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Adam et Ève

Janvier 2007




© Mathilde Delahaye



De Mikhaïl Boulgakov

Traduction : Macha Zonina, Jean-Pierre Thibaudat



Mise en scène et scénographie : Daniel Jeanneteau

Collaboration artistique et lumière : Marie-Christine Soma

Son : Alain Lamarche

Création des costumes : Olga Karpinsky

Réalisation des costumes : Martine Pichon

Broderies : Nadja Berruyer

Maquillages : Cécile Kretschmar

Régie Générale : Jean-Marc Hennaut

Régie plateau : Lionel Roumegous

Assistante lumière : Anne Vaglio

Construction du décor : ateliers du TGP-SaintDenis et du TNS

Réalisation de l'appareil photo : Philippe Eustachon



Avec :

Axel Bogousslavsky

Julie Denisse

Olivier Werner

Miloud Khetib

Armen Godel

Philippe Smith

Sabine Macher

Jean-Marc Hennaut

Lionel Roumegous

Elisabeth Cerqueira


Coproduction Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis - Centre dramatique national, Espace Malraux - Scène nationale de Chambéry et de la Savoie (producteur délégué).
Avec le soutien de la Région Rhône-Alpes dans le cadre du Réseau des Villes en partenariat avec L'Oeil (Observatoire de l'Ecriture, de l'Interprétation et de la Lecture).



"Au milieu de la tristesse qui m’accable au souvenir des jours passés, ainsi à présent, dans cette ignoble maison, à l’étroit dans l’ignoble et absurde décor d’un logis de fortune, j’ai des éclairs de confiance en ma force. Oui, en cet instant j’entends au-dedans de moi ma pensée qui prend son essor et je sais qu’en tant qu’écrivain je suis incomparablement plus fort que tous ceux que je connais. Mais, dans de pareilles conditions, il n’est pas impossible que je baisse les bras."

Mikhaïl Boulgakov, extrait du "Journal Confisqué", 27 août 1923.


Voilà qui pourrait résumer toute la vie d’écrivain de Boulgakov. Né en 1891 et mort en 1940, le drame de sa vie épouse celui de l’histoire : la Guerre de 14 et la Révolution russe rompent brutalement la continuité de son existence et le projettent dans un monde en violente mutation.

Tentant de survivre et de s’adapter dans une société qu’il récuse en entier, Boulgakov vit dans la hantise des catastrophes qu’il voit se préparer. Dans les années 30, les forces se bandent les unes contre les autres, les antagonismes se radicalisent et les progrès très rapides de la science alimentent l’arsenal mondial. Il est obsédé par l’idée de la faute, du crime que représente la Révolution, et du châtiment qui devrait naturellement suivre. Archaïque dans ses structures mentales et ses croyances, appartenant encore au 19ème siècle, il met dans sa survie une énergie extraordinaire, toujours menacée de découragement, mais avec telle intensité que même privé totalement d’existence sociale et sans espoir d’amélioration, malade, il ne cessera de progresser dans son œuvre, jusqu’à l’éclosion magistrale du Maître et Marguerite.

Boulgakov a écrit Adam et Ève en 1931, alors qu’il était littéralement prisonnier dans son pays (il ne pouvait ni publier ni sortir du territoire), à ce moment de l’histoire où, dans un temps très court de paix relative, se profile un affrontement majeur. Si le conflit paraît certain, la modalité de ce conflit ne se laisse guère imaginer. Tout semble désormais possible, l’association science et guerre ouvre le champ d’un imaginaire ambiguë entre science-fiction, merveilleux et prophétisme.

Adam et Ève est un conte philosophique inspiré de Voltaire pour l’ironie et la simplicité de facture, un récit de science-fiction, une fable rapide et libre qui débute comme une histoire des Pieds Nickelés et s’achève dans le climat de Stalkerde Tarkovski. Une guerre chimique détruit toute vie. Seuls sont sauvés, grâce à un savant, cinq hommes et une femme, dont Adam et Ève, mariés le matin même. Commence alors la vie entre parenthèses des survivants hors de la ville détruite, dans les limbes d’une forêt obscure.

On y retrouve en filigrane la plupart des thèmes et figures qu’il développera dans Le Maître et Marguerite : une critique des mécanismes de l’état totalitaire fine et courageuse, voilée d’ironie, d’humanité dérisoire, une vision inquiète de la société comme un ensemble menacé par ses propres forces, le recours au fantastique ou à l’anticipation comme moyen de contourner la censure, mais aussi comme expression de la supériorité absolue de l’imagination sur la pensée conformiste.

Et par-dessus tout, il y manifeste une connaissance profonde de la nature humaine, révélant un sens très vif de l’observation. Le théâtre de Boulgakov n’est pas une satire, il ne juge pas, mais il crée des situations souvent rocambolesques où les protagonistes, saisis dans toutes leurs contradictions, laissent apercevoir leur nature véritable, leurs dimensions les plus secrètes. Boulgakov, qui fut acteur et assistant à la mise en scène, connaissait les ressorts du jeu dramatique et savait, en quelques phrases, poser les bases d’une scène qui pouvait synthétiser sous nos yeux tout le drame de la vie. La pièce, commandée par le Théâtre Rouge de Leningrad en 1930, après une lecture en présence du commandant des forces armées, spécialement invité à cette occasion, fut immédiatement interdite...

La fin des utopies, la prétendue « fin de l’histoire », définissent aujourd’hui un monde par défaut, livré à sa seule pesanteur, une sorte d’état « normal » indiscutable dont le capitalisme serait l’expression la plus naturelle. Les valeurs d’humanité, de démocratie, de liberté ont été absorbées par ce qui nous apparaît de plus en plus comme une gigantesque escroquerie, molle, vaguement dépressive et terriblement efficace. Chacun ramené à soi, encombré du poids de sa personne insignifiante mais irremplaçable, nous ne pouvons qu’adhérer sans appétit à ce consensus invisible. Tout étant ramené au niveau le plus bas de la pensée, nous ne pouvons plus qu’être d’accord.

Cette pièce prend aujourd’hui une autre direction que celle voulue par Boulgakov. Notre présent en perturbe la lecture, en permute le sens. L’idéal de vie de Boulgakov, parfaitement compréhensible en son temps et pour lui, nous renvoie à ce que nous sommes tous devenus : de vagues consommateurs conscientisés, épris de liberté et de Droits de l’Homme, mais incapables de rien tenter pour sauver le monde. Celui dont nous nous sentions le plus proche n’est peut-être pas notre ami, le héros n’est pas celui que nous croyions. L’humanisme d’Efrossimov aboutit aujourd’hui à l’individualisme le plus ordinaire. Et Adam, l’idéaliste maladroit, défend pourtant le besoin vital de construire le monde, de penser le « vivre-ensemble », la communauté des vivants.


Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma

permalien:
http://www.dailymotion.com/video/x7llqx_adam-et-eve_creation

Avril les 2, 16 et 30 les 14 et 28 Juin les 11 et 25