par l’Académie européenne de musique du Festival d’Aix-en-Provence, il suit le travail d’Herbert Wernicke à l’occasion de la création de Falstaff au Festival en 2001.
En 2006, à l’invitation de Stéphane Lissner, il met en scène Didon et Enée de Purcell sous la direction musicale de Kenneth Weiss au Festival d’Aix-en-Provence.
Puis c’est Le Carnaval et la Folie d’André-Cardinal Destouches sous la direction musicale d’Hervé Niquet à l’automne 2007. Le spectacle est créé au Festival d’Ambronay et repris à l’Opéra-Comique.
Jacques Osinski a reçu le prix Gabriel Dussurget lors de l’édition 2007 du Festival d’Aix-en-Provence.
En 2010, il met en scène Iolanta de Tchaïkovski au Théâtre du Capitole à Toulouse sous la direction musicale de Tugan Sokhiev.
A l’automne 2013, il mettra en scène l’Histoire du soldat et l’Amour sorcier, sous la direction musicale de Marc Minkowski, avec des chorégraphies de Jean-Claude Gallotta à la MC2: Grenoble, puis à l’Opéra Comique. Et en mai 2014, il mettra en scène Tancrède de Rossini au Théâtre des Champs-Elysées.

Maud Le Grevellec est formée à l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg, et au Conservatoire National de Région de Rennes, elle a joué au théâtre sous la direction de Stéphane Braunshweig Six Personnages en quête d’auteur d’après Luigi Pirandello, Rosmersholm de H. Ibsen, Les Trois sœurs de A.Tchékhov, Le Misanthrope de Molière, La famille Schroffenstein de H. von Kleist, La Mouette de Tchekhov – Alain Françon L’hôtel du libre échange de G.Feydeau – Jacques Osinski, Le triomphe de l’amour de Marivaux, Le conte d’hiver de W.Shakespeare – Jean-Louis Martinelli La République de Mek-Ouyes deJ. Jouet – Charles Berling Pour ceux qui restent de P. Elbé – Jean-François Peyret Les Variations Darwin de J. F. Peyret et A. Prochiantz, La Génisse et le pythagoricien de Peyret et Prochiantz – Claude Duparfait Petits drames camiques d’après Cami – Laurent Gutmann Les Nouvelles du plateau S de O. Hirata, et Giorgio Barberio Corsetti, Le Festin de pierre d’après Dom Juan de Molière.
Elle est membre de la Compagnie « Le groupe incognito » pour des créations collectives : Cadavres Exquis projet initié par Catherine Tartarin, Cabaret des Utopies Maison du comédien, Festival Berthier, Padam Padam d’après Moscou sur vodka de V. Erofeiev (Maison du Comédien Maria Casarès à Alloue, Le Limonaire, Scène National d’Angoulême, Le cabaret aux Champs Maison du Comédien Maria Casarès à Alloue et Cabaret Amoralyptique (Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg).
Au cinéma, elle a tourné avec Mabrouk El Mechri dans le long métrage Virgil.

Julien Drion
Formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris après avoir suivi les classes de Jean Pierre Garnier, Cyril Anrep, Laurent Natrella et Maxime Franzetti au cours Florent en classe libre. Au cours de sa formation au CNSAD, il travaille sous la direction de Jean Paul Wenzel La nuit italienne de Ödön von Horvàth, Clément Bondu La musique la liberté d’après Baal de Brecht et Nous serons les enfants du siècle de Clément Bondu, et de Caroline Marcadé Another side of the story.
Au théâtre, il joue sous la direction de Emmanuel Demarcy Motta Wandted Petula de Fabrice Melquiot, Jean Pierre Garnier Lorenzzacio de Musset et La patrie de l’impatience d’après H. Baker, Daniel Martin Cabaret de Hanokh Lévin, Mathieu Jeunet Faust de Goethe, K Crespo Macbeth de W Shakespeare, Laurent Natrella Marie Tudor de Victor Hugo. Au cinéma, il participe aux courts métrages de Chloé Leplat Les inséparables et E Lemoine Juventa
A la télévision, on le voit dans Immersion 3X52 de Philippe Haim, Le soldat blanc de Eric Zonca, Alice Nevers « une ombre au tableau » de René Manzor, Simple de Yvan Calbérac, Engrenages de Gilles Bannier, Duval et Moretti de Denis Amar, Diane Femme flic de Nicolas Herdt,

Caroline Chaniolleau s’est formée à l’Ecole du Piccolo Teatro sous la direction de Giorgio Strehler et à l’école du Théâtre National de Strasbourg sous la direction de Jean-Pierre Vincent. Au théâtre, elle joue à plusieurs reprises sous la direction de Lukas Hemleb, Walter le Molli, Alain Françon, Hans-Peter Cloos, Jean-Pierre Vincent, André Engel, David Géry, Dominique Pitoiset, Joël Jouanneau, Sophie Loucachevski. Elle a rencontré Jacques Osinski sur Don Juan revient de guerre d’Odön Von Horvàth. Au cinéma, elle tourne sous la direction de Diane Kurys, Philippe Garrel, Bernard Stora, Gérard Jumel, René Allio, Dominique Crèvecoeur, Claude Lelouche, Pierre Granier-Deferre, Paolo Rocha, Pierre Jolivet, Rainer Kirkberg, Gilles Behat, René Feret, Hans-Peter Cloos, Ulrich Edel.

Grétel Delattre a suivi une formation au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (ateliers dirigés par Jacques Lassalle, Daniel Mesguich et Piotr Fomenko).
Au théâtre, elle travaille sous la direction de Jean-Louis Martinelli Ithaque de B. Strauss, Anne Contensou Ouasmok de S. Levey, Volodia Serre Le suicidé de N. Erdman, Philippe Ulysse dans Vénus et Eros de Philippe Ulysse, C’est comme du feu de W.Faulkner, Et le Vivant et On est pas si tranquille de Fernando Pessoa, Julie Recoing dans Phèdre de Sénèque, Laurence Mayor dans Les Chemins de Damas d’August Strindberg, Bruno Bayen dans Plaidoyer en faveur des larmes d’Héraclite, Jean-Pierre Miquel dans En délicatesse de Christophe Pellet, Ivan Morane dans Cérémonie du transport des cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon, Jacques Osinski dans Orage d’August Strindberg, Le chien, la nuit et le couteau de Marius Von Mayenburg, L’usine de Magnus Dahlström, L’Ombre de Mart de Stig Dagerman, Richard II de William Shakespeare et Dom Juan de Molière, Daniel Mesguich dans Andromaque et Esther de Racine, Stéphane Olivie-Bisson dans Sarcelles sur mer de Jean-Pierre Bisson, Brigitte Jacques-Wajeman dans L’Odyssée de Homère, William Mesguich dans La Légende des porteurs de souffle de Philippe Fenwick, Didier Kerckaert dans Vendredi, jour de liberté de Hugo Claus.

Noémie Develay Ressiguier
Formée au Théâtre National de Strasbourg dirigé par Stéphane Braunschweig – Ateliers de Jean-François Peyret, Yann-Joël Colin, Alain Françon. Au théâtre, elle joue sous la direction de Jean-Michel Rabeux La nuit des rois de Shakespeare, Rémy Barché Blanc tryptique de trois pièces courtes de Tennessee Williams, Thierry Roisin Ennemi Public de Henrik Ibsen, Michel Cerda Siwa, Thomas Condemine L’Échange de Paul Claudel, Marie Ballet Liliom de Ferenc Molnar, Alain Françon La Cerisaie de Tchekhov avec Jean-Paul Roussillon et Didier Sandre, Volodia Serre Le Suicidé de Nicolaï Erdman, Pierre Ascaride Les communistes Lecture dirigée par Wajdi Mouawad, Jean-Baptiste Sastre Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche, Barbara Nicolier et Gilles David Les Mondes de Edward Bond, une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta 99 DUOS. Elle rencontre Jacques Osinski sur Don Juan revient de guerre d’Odön Von Horvàth. Au cinéma, elle est dirigée par Alice Winocour, Jean-Jacques Zilbermann, Carine Tardieu, Julien Pacaud (La Fémis). A la télévision, on la voit dans La cerisaie de Tchekhov Réal. Vincent Bataillon, Caution personnelle Réal. Serge Meynard, Julie Lescaut – « Le Voyeur » Réal. Alain Wermus, Une fille dans l’azur Réal. Marc Rivière, ACCRO – « Carnets d’Adolescents » Réal. Olivier Panchot, Les filles à papa Réal. Marc Rivièren, Navarro – « Ne Pleurez pas Jeannettes » Réal. Patrick Jamain, Les forges du désert Réal. Pierre Sportolaro & Safy Nebbou.

Jean-Claude Frissung
Il a rencontré Jacques Osinski sur Ivanov de Tchekhov, depuis ils en sont à leur quatrième collaboration après Dandin de Molière et dernièrement Orage d’August Strindberg. Au théâtre, il a travaillé entre autres avec Victor Garcia, Maurice Massuelles, Claude Yersin, Michel Dubois, Charles Joris, Gaston Jung, Jean Guichard, Jacques Alric, G. Vassal, Guy Lauzin, M. Kulhman, André Gilles, Olivier Périer, Jean-Pierre Sarrazac, Jean-Paul Wenzel, Martine Drai, Alain Mollot, Jacques Nichet, Guy Rétoré, Jean Marie Frin, Jean-Yves Lazennec, Didier Bezace, Alain Mergnat, Alain Barsacq, Jean-Luc Lagarce, Eric de Dadelsen, Michel Raskine, Christian Schiaretti, Daniel Benoin, Jacques Lassalle, Joël Pommerat, François Berreur, Yves Beaunesne, Robert Bouvier, Zabou Breitman. Au cinéma, il a tourné avec Jacques Rivette, Bertrand Tavernier, Benoit Jacquot, Claude Miller, Sylvain Monod, Tonie Marshall, Jeanne Labrune, Zabou Breitman, Nicole Garcia, Robert Guedéguian, Pierre Jolivet, Roschdy Zem, Jean-Marc Moutout, Jean-Pierre Sinapi, Jeannot Szwarc, Diane Bertrand, Michael Lyndsey Hogg, Patrick Lambert, Marc Bodin Joyeux, Christian Drillaud, Bertrand Van Effenterre, Miroslaw Sebestik, Jean-Pierre Limosin, Gianfranco Mingozzi, Rémi Besançon, Claude Gaignière, Dominique Dehan. A la télévision, on le voit dans la série des Maigret réalisés par Olivier Schatzky, Claude Goretta, Michel Sibra, Denys de la Patelière, Juraj Herz, Joyce Bunuel. Il tourne également sous Jacques Renard, Phlilippe Lefebvre, Alain Boudet, Jeanne Labrune, André Michel, Claude Champion, Emmanuel Fonlladosa, Daniel Losset, Jean Claude Charnay, Claude Barrois, Jacques Audouard, Jean-Claude Charnay, Christian Faure, Bertrand Van Efenterre, Bernard Stora, Bruno Gantillon, David Delrieux, Miguel Courtois, Aline Issermann, David Delrieux, Fabrice Cazeneuve, Christophe Loizillon, Jérome Foulon, Jean-Pierre Sinapi, Denis Amar, Stéphane Kurc, Jean Claude Sussfeld, Pascal Chaumeil, Christophe Douchand, Denis Malleval, Virginie Sauveur, Jacques Maillot et enfin Joël Calmettes pour un docu fiction.

Delphine Hecquet
Formée au Conservatoire National de Région de Bordeaux en art dramatique et danse contemporaine, puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Professeurs Dominique Valadié et Alain Françon, joue dans l’atelier dirigé par Olivier Py autour de ses textes. Classe de cinéma avec Jacques Doillon. Formation de chant avec Alain Zaepffel. Dans le cadre de sa formation au CNSAD, elle met en scène, avec Dominique Valadié, Variations autour du Rayon vert d’Eric Rohmer. Elle travaille sous la direction Joris Lacoste dans Suite n°1 ABC au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles et festival d’automne à Paris (2013), Dominique Valadié dans Hedda Gabler de Henrik Ibsen, Léonie est en avance de Feydeau, La Mouette d’Anton Tchekhov, Juste la fin du monde de Jean-Luc Largarce, Alain Françon Chaise et Rouge, noir et ignorant d’Edward Bond, Caroline Marcadé Chicago Fantasy une comédie musicale, Retour à Bilbao de May Bouhada, Fanny Santer Ce formidable bordel d’Eugène Ionesco, Mario Gonzalez Le songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, Julie Duclos Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Elle rencontre Jacques Osinski lors de la création d’Ivanov d’Anton Tchekhov pour le rôle de Sacha, Angélique dans George Dandin de Molière, elle le retrouve ici pour la quatrième fois. Elle interprète Edit Piaf dans Hymne à l’amour, ballet musical mise en scène de Misook Seo (Centre d’Art National Corée du Sud). Au cinéma, elle tourne avec Bruno Ballouard dans Lili-Rose, Eugène Green dans Correspondances (prix du Jury Festival de Locarno 2007) – Philippe Garrel dans Un été brûlant – Grégoire Pontécaille dans La rencontre (court-métrage, Fémis) – Laurent Bourdoiseau dans Sur son épaule (court-métrage) – Gaël De Fournas dans La bataille de Jéricho (court-métrage). Pour la télévision, elle a tourné dans Les Combattants de l’ombre de Bernard Georges (Arte).

Marie Potonet
Après des études de lettres, Marie Potonet devient assistante à la mise en scène auprès de Michel Cerda (La douce Léna de Gertrude Stein, Ma Solange, comment t’écrire mon désastre de Noëlle Renaude) et Louis-do de Lencquesaing (Anéantis de Sarah Kane). Assistante puis collaboratrice artistique de Jacques Osinski depuis 2002, elle participe à la création de L’Ombre de Mart de Stig Dagerman, Dom Juan de Molière, Le Songe de Strindberg, L’Usine de Magnus Dahström, Le Conte d’hiver de William Shakespeare. Elle signe l’adaptation de Richard II de Shakespeare, mis en scène par Jacques Osinski, ainsi que celle du Songe de Strindberg et la traduction du Conte d’hiver de William Shakespeare. Elle anime de nombreux ateliers tant dans les lycées qu’auprès d’un public amateur. Créé dans ce cadre en juin 2006 au Forum culturel de Blanc Mesnil, le spectacle Dom Juan, portraits éclatés qu’elle a mis en scène y est repris en 2007. Travailler plus ? y est joué en juin 2007. En 2009, elle collabore avec les Musiciens du Louvre-Grenoble et le Théâtre du Châtelet pour mettre en scène et signer l’adaptation d’un spectacle musical autour de l’opéra de Richard Wagner Les Fées. Le Voyage en Féerie est joué en avril dans le Grand Foyer du Théâtre du Châtelet à Paris et à Grenoble-Auditorium Olivier Messiaen – puis en tournée en Isère. En 2010, elle adapte et met en scène pour le Centre dramatique national des Alpes, La Petite Sirène, d’après Hans Christian Andersen à la MC2: Grenoble, au Nouveau Théâtre de Montreuil et en tournée. Elle est membre du collectif artistique et dirige le comité de lecture du CDNA depuis 2008. Dans le cadre des Mardis midis du théâtre du Rond-Point et d’Entrée Libre à Grenoble, elle a mis en lecture Le long de la principale de Steve Laplante, Testez-vous d’Ariane Zarmanti et Après cette journée de bonheur de Gerhild Steinbuch.

Christophe Ouvrard
Il se forme à la scénographie et aux costumes à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux puis à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg. Après avoir été l’assistant de l’architecte et designer Martine Bedin, il fait ses débuts au théâtre avec le metteur en scène Laurent Gutmann sur Légendes de la forêt viennoise d’Horvàth (2000). Au Théâtre National de Strasbourg, en 2001, il crée les décors et costumes du Jubilé, Plaisanterie en un acte de Tchékhov avec Stéphane Braunschweig, ceux de l’Orestie d’Eschyle avec Yannis Kokkos, puis le décor de Dom Juan pour Lukas Hemleb. Depuis, il crée de nombreux décors et costumes pour le théâtre avec des metteurs en scène comme Jean Boillot (au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis), Anne-Laure Liegeois (au CDN de Montluçon), Astrid Bas (au Théâtre National de l’Odéon), Marie Potonet et Jean-Claude Gallotta (à la MC2: Grenoble)… Depuis 2001, il est également le collaborateur régulier des metteurs en scène Guy-Pierre Couleau (La Forêt d’Ostrovski, La Chaise de paille de Sue Glover, George Dandin de Molière, Les diablogues de Dubillard, Marilyn en chantée de Sue Glover…) Jean René Lemoine (La Cerisaie de Tchékhov, Face à la mère de Lemoine…) et Jacques Osinski (Richard II de Shakespeare, Dom Juan de Molière, Le Songe de Strindberg, L’usine de Dahlström, L’éveil du printemps de Wedekind, Woyzeck de Büchner, Un fils de notre temps de Horvàth, Dehors devant la porte de Borchert, Le Grenier de Sakaté, Le triomphe de l’amour de Marivaux…)
A l’Opéra, il retrouve Guy-Pierre Couleau sur Vespetta et Pimpinone d’Albinoni (2006) et entame une collaboration avec Bérénice Collet pour laquelle il crée les décors et costumes du Petit Ramoneur de Britten au Théâtre des Champs-Elysées (2004), ceux du Verfügbar aux Enfers de G. Tillion au Théâtre du Châtelet à Paris (2007) et de Rigoletto de Verdi au Théâtre d’Herblay (2011). Toujours à l’Opéra, il crée pour Jacques Osinski, les décors et costumes de Didon et Enée de Purcell pour le Festival d’Aix-en-Provence (2006), ceux du Carnaval et la Folie de Destouches pour l’Opéra Comique à Paris (2007), et ceux de Iolanta de Tchaïkovski pour le théâtre du Capitole de Toulouse (2010). En 2011, il rejoint le metteur en scène Denis Morin pour lequel il crée le décor de l’Opéra Lumières à l’Opéra de Paris, Palais Garnier.


Hélène Kritikos

Petite fille et fille de tailleurs pour hommes installés à Tunis, Hélène Kritikos – artiste d’origine grecque – a été formée à ESMOD, école de stylisme parisienne. Elle participe aux présentations de collections d’Azzedine Alaïa et Thierry Mugler. Après un passage à l’atelier de costumes du Théâtre du Soleil, sa carrière la mène dans les années 80 au domaine de la publicité où elle croise des photographes tels que Jean-Loup Sieff, Jean-Louis Beaudequin ou des réalisateurs tels que Bill Evans, Billy August… Elle revient ensuite au spectacle vivant, conçoit et crée des costumes pour la danse ou le théâtre (Jacques Osinski, Pascale Henry, Karol Armitage, Jean-Jacques Vanier, Anne-Laure Liegeois, Marie Potonet, François Veyrunes, Philippe Macaigne…). Sa démarche actuelle tend à intégrer l’aspect scénographique à son travail sur le costume proprement dit, dans une approche globale du visuel scénique.

Catherine Verheyde
Après une licence d’histoire, Catherine Verheyde intègre l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, section lumière. Elle se forme auprès de Gérald Karlikow ainsi que de Jennifer Tipton et Richard Nelson. Elle travaille ensuite avec Philippe Labonne, Jean-Christian Grinevald… Elle rencontre Jacques Osinski en 1994. Leur première collaboration sera La Faim de Knut Hamsun. Ils travailleront ensuite sur Sladek, soldat de l’armée noire, Léonce et Léna, L’Ombre de Mart, Richard II, Dom Juan, Le Songe, L’Usine, Le Conte d’hiver, Le Grenier de Yoji Sakaté, Le Triomphe de l’amour de Marivaux et dernièrement Le Moche et Le Chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg.Parallèlement, Catherine Verheyde a travaillé avec les metteurs en scène Philippe Ulysse, Marc Paquien, Benoît Bradel, Geneviève Rosset, Antoine Le Bos…, et les chorégraphes Laura Scozzi, Dominique Dupuy, Clara Gibson-Maxwell, Philippe Ducou. Elle éclaire des concerts de musique contemporaine notamment à l’IRCAM (concerts Cursus, récital Claude Delangle) et aux Bouffes du Nord (concerts des solistes de l’EIC) et récemment, en Tchéquie, des pièces de Benjamin Yusupov avec Petr Rudzica et Juan José Mosalini. Elle éclaire également plusieurs expositions (Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, Musée du Luxembourg, Musée d’Art Moderne de Prato…) et travaille régulièrement à l’étranger (Ethiopie, Turquie, Arménie, Italie, Etats-Unis, Allemagne…). A l’opéra, elle éclaire Le mariage sous la mer de Maurice Ohana mis en scène par Antoine Campo, Didon et Enée de Purcell mis en scène par Jacques Osinski sous la direction musicale de Kenneth Weiss au Festival d’Aix-en-Provence, Le Carnaval et la Folie d’André-Cardinal Destouches mis en scène par Jacques Osinski sous la direction musicale d’Hervé Niquet, créé au Festival d’Ambronay puis repris à l’Opéra-Comique et Iolanta mis en scène par Jacques Osinski sous la direction musicale de Tugan Sokhiev au Théâtre du Capitole de Toulouse. Elle intègre le collectif artistique du Centre dramatique national des Alpes en 2008.

Dayan Korolic
Compositeur, bassiste, contrebassiste, il a composé et/ou arrangé et joué sur scène les musiques des spectacles :
De Sylvain Maurice (Berlin fin du monde, Plume, Don Juan revient de guerre, Un Mot pour un autre, Le Marchand de sable, Les Sorcières, Peer Gynt, La Pluie d’Eté), Victor Gauthier-Martin (Ailleurs tout près, Le Rêve d’un homme ridicule, La Vie de Timon, Gênes 01, Docteur Faustus, Round’Up), Damien Caille-Perret (Ravel, On a Perdu les Gentils), Jacques Osinski (Le Grenier. Le Chien, la Nuit et le Couteau), de la chorégraphe Caroline Marcadé (Portraits de Femmes) et de Emmanuel Daumas (comédie musicale « Anna » de Gainsbourg)
Compositeur de fictions pour France-Culture et France Inter. A composé les musiques de plusieurs courts-métrages. Il joue dans différents groupes et intervient sur les albums ou concerts de différents artistes :
Rob, Darkel, Rockin’ Squat, Moonsonic et fait partie du Drifting Orchestra (avec Daniele Segre Amar, Rishab Prasanna, François Merville, Joseph Escribe, Nicola Tescari, Mathias Duplessy)

 

© Pierre Grosbois

LES AVEUGLES

Aveugles3

LES AVEUGLES de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Daniel Jeanneteau en collaboration avec Jean-Louis Coulloc’h, poursuivront leur aventure au Théâtre des Quartiers d’Ivry en mars 2015. Ce projet, né de l’expérience des ateliers libres du Studio-Théâtre, réunit une équipe de comédiens amateurs et professionnels. Dans un paysage sonore conçu par Alain Mahé en collaboration avec l’Ircam, douze aveugles attendent le retour d’un prêtre qui les a menés jusque là. Mais ce prêtre est mort parmi eux. Il est absent d’être mort. Les aveugles sont perdus, ils ne le savent pas encore…


Création au Studio-Théâtre de Vitry du 23 janvier au 3 février 2014
au Centquatre à Paris du 8 au 16 février 2014
à la Scène Watteau à Nogent-sur-Seine les 14 et 15 mars 2014
au Théâtre Jean-Vilar à Vitry-sur-Seine les 11 et 12 avril 2014
au Théâtre de l’Archipel à Perpignan les 15 et 16 novembre 2014
au Théâtre des Quartiers d’Ivry du 26 mars au 5 avril 2015

Les Aveugles

de Maurice Maeterlinck

mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau
collaboration artistique Jean-Louis Coulloc’h
création musicale et sonore Alain Mahé (in memoriam Gérard Grisey)
koto basse Mieko Miyazaki / koto Alain Mahé
régie son Géraldine Foucault
stagiaire son Quentin Auvray
lumière Anne Vaglio
régisseur lumière Grégory Vanheulle
ingénierie sonore et informatique musicale Ircam Sylvain Cadars
assistant Jérémy Tourneur
régie générale Pierre-Damien Crosson
attachée de presse Claire Amchin

avec
Ina Anastazya, Solène Arbel, Stéphanie Béghain, Pierrick Blondelet, Jean-Louis Coulloc’h, Geneviève de Buzelet, Estelle Gapp, Charles Poitevin, Gaëtan Sataghen, Benoît Résillot, Azzedine Salhi, Anne-Marie Simons

REVUE DE PRESSE
ENTRETIEN AVEC CLÉMENT ROSSET (ART PRESS)
DOSSIER DIFFUSION

production Studio-Théâtre de Vitry, coproduction Ircam-Centre Pompidou, avec l’aide à la production d’Arcadi Île-de-France


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Une banalité trouée d’abîmes

« Que cette épouvantable aventure des humains qui arrivent, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, que cette catastrophe qui les attend ne nous rende pas tendres et pitoyables les uns pour les autres, cela est incroyable. »

Albert Cohen, Ô vous, frères humains, Paris, Gallimard, 1972.

Douze aveugles en pleine nature attendent le retour d’un prêtre qui les a guidé jusque là. Mais ce prêtre est mort parmi eux. Il est absent d’être mort. Le dénouement est donné d’emblée au spectateur voyant, à l’insu des protagonistes aveugles : ils sont perdus, ils ne le savent pas encore.
Dans ce poème visionnaire et très simple, presque immobile, la seule action réside dans la lente découverte, par un groupe disparate de personnes traversées par les mêmes sensations, de leur solitude dans un monde qu’ils ne comprennent pas, et de l’imminence de leur disparition.
Agissant comme un piège pour l’imagination, la pièce produit l’effet d’un attentat, d’un acte brut : d’un coup, la mise à nu d’une vérité ultime, obscène, et pas de réponse. Un geste contemporain, indéfiniment contemporain de tout vivant.
« Tu vas mourir. » C’est tout.
De quoi regarder ce qui nous entoure autrement, et reconsidérer le prix de chaque chose. De quoi, peut-être, repenser la communauté.
Le texte est un entrelacs complexe de motifs simples, une partition précise de silences et de mots, de répétitions, de cris confus et de respirations. Il ne raconte rien, mais il produit de l’espace, du froid, du temps, un monde de visions affectant les sens.
Il appelle une mise en œuvre chorale de la parole, avec une attention particulière aux questions du son, de la spatialité des voix, des tessitures. Plus qu’une scénographie, il exige la constitution d’un véritable paysage de la voix, à travers l’expérience d’une perception de l’espace qui ne passe plus exclusivement par le visible.
Il demande aussi de réunir une communauté d’humains, à la fois non différenciés et solitaires, sans nom mais solidement incarnés, sans visages mais tous singuliers. Pas des acteurs, mais des personnes, c’est pour cela que nous avons proposé à Jean-Louis Coulloc’h, Benoît Résillot et Solène Arbel de nous rejoindre ; c’est pour cela que nous avons proposé à certains des amateurs qui fréquentent les ateliers du Studio-Théâtre de nous rejoindre également.
Sur scène, les seuls moyens à la disposition des interprètes résideront dans leur capacité d’imagination : pratiquement aucun geste, aucun déplacement, aucune interprétation. Pas de mise en scène, pas de jeu d’acteur, mais une grande force psychique, un cerveau actif et à l’affût, tirant de chaque mot, de chaque silence et du rythme commun, la faculté de produire de la réalité.

Daniel Jeanneteau, octobre 2012.


Le chatoiement nerveux de l’incertitude
Note sur la scénographie

Dans ce drame sans action, l’écriture se consacre à la traduction en mots, selon chacun des protagonistes, de ce qu’il perçoit du monde. Métaphore et symbole, la cécité est aussi l’origine d’une sensibilité parallèle, inexplicable et angoissée, à ce qui prolifère et se meut sous la surface des apparences.

La cécité elle-même connaît des nuances : d’aveugle-né en aveugle qui a déjà vu, qui a oublié ou qui se souvient d’avoir vu, qui perçoit certaines lueurs ou demeure dans les ténèbres, Maeterlinck établit toute une géographie du non-voir…

L’image, le visible, l’aspect extérieur des choses, sont abolis. C’est alors qu’un monde sans aspect, tout d’intériorité, se déploie dans leurs paroles en visions qui ne relèvent plus du visible, irreprésentables, et qu’il s’agit néanmoins de rendre réelles.

L’espace requis par le texte ne peut rien représenter ; c’est-à-dire rien d’autre que ce qui est nécessaire à son fonctionnement symbolique et sensible. La scénographie échappe d’emblée aux questions habituelles de la forme et du style.

A travers « LES AVEUGLES », Maeterlinck met en question, et de façon radicale, l’utilisation habituelle de l’image au théâtre, et demande de reconsidérer la scénographie selon sa plus authentique vocation : guider le regard vers de nouveaux espace de la conscience ; intérioriser les enjeux profonds qui pèsent sur les personnages en tissant de subtiles correspondances entre les êtres et leur environnement ; susciter des espaces dont la force émotionnelle et la beauté ne préexistent pas à la représentation, inadéquats quant au réalisme, mais élaborés selon une économie de l’imaginaire qui tend à placer dans l’esprit du spectateur le lieu réel de l’apparition. C’est un travail d’accompagnement à travers lequel le visible s’attacherait à féconder l’écoute.

Nous faisons le choix de ne rien traiter de ce qui relèverait du visible : pas de costumes, pas de décor, pas de lumières. Le dispositif mêlera le public et les acteurs en un groupe indifférencié, assis sur des chaises dans l’espace vide, sans direction privilégiée. Les voix émaneront de cet ensemble humain sans avoir été préalablement désignées. Anonymes. Il s’agira d’évoquer une humanité ordinaire, sans histoire, sans identité. Le travail du son, élaboré par Alain Mahé en collaboration avec l’Ircam, aura pour tâche de susciter autour des corps immobiles le mouvement du monde, de la nature, l’infini travail des forces invisibles qui agissent sur les vies. Tout contribuera à produire les images du spectacle dans l’esprit du spectateur, qui les verra d’autant plus précisément qu’il fermera les yeux…

D. J.

Fortuites lueurs
« Longtemps encore, à moins qu’une découverte décisive de la science n’atteigne le secret de la nature, à moins qu’une révélation venue d’un autre monde, par exemple une communication avec une planète plus ancienne et plus savante que la nôtre, ne nous apprenne enfin l’origine et le but de la vie, longtemps encore, toujours peut-être, nous ne serons que de précaires et fortuites lueurs, abandonnées sans dessein appréciable à tous les souffles d’une nuit indifférente. A peindre cette faiblesse immense et inutile, on se rapproche le plus de la vérité dernière et radicale de notre être, et, si des personnages qu’on livre ainsi à ce néant hostile, on parvient à tirer quelques gestes de grâce et de tendresse, quelques paroles de douceur, d’espérance fragile, de pitié et d’amour, on a fait ce qu’on peut humainement faire quand on transporte l’existence aux confins de cette grande vérité immobile qui glace l’énergie et le désir de vivre. »

Maurice Maeterlinck, Préface au théâtre.

Mare tenebrarum
« Il y a dans notre âme une mer intérieure, une effrayante et véritable mare tenebrarum où sévissent les étranges tempêtes de l’inarticulé et de l’inexprimable, et ce que nous parvenons à émettre en allume parfois quelque reflet d’étoile dans l’ébullition des vagues sombres.
Je me sens avant tout attiré par les gestes inconscients de l’être, qui passent leurs mains lumineuses à travers les créneaux de cette enceinte d’artifice où nous sommes enfermés.
Je voudrais étudier tout ce qui est informulé dans une existence, tout ce qui n’a pas d’expression dans la mort ou dans la vie, tout ce qui cherche une voix dans un cœur.
Je voudrais me pencher sur l’instinct, en son sens de lumière, sur les pressentiments, sur les facultés et les notions inexpliquées, négligées ou éteintes, sur les mobiles irraisonnés, sur les merveilles de la mort, sur les mystères du sommeil, où malgré la trop puissante influence des souvenirs diurnes, il nous est donné d’entrevoir, par moments, une lueur de l’être énigmatique, réel et primitif ; sur toutes les puissances inconnues de notre âme ; sur tous les moments où l’homme échappe à sa propre garde ; sur les secrets de l’enfance, si étrangement spiritualiste avec sa croyance au surnaturel, et si inquiétante avec ses rêves de terreur spontanée, comme si réellement nous venions d’une source d’épouvante… »

Maurice Maeterlinck, Confession d’un poète.

L’évangile de la perdition
Nous sommes perdus dans le cosmos. Ce cosmos formidable est lui-même voué à la perdition. Il est né, donc mortel. Il se disperse à vitesse folle, tandis que des astres se tamponnent, explosent, implosent. Notre soleil, qui succède à deux ou trois autres soleils défunts, se consumera. Tous les vivants sont jetés dans la vie sans l’avoir demandé, sont promis à la mort sans l’avoir désiré. Ils vivent entre néant et néant, le néant d’avant, le néant d’après, entourés de néant pendant. Ce ne sont pas seulement les individus qui sont perdus, mais, tôt ou tard, l’humanité, puis les ultimes traces de vie, plus tard la Terre. Le monde lui-même va vers sa mort, que ce soit par dispersion généralisée ou par retour implosif à l’origine… De la mort de ce monde un autre monde naîtra peut-être, mais le nôtre sera alors irrémédiablement mort. Notre monde est voué à la perdition. Nous sommes perdus.

Ce monde qui est le nôtre est très faible à la base, quasi inconsistant : il est né d’un accident, peut-être d’une désintégration de l’infini, à moins qu’on ne considère qu’il est issu du néant. De toute façon, la matière connue n’est qu’une infime partie de la réalité matérielle de l’univers, et la matière organisée n’est qu’une infime partie de cette infime partie. Ce sont les organisations entre entités matérielles, atomes, molécules, astres, êtres vivants, qui prennent consistance et réalité pour nos esprits ; ce sont les émergences qui surgissent de ces organisations, la vie, la conscience, la beauté, l’amour, qui, pour nous, ont de la valeur : mais ces émergences sont périssables, fugitives, comme la fleur qui s’épanouit, le rayonnement d’un visage, le temps d’un amour…

La vie, la conscience, l’amour, la vérité, la beauté sont éphémères. Ces émergences merveilleuses supposent des organisations d’organisations, des chances inouïes, et elles courent sans cesse des risques mortels. Pour nous, elles sont fondamentales, mais elles n’ont pas de fondement. Rien n’a de fondement absolu, tout procède en dernière ou première instance du sans-nom, du sans-forme. Tout naît dans la circonstance, et tout ce qui naît est promis à la mort.

Nous sommes dans l’aventure inconnue. L’insatisfaction qui relance l’itinérance ne saurait être assouvie par celle-ci. Nous devons assumer l’incertitude et l’inquiétude, nous devons assumer le dasein, le fait d’être là sans savoir pourquoi. Il y aura de plus en plus de sources d’angoisse, et il y aura besoin de plus en plus de participation, de ferveur, de fraternité qui seules savent non pas annihiler, mais refouler l’angoisse. L’amour est l’antidote, la riposte — non la réponse — à l’angoisse.

Edgard Morin, Terre-Patrie, Seuil, 1993.


Maurice Maeterlinck, écrivain belge d’expression française, est né à Gand le 29 août 1862 et mort à Nice le 5 mai 1949. Lauréat du Prix Nobel de littérature en 1911. Auteur emblématique du mouvement symboliste, il a profondément bouleversé l’écriture théâtrale de la fin du dix-neuvième siècle, en recentrant notamment les enjeux de la représentation sur les questions du psychisme et de la vie profonde, loin du naturalisme qui régnait sur les scènes de l’époque. Ses pièces courtes, toutes écrites avant 1900, et dont il disait qu’elles étaient destinées aux marionnettes, ont influencé, avec les théâtres d’Ibsen et de Strindberg, la plupart des grandes dramaturgies du vingtième siècle. Il est l’auteur de La Princesse Maleine, L’Intruse, Les Aveugles, Les Sept Princesses, Pelléas et Mélisande (adapté en opéra par Claude Debussy), Alladine et Palomides, Intérieur, La Mort de Tintagiles, Aglavaine et Sélysette, L’Oiseau Bleu

Daniel Jeanneteau. Après des études à Strasbourg aux Arts Décoratifs et à l’École du TNS, il rencontre le metteur en scène Claude Régy dont il conçoit les scénographies pendant une quinzaine d’années. Il travaille également avec de nombreux metteurs en scène et chorégraphes (Catherine Diverrès, Jean-Claude Gallotta, Alain Ollivier, Nicolas Leriche, Jean-Baptiste Sastre, Trisha Brown, Jean-François Sivadier, Pascal Rambert…) Depuis 2001, et parallèlement à son travail de scénographe, il se consacre à la création de ses propres spectacles, en collaboration avec Marie-Christine Soma. (Racine, Strindberg, Boulgakov, Sarah Kane, Martin Crimp, Labiche, Daniel Keene, Anja Hilling, Tennessee Williams). Daniel Jeanneteau dirige le Studio-Théâtre de Vitry depuis janvier 2008.

Jean-Louis Coulloc’h a joué au théâtre sous la direction de Jean-Claude Fall (Platonov d’Anton Tchekhov) ; Sylvie Jobert (le Charme et l’épouvante de Marcel Moreau) ; Thierry Bédard (Pathologie verbale) ;  Claude Régy (Jeanne d’Arc au bûcher de Paul Claudel et Arthur Honegger, Mélancholia de Jon Fosse) ; François Tanguy (Choral, La Bataille du Tagliamento, Orphéon) ; Pierre Meunier (Le Tas, Les Égarés) ; Madeleine Louarn (La Légende de Saint-Triphine) ; Nadia Vonderheyden (Médée de Sénèque) ; Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma (Feux d’après August Stramm) ; Laurent Fréchuret (Médée de Sénèque) ; Sophie Langevin (Hiver de Jon Fosse) ; Benoit Giros, May Bouhada, (1939 au jour le jour). À la radio : La marée fait flotter les villes de Kay Mortley et Alain Mahé, France Culture. Au cinéma, courts-métrages : Synopsis de Florent Trochel ; Le début de l’hiver d’Eric Guiradeau ; Bake a cake d’Aliocha Allard. Longs métrages : Lady Chatterley, de Pascale Ferran ; Circuit Carole, d’Emmanuelle Cuault ; Skylab, de Julie Delpy ; Je suis un vagabond, de Charlie Najman. Il a participé également en 2006 au projet collectif Ultimo Round qui l’a emmené jusqu’à Valparaiso au Chili.

Alain Mahé. Compositeur, improvisateur, Alain Mahé développe des musiques électro-acoustiques et électroniques. Il crée le groupe Bohème de chic et depuis joue ou compose avec Jean-François Pauvros, Carlos Zingaro, Carol Robinson, Kamal Hamadache, Thierry Madiot, Pascal Battus, Emmanuelle Tat, Patrick Molard, Keyvan Chemirani, Hélène Breshant, Bao Luo… Compose La marée fait flotter les villes – Paul Klee. Il réalise des pièces radiophoniques : Chien de feu, La marée fait flotter les villes, (pour un) Paso Doble (sonore) avec Kaye Mortley. Alain Mahé compose musiques et créations sonores pour le spectacle vivant. Il travaille avec les metteurs en scène Francois Tanguy et les chorégraphes Carlotta Ikeda, Ko Murobushi, François Verret, le peintre Miquel Barcelò et Josef Nadj sur Paso doble, Nan Goldin sur Sœurs saintes & Sybilles. Il collabore aux spectacles de Pierre Meunier depuis 1999 : Le Chant du ressort, Le Tas, Les Egarés, Sexamor et Du fond des gorges.

Visuel Le Pas

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Le Pas de Bême Compagnie Théâtre Déplié
© Martin Colombet

visuel Petits contes d’amour et d’obscurité

Petits contes...

Petits contes d’amour et d’obscurité de Lazare

Photo Ateliers Libres

Photo rencontre avec le public

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Visuel Effleurement

derrière la vitre

© Boris Mikhailov